Dobro Pojalovat - Littérature LGBT

23 août 2017

Les clés du Paradise - Michel Tremblay

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Le Paradise est ce club de Red Light de Montréal qui en 1930, accueille les « vieux garçons » dans un espace nommé le ringside. C’est là qu’Edouard Tremblay aimerait bien faire son entrée dans le « grand monde », peu après son embauche comme vendeur de chaussures sur l’avenue du mont-Royal. Car c’est à presque dix huit ans il est déjà emporté par le double qui l’habite, cette duchesse de Lnageais qui deviendra son personnage de folle des nuits de la métropole.

Et c’est aussi au Paradise que travaille la mère de Nana, Maria Desrosiers, toujours aux prises avec « cette boule dans la gorge, ce poids sur son cœur ». Autour d’elles s’agitent les membres de deux familles, à la merci de ce « maudit destin qui ne mène jamais où on veut aller » : Ti-Lou et Maurice, Victoire et Télesphore, Albertine et Madeleine, Teena, et l’inconsolable Josaphat-le-Violon qui se réfugie  à l’asile Saint-Jean-de-Dieu. 

Editions : Actes Sud – ISBN : 9 782330 028459 – Broché : 254 pages – Prix : 20 euros. 

Mon avis : Volodia

Les œuvres de Michel Tremblay ne se lisent pas, elles se savourent au même titre qu'un met rare et délicieux. Sa description des personnes de langue française vivant dans ce quartier modeste voire pauvre de Montréal marqué par la crise économique incite à l’empathie plutôt qu'à la pitié.

Edouard, gros garçon de 17ans, au physique malgracieux et au franc parler qui se cherche, se doute qu’il n’est pas tout à fait comme les autres, mais n’arrive pas à comprendre ce qui le différencie - on ne peut que l’aimer et suivre avec un plaisir non dissimulé ses atermoiements –qui traîne son ennui et son mal être vient de décrocher, sur les recommandations de sa tante,  un emploi de vendeur de chaussures, histoire de gagner un peu d’indépendance et d’aider sa famille qui en a bien besoin.

Après une altercation mémorable le 1er jour de son travail, avec un client « très élégant », qui le jauge de haut et se permet des réflexions désagréables à son égard, auprès de la gérante, alors qu’il fait fi de la présence d’Edouard, met le feu aux poudres. Notre client, pseudo élégant, n’en revient de la répartie dudit Edouard tout en le reconnaissant de la catégorie des « vieux garçons ». De fait, il l’invite au Club Paradise, afin qu’il rencontre quelques « amis » qui s’y retrouvent. Souci, Edouard bien que n’étant pas majeur (- 21ans) décide de s’y rendre par curiosité, surtout ne sachant pas ce qu’il en est de cet endroit, mais espérant y trouver des réponses à ses interrogations.

Dans ce livre, il est évidemment question d’Edouard, mais également de tout le petit monde qui compose sa famille et qui gravite autour de lui, et qui eux non aucun doute quant à son « orientation ». Tout le récit nous est conté, de la façon dont il aurait été parlé avec cet accent canadien populaire et particulièrement vivant que l’auteur arrive à retranscrire et à nous faire partager pour notre plus grand bonheur. Encore un sans faute de Michel Tremblay qui nous décrit le Québec des années 1930 très marquée par pression de la religion catholique dans la vie quotidienne des familles surtout sur celle des femmes.

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20 août 2017

Histoire de la violence - Edouard Louis

Histoire de la violence

Quatrième de couverture :

J'ai rencontré Reda un soir de Noêl. Je rentrais chez moi après un repas avec des amis, vers quatre heures du matin. Il m'a abordé dans la rue et j'ai fini par lui proposer de monter chez moi. Nous avons passé le reste de la nuit ensemble on discutait, on riait.

Vers six heures, il a sorti un révilver et il a dit qu'il allait me tuer. Le lendemain, les démarches médicales et judiciaires ont commencé.

Editions : Points - ISBN : 9 9782757 864814 - Poche 225 pages - Prix : 7,10 euros.

Mon avis : Volodia

J’ai attendu que le battage médiatique fait à la parution de ce livre et le procès qui s’en est suivi s’estompent avant de le lire, ne voulant pas avoir l’esprit parasité par les avis des uns et des autres qu’ils soient bons et/ou mauvais.

Lorsque j’ai eu ce livre en main et l’ai compulsé pour la première fois, je dois avouer l’avoir reposé direct tellement j’ai été dérouté par le style et le langage employé, le tout me semblait au premier abord tellement désagréable et ardu à déchiffrer.

Comme il fallait s’y attendre, mon métier et surtout ma curiosité m’ont fait dépasser cette barrière et bien m’en a pris, car même si j’y ai pris un plaisir mitigé, il en ressort un traumatisme important pour l’auteur  qu’il lui fallait exorciser et qu'il nous relate sans fausse pudeur.

Ce livre c’est l’histoire d’un viol, celui qu’a subi Edouard Louis, que nous apprenons à travers le récit que fait par téléphone, sa sœur à son mari, alors que l’auteur est caché derrière un rideau, et se fait fort d’apporter des précisions ou de rectifier les dire de sa sœur à l’attention du lecteur qui tient lui le rôle de « voyeur » ( et, qu'il suppose sans doute, n’aurait peut être pas compris le contexte dans lequel il s’est déroulé ou celui dans lequel sa famille évolue et la place qu’il occupe dans celle-ci)….

C’est en cela que le récit est dérangeant, je ne vois pas l’intérêt de faire jouer le rôle de « rapporteur » à sa sœur, à moins que ce ne soit plus facile pour lui de raconter cette histoire par l’intermédiaire d’un tiers et de se distancier ainsi des évènements traumatiques qui se sont produits et dont il a été la malheureuse victime.

Ce qui me chagrine également c’est de mettre, dans la bouche de sa soeur, un langage très populaire au risque de la faire passer pour « analphabète ». On sait, il nous l’a suffisamment répété qu’il vient d’un milieu modeste de Picardie. Une région minée par le chômage, dont les natifs du cru ont un quotient intellectuel "assez médiocre", et au parlé franc, accompagné d’un accent à couper au couteau. On a compris que lui s’était sorti de cette crasse ignorance, en faisant des études et en reniant son milieu social d’origine. Mais là, c’est trop, ça sonne comme une marque de fabrique, comme la stigmatisation d’une région et de ses habitants dont il a exagéré les particularités  à dessein, et sur lesquelles il a fabriqué sa renommée. Je trouve ça moche, de se servir des défauts vrais ou présumés de quelques uns pour faire rire et/ou pitié au détriment de ceux-ci, afin de s’assurer un certain type de lecteurs voire de s’assurer du succès.

Il va s’en dire également que je ne doute absolument pas de la véracité de son récit quant aux évènements qui ont eu lieu, son ressenti, ses craintes, ses réactions la plupart légitimes bien que certaines, à mon sens, soient sujettes à caution. En effet, que ce soient ses amis à qui il a raconté l’affaire qui l’ont poussé à porter plainte, les excuses qu’il se trouve et accorde à son agresseur en raison de ses origines, ses atermoiements une fois la plainte déposée tout cela donne, à mon sens, une certaine discordance au récit eu égard à la gravité des faits.   

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06 août 2017

Pride Chroniques de la révolution gay - Erik Rémès

 

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Quatrième de couverture :

Il restait à écrire une histoire ordinaire de l'homosexualité, qui rend compte des réalités que taisent les livres d'histoire et les films documentaires. Erik Rémès le fait brillamment en livrant un témoignage exceptionnel sur la vie des homosexuels français dans les dernières années du XXème siècle. Après la dépénalisation en 1982, il décrit entre humour et gravité des années pleine de contrastes : années de la fête malgré la stigmatisation, affirmation de la fierté dans les affres du sida, progression des droits sur fond d'homophobie.

Pride, chroniques de la révolution gay est un recueil d'articles, éditoriaux, billets d'humeurs, coups de gueule, et témoignages, dans leurs versions intégrales non censurées, parus entre 1992 et 2005 dans la presse gay et généraliste : Libération,Nova magazine, Gai Pied Hebdo, Illico, etc... En douze chapitres : Visibilité, Mariae, Homoparentalité, Homophobie, Hétérophobie, Politique, Homonormativité, Subversion, Voyage, Drogues, Sexualité, Prévention, Années sida. 

Editions : La Musardine - ISBN : 9 78242717766 - Broché : 368 pages - Prix 18 euros 

Mon avis : Volodia

Comme certainement beaucoup, à l'annonce d'un nouvel écrit d'Erik Rémès, je trépigne d'impatience jusqu'à sa parution et, dès l'ouvrage entre mes mains, je le compulse de manière fébrile et frénétique, ne doutant pas que celui-ci va provoquer en moi nombre de réactions, bonnes et/ou mauvaises. Et là, je ne suis pas déçu par ce livre qui regroupe diverses chroniques relatives aux débats et avancées de la cause homosexuelle dans la Société. Celles-ci ne sont pas classées par date mais par thème et ont été publiées dans la presse généraliste et LGBT.

Je tiens dans un premier temps à remercier l'auteur d'avoir récapitulé pour nous, nés en 1980 et après, l'histoire et les évènements qui ont marqué l'avancée de nos droits en France et ce, avec une précision toute journalistique. Ce livre est une mine d'informations que nous n'arrivions pas à obtenir en totalité, la plupart nous arrivant tronquées et/ou déformées pour diverses raisons, voulues ou pas ? la question reste ouverte.

Il fallait s'y attendre, Erik Rémès en bon provocateur aborde des sujets qui fâchent, voire trash. Mais on ne peut lui en vouloir, car c'est sa marque de fabrique, le grain de sable dans la mécanique bien huilée et lisse voulue par la communauté homosexuelle. Peu lui chaut de donner une mauvaise image de la communauté gay, qu'il connaît mieux que tout autre - traînant ses guêtres là ou le commun des mortels n'a pas forcément ses entrées, ni l'envie de s'y rendre lorsque par hasard il en a entendu parler, à moins de faire preuve d'une curiosité à toute épreuve - Erik Rémès est un révèlateur de conscience et peu importe si ladite communauté est égratignée; Il nous rapporte des comportements, des situations complexes, voire choquantes, mais sans jamais s'ériger en juge sur ce qu'il voit et/ou sur ces auteurs. Il nous explique les différents moyens, de s'exprimer, d'aimer, de sociabilité, d'exister enfin des divers groupes gays auxquels il s'est "frotté".

Il ose tout et peut se le permettre, rien ne le retient. Lorsqu'il ouvre la bouche ou laisse courir sa plume ce n'est pas pour débiter des fadaises en voulant nous faire croire qu'elles sont d'importances comme certains le baille. Il a des choses à dire et fait mouche à tous les coups, c'est ce qui fait l'intérêt de ses livres. Il écrit bien, même si ce n'est pas de la littérature à proprement parler ! 

Il existe aussi, des pages ou le masque du provocateur tombe pour laisser place à un homme extrémement humain dans ses réactions, ses coups de gueule, mais également dans sa sensibilité et qui, quoi que l'on puisse en penser, laisse paraître son respect de l'autre, de l'amant du moment.

Les dernières pages de Pride qui regroupent les pensées, les réflexions de l'auteur, ses questionnements, sont particulièrement belles et bouleversantes de sincérité et de profondeur. Elles nous sont balancées avec humour et citronnées en diable, mais au travers de celles-ci on sent  que l'intéressé a pour objectif de vivre avec intensité et s'est fait un compagnon de son virus. Ce virus qui a détruit une partie de sa vie, mais qui lui a permis de vivre l'autre en transformant sa personnalité, de devenir "quelqu'un", un écrivain du sida ! Virus mortel à l'origine et qui s'est transformé en maladie chronique. Le sida générateur de célébrité et source de revenus, qui l'aurait cru, il y a quelques années !

Reste que si j'ai aimé ce livre, cela ne m'empêchera pas de publier un droit de réponse sur certains points évoqués par Erik Rémès qui ont provoqué mon ire et ne l'ont pas fait retomber.......

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13 juin 2017

Guillaume Dustan - Frédéric Huet

31-132-largeQuatrième de couverture :

"A l'appartement qu'un ami bijoutier lui avait prêté, le sujet de la sodomie s'est insinué entre nous. Il était en train de boire un verre de rouge assis contre la gazinière dans la cuisine et revenait sans cesse à l'attaque avec son désir de me prendre.

Je lui ai alors déclaré que j'étais comme Jane Birkin dans le film Je t'aime moi non plus, que la sodomie c'était impossible pour moi. Il m'a répondu que tout était dans la tête. Bien sûr, j'ai pensé, il dit ça pour mieux arriver à ses fins. Je suis resté dubitatif. Il est allé se douche. Je l'ai rejoint dans la salle de bain. Derrière le rideau, je lui ai demandé ce qu'il pensait de moi, si j'étais ce qu'on appelle un "écrivain" c'est-à-dire quelqu'un essayant d'exprimer un monde à sa façon. Il a dit oui. Cela m'a rassuré, m'a fait plaisir. C'est à ce moment que nous avons parlé de sa mort. Je lui ai dit que j'écrirais un livre sur lui un jour. L'idée d'écrire sur lui, ça lui a plu.

Dans la chambre qui donnait sur le square du Temple, nous nous sommes ensuite embrassés, je lui ai mi un préservatif et il m'a pénétré. Il était arrivé à ses fins. Nous nous sommes endormis main dans la main".7

Editions : Les EDITIONS du Nouveau Livre - ISBN : 9 782919 000555 - 70 pages - Prix : 14 euros

Mon avis ; Volodia

Tout d'abord j'ai trouvé douteuse la mise en page par l'Editeur et/ou l'auteur du texte de quatrième de couverture. En effet, celui donne une piètre idée du contenu de l'oeuvre et laisse planer le doute de la pornographie. Ce qui peut laisser dubitatif ou au contraire favoriser l'achat.

Ceci dit, j'ai trouvé ce livre intéressant à plus d'un titre. Tout d'abord parce qu'il a été écrit par l'auteur qui a été le compagnon, temporaire certes, de l'écrivain et qu'il a partagé son intimité enfin celle qu'il a accepté de lui dévoiler et que le public n'est pas sensée connaître.

Dans la première partie du livre, l'auteur nous raconte son approche de l'écrivain, en premier lieu par ses oeuvres, puis par l'envoi d'un manuscrit à sa maison d'édition ou là tout s'enchaine. Il en ressort qu'il a d'abord aimé les oeuvres avant de désirer l'homme. Toutefois, sa relation était elle dictée  plus par l'admiration du statut d'écrivain que par l'amour de l'homme ? Car à le lire, on voit qu'il agit et supporte les extravagances de caractère de Dustan, plus comme une groupie que comme un compagnon ou un ami.

Frédéric Huet ne fait pas dans la dentelle lorsqu'il nous présente le portrait de Dustan. Drogué, séropositif, barbackeur sans complexe n'hésitant pas à le solliciter de façon insistante pour des rapports non protégés. Il laisse également planer en substance des problèmes psychiques justifiant ainsi les sautes d'humeur et expressions de violence de Dustan. Quant à sa pseudo jalousie lorsque leurs oeuvres sont mises en concurrence, hum, je veux bien y croire, les écrivains étant susceptibles et souvent imbus d'eux-même et de leurs oeuvres qu'ils considérèrent comme "géniales".

Quant à Frédéric Huet, son désir de devenir un écrivain reconnu, lui fait douter parfois de son amour pour Dustan, l'aime-t-il pour son statut d'écrivain et sa renommée, ou pour lui-même. Supporte-il certaines humiliations, d'être considéré comme un intermédiaire voire parfois comme quantité négligeable,  parcequ'il est l'ami de Dustan écrivain reconnu ? ou parcequ'il aime vraiment ?

Toujours est-il que ce livre nous en apprend beaucoup, à savoir l'origine du Pseudo de Dustan,  Son caractère torturé, ses origines juives, un peu trop mise en avant à mon goût ..., mais est-ce que parce que la particularité de caractère et de vie de Dustan est rare pour cette communauté ?

J'ai aimé ce livre et me permets de le recommander à tous ceux qui veulent en savoir un peu plus sur une grand figure du milieu gay des années 80 et du barebacking. Car même si l'auteur se donne un rôle compréhensif voire passif, en nous présentant un portrait rien de moins que sympathique, il en résulte un livre agréable à lire d'une traite.

imagesCAX31ODCA propos de l'Auteur:

Frédéric Huet est né enn 1973. Il a publié papa à tort chez Balland en 1999 (Collection de Guillaume Dustan), puis à,  Ma vie ratée d'Amélie Nothomb (en 2009) chez Anabet. Il habite Nantes et vit de petits boulots. LC publie son dernier roman Guillaume Dustan.

 

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27 mai 2017

Un hommes au singulier - Christopher Isherwood

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Quatrième de couverture :

Vingt-quatre heures dans la vie de Georges Falconer, professeur en Californie au début des années 1960. Célibataire, gay, Georges,vieillit dans un quartier bourgeois où l'on apprécie sa courtoisie tout en réprouvant son mode de vie. 

Solitaire et individualiste, il vit dans une société conçue pour les familles, les groupes, la majorité. La tragédie d'un homme résigné à souffrir en silence. Pourquoi crier lorsque personne ne peut entendre ?

 

Editions : Les Cahiers Rouge de Grasset - ISBN : 9 782246 850809 - Poche :175 pages - Prix 8,20 euros

 

Mon ressenti : Volodia

Je me suis un peu ennuyé à la lecture de ce livre et ai eu du mal à le terminer. Peut être ne l'ais-je pas compris à sa juste valeur.

L'histoire est celle d'un homme qui essaye de survivre, plus mal que bien, au décès accidentel de son compagnon.  Couple homosexuel (en 1960 on ne disait pas gay) fusionnel, ils vivaient isolés dans une maison de bois et de verre, dans une région de Californie pas encore devenue à la mode, quoi que, les constructions qui poussent le long de l'autoroute annoncent une gentrification prochaine.

Son quotidien est fait d'habitudes, dont chaque geste, chaque situation mettent en exerge et font ressurgir un passé à deux. Les jours sont rythmés par l'observation de ses voisins : le départ des époux aux bureaux, les tâches ménagères et la suveillance des enfants faites par les épouses restées au domicile.

Le rituel de la journée est invariable, sans surprise. Il emprunte depuis des années, le même trajet  pour se rendre à l'Université ou il enseigne, un peu désabusé, la littérature anglaise à des étudiants soucieux d'améliorer leur condition sociale en se préparant un avenir  autre qu'un emploi à l'usine locale, obtenir une certaine sécurité et une aisance matérielle leur permettant de fonder un foyer.

Georges observe ce qui l'entoure, il regarde les gens vivre, il ne fait pas partie de cette société qui n'est pas faite pour lui. Tout lui est devenu pesant, les banalités du quotidien insupportables. Georges est hanté par la mort de son compagnon. Peut on vivre au singulier lorsqu'on s'est vécu au pluriel ?

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11 avril 2017

La maladie – Emilio Sciarrino

 

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Quatrième de couverture :  

« Il est des moments particuliers dans la transition entre deux saisons où le temps semble procéder à l’envers : ainsi, en automne, le ciel, au lieu de virer vers le gris blanc inexpressif de l’hiver, se teinte trompeusement d’un bleu d’été. Le matin brumeux annonce la pluie, puis laisse pace à un ciel clair, déchiré par la grêle, nappé par des bancs de nuages pâles. Le soir apporte de nouveau une douceur surprenante, et c’est la nuit, comme un goût d’hiver déjà ».  

Editions : Christophe Lucquin – ISBN : 978 2 36626 042 7 – Broché : 103 pages – Prix : 16 euros. 

Mon avis : Volodia 

Le contexte : un huit clos, 2 hommes, amis-amants, ne vivant pas ensemble. Un des deux, le plus jeune qui est étudiant, tombe malade. Le second, professeur d’université, l’installe chez lui aux Portes de Paris (Gentilly) pour plus de confort et devient son garde malade.   

Ce livre n’est pas un récit sur la fin de vie, non, c’est le récit d’une maladie et de ce qu’elle engendre comme questionnement dans un couple, le dévouement de l’un, l’acceptation de ce dévouement par l’autre (jusqu’à un certain point) et les traces qu’elle laisse !

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Dans un premier temps, une simple fatigue qui perdure puis, sournoisement, le mal arrive et le cloue au lit l’empêchant de faire tout effort. Après les premières interrogations, puis l’avis du médecin déclarant qu’il n’y a pas de traitement, qu’il guérira sur plusieurs mois, survient la dégradation du corps et l’angoisse d’une mort prochaine qui bien qu’éloignée peut quand même survenir. Le couple s’isole. Son compagnon le veille, fait les course  en fonction des maigres repas qu’il peut avaler.   

La maladie est rythmée par le fil des saisons qui passent. Le narrateur, obligé de sortir pour son activité professionnel, a l’esprit obsédé par le lit ou repose son compagnon, ce lit qui devait être celui du sommeil, celui de l’amour, dans lequel repose son ami fatigué, amaigrit, souvent fiévreux. Au dehors la vie continue, banale, pour  les autres, avec une sympathie de surface de ses collègues, et en mouvement de fond les bouleversements de la Société en l’occurrence le mariage homosexuel et son cortège de violence et de haine, qui fait qu’il se sent scruté, épié, jugé, ne cessant de surprendre des conversation hostiles. La maladie qui finit par guérir, reste son souvenir qui empêche l’oubli et la reprise de la vie d’ « avant ».

J'ai aimé ce livre car bien qu'il n'existe aucun suspens, aucun rebondissement, c'est un livre bien écrit, plein d'émotions et de sensations, qui se lit sans pathos !

 

 

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23 mars 2017

Imre - – Edward I.Prime-Stevenson

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Quatrième de couverture : 

L’Anglais Oswald, âgé d’une trentaine d’années, rencontre à Budapest, au cours d’une de se pérégrinations, Imre, jeune et bel officier austro-hongrois. Tous deux portent le masque imposé aux affinités amoureuses qui n’osent se dire. Mais la confession de l’un entraîne la confession de l’autre. 

L’auteur (1858-1942) de « The Intersexes » illustre, dans son roman, l’idéal incarné d’un bonheur possible entre deux hommes. 

Roman d’un temps suspendu. Le temps qu’il faut à deux hommes, au début des années 1900, pour se dire : « … le rêve est devenu réalité. Je t’aime, comme tu m’aimes. J’ai trouvé, comme toi aussi tu m’as trouvé  l’amitié qui est amour, l’amour qui est amitié. Viens, mon ami, mon frère ! Il est temps de nous reposer, ton cœur sur le mien, ton âme avec la mienne. Pour nous deux, oui c’est enfin le repos. » 

Editions : ErosOnix – ISBN : 9 782918 444312 – Broché : 129 pages – Prix : 17 € 

Mon avis : 

On sent à la lecture de ce livre qu’il a été écrit au début du siècle dernier. Le langage suranné, les tergiversations des deux protagonistes, les envolées mélodramatiques… Le style désuet de ce livre ne peut masquer les conditions de vie particulièrement difficiles des personnes gays (uraniennes)  à cette époque où le moindre soupçon de ce qui était considéré comme une anormalité, un vice, une perversion provoquait irrémédiablement l’opprobre de la société bien-pensante, des tracasseries à n’en plus finir dans la vie professionnelle, mondaine et privée. Sans oublier les risque de chantage à vie pour ceux ou celles qui auraient eu la malencontreuse idée de se trouver dans des endroits « suspects » ou de marivauder avec quelque inconnu (nue). 

A une époque où la médecine emploie des termes plus « barbares » les uns que les autres pour définir l’homosexualité, et s’interroge de savoir si elle est innée ou acquise, l’auteur nous raconte le récit de l’amitié qui devient amour et de l’amour amitié entre deux hommes virils, empreints d’idéalisme et de dignité morale. L’un, britannique disposant d’une fortune personnelle, voyage pour oublier sa condition d’uraniste et les contraintes qu’elle lui impose. L’autre, jeune officier hongrois, refusant l’évidence de sa nature et cherchant à s’en guérir, se mure dans des rapports amicaux distants et laissent courir des ragots quant à d’éventuelles relations féminines. 

Si l’histoire de ces deux hommes peut engendrer l’empathie du lecteur, il ne faut pas faire abstraction de l’homophobie de ceux-ci, justifiée en grande partie par l’ostracisation d’une société moralisatrice, prompte à clouer au pilori tous ceux par qui le désordre arrive ; Car comment qualifier la violence insupportable, le mépris teinté de dégoût avec lequel sont évoqués ces invertis ne faisant pas preuve d’une masculinité requise, identifiable de visu, tant par l’esprit que les manières. : « …ces hommes qui aiment les hommes, qui par milliers mènent une vie incapable de noble idéal. Ah, ces êtres ouvertement dépravés, nocifs, sans vigueurs, grossiers, efféminés, pervers et déficients  dans leur nature morale, jusque dans les tissus même de leur corps ! Ces légions homosexuelles qui sont comme débris, scories de la société ; bon à rien sinon pour le feu qui nettoie de monde de ses ordures et rebuts ! » et cela sur 2 pages…. Difficile avec tout cela de se sentir normal, de ne pas se haïr soi-même !

Imre est beau physiquement, « son visage exprime des expressions viriles. Des traits délicats, mais sans féminité aucune.  Il a des yeux virils et limpides. Une voix lente et basse ».  C’est un athlète accomplis en saut et en natation. Dans cette description on sent bien que ce qui attire  Oswald c’est la virilité sans faille d’Imre, qu’il met à dessein, en comparaison avec les stéréotypes  jusqu’alors prédominant de l’inverti efféminé.

Oswald s’est pris d’une amitié exaltée pour Imre et se décidera alors qu’il doit retourner en Angleterre pour affaires, à lui avouer sa nature profonde et ses sentiments. Quant à Imre après moult atermoiements, il choisira également de se dévoiler et de répondre à l’amitié-amour, l’amour-amitié d’Oswald. Leur rêve de trouver un être ayant les mêmes aspirations et valeurs morales étant devenu réalité.

Une chose appréciable dans ce livre, mais qui peut dérouter les lecteurs habitués aux livres lgbt, c’est le phrasé inusité de nos jours, la délicatesse dans les sentiments exprimés, le manque de scènes et/ou de descriptions de sexe. Tout est suggéré ou dit mais dans les limites de la bienséance. 

J’aime que cette histoire se termine bien, à savoir la communion de deux êtres du même sexe qui s’aiment réellement. Car il est au combien pénible de lire des récits ou les gays se retrouvent seuls quand ce n’est pas dans des situations affligeantes. Et également que ces deux hommes ne soient pas des marginaux au sens où l’on l’entend aujourd’hui : voyous, sdf, piliers de bars, prostitués et j’en passe … ! 

Reste ce goût amer due à l’imagerie populaire qu’avait et ont encore beaucoup de personnes sur les homosexuels : borderline, efféminés, lâche, obsédés par leur cul et celui des autres, etc…! Ce qui n’a guère évolué de nos jours. Car c’est un fait, on parle souvent avec condescendance, moqueries et parfois agressivité des hommes-femmes (y compris dans le milieu lgbt), et la culture Queer, même si elle est reconnue, reste en marge de la « société traditionnelle » ! 

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12 mars 2017

Retour à Reims - Didier Eribon

 

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Quatrième de couverture :

Après la mort de son père, Didier Eribon retourne à Reims sa ville Natale, et retrouve son milieu d'origine avec lequel il avait plus ou moins rompu trente ans auparavant. Il décide alors de se plonger dans son passé et de retracer l'histoire de sa famille. Evoquant le monde ouvrier de son enfance, restitutant son ascension sociale, il mêle à chaque étape de ce récit intime et bouleversant les éléments d'une réflexion sur les classes, le système scolaire, la fabrication des identités, la sexualité, la politique, le vote, la démocratie.

Réinscrivant ainsi les trajectoires individuelles dans les déterminismes collectifs, Didier Eribon s'interroge sur la multiplicité des formes de la domination et donc de la résistante. 

Un grand livre de la sociologie et de théorie critique.

 

Editions : Flammarion catégorie : Champs Essais - ISBN : 978 2 0812 4483 2 - Poche : 2148 pages - Prix : 8,20 €

 

Mon avis : Volodia

Contrairement à ce que j’ai pu croire au premier abord, ce livre n’est pas une biographie à proprement parler, ni même un livre de philosophie politique, ni encore un livre de sociologie, mais un mix des trois.

Dans ce livre Didier Eribon revient sur une partie de sa vie, qu’il a occultée durant de longues années. La mort de son père et son enterrement auquel  il n’a pas voulu assister, et son retour à Reims, ville où il est né et où ont vécu ses parents, est l’occasion pour lui de se remémorer son passé, et d’analyser les causes qui l’ont éloigné de sa famille pendant plus de 30 ans.

Issu d’un milieu modeste (père ouvrier ayant gagné à force de ténacité, le statut d’agent de maîtrise, mère femme de ménage dont les espoirs déçus de n’avoir pu faire des études et d’accéder à une autre condition sociale ont laissé les traces de quelques rancoeurs). Didier Eribon a longtemps eu honte de ses origines préférant être identifié comme homosexuel - ce qui à son époque n’était pas aussi bien toléré qu’aujourd’hui - catégorie sociale qu’il estimait plus valorisante car teinté d’intellectualité, et dans laquelle il s’est beaucoup investit à défendre la cause, plutôt que fils de prolétaire, délaissant ainsi la question de domination sociale...

Il revient notamment sur la sélection quasi systématique qui s’opérait dans les années 1968-1970 en France. Dès la scolarité, où un fils d’ouvrier était souvent dirigé vers des filières techniques passé le certificat d’études, alors, qu’un fils de « bourgeois » poursuivait ses études naturellement au lycée, voire pouvait effectuer des études supérieures, ou une prépa dans des Grandes Ecoles. Il en résultait que les ouvriers étaient condamnés à rester dans leur milieu social sans réelle possibilité d’évolution. Ce fût le cas de ses frères - avec lesquels il n’avait aucun point commun et avec qui il a rompu tout contact - qui entrèrent en apprentissage avant d’occuper un métier plus en rapport avec leur milieu d’origine.

Il se penche également sur le parcours politique de sa famille grands-parents et parents votant communiste dans les premiers temps par affiliation naturelle, fidélité, à un parti censé défendre les droits des ouvriers, puis en 1980, lorsque celui-ci participera au gouvernement et sa stratégie à nier ou diminuer la thématique de la lutte des classes, ceux-ci se tourneront vers le Front National, qui lui, met en façade la déception des classes populaires et leurs revendications.

Il y a une forte contradiction chez l’auteur, la haine de sa famille liée à tout ce que comporte ce milieu ouvrier - à mon sens, véritable caricature du monde à la Zola – et sa volonté de lutter contre la domination sociale, de loin, c'est-à-dire sans être assimilé ou reconnu comme venant dudit milieu. Il se rend compte qu’il reproduit les jugements et les catégories de pensées des classes dominantes.

Le livre de Didier Eribon, peut être lu, comme je l’ai indiqué précédemment, sous différentes facettes, comme une auto-socio-analyse. Ecrit dans un langage très accessible, car il ne manquerait plus que ce livre se montre excluant dans son écriture ce qui serait un véritable contre-sens eu égard aux thèses défendues !

Je n’avais, honte à moi rien lu de Didier Eribon, mais ce premier essai m’a énormément intéressé. Je vais donc poursuivre la lecture de ses écrits ! 

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06 mars 2017

Son frère - Philippe Besson

9782264049469

Quatrième de couverture :

Ils sont deux frères, jeunes encore, réunis une dernière fois face à la mer, face à la mort. Thomas est malade. Lucas l'accompagne pour une ultime escapade à l'Ile de Ré, sur les terres de leur enfance.Un banc au soleil. Entre retrouvailles et chant du départ, chaque minute, désormais, mérite d'être vécue jusqu'au bout.

Editions : 10/18 - ISBN 8 782264 649489 - Poche : 152 pages - Prix : 6,60 euros.

Mon avis : Volodia

C'est l'histoire d'amour entre deux frères, presque semblables, dont le plus jeune Thomas 28 ans va mourir d'une maladie  terrible et incurable dont la cause restera inconnue, et de l'autre Lucas l'ainé qui accepte de l'accompagner jusqu'à la fin. Témoin muet mais lucide de la dégradation du corps puis de l'agonie de son frère, essayant au travers de l'écriture de faire face au chaos  de la future disparition de celui-ci.

Le récit se déroule de mars à septembre, entre l'Ile de Ré et de multiples hospitalisations, sans ordre chronologique, simplement au gré des souvenirs de celui qui reste, comme un mémoire.

A l'annonce de sa maladie dont on se doute qu'elle nécessitera des soins longs sans certitude de guérison, Claire, l'amie de Thomas "s'en va" n'ayant pas la force de supporter cette épreuve. Les parents sont effondrés et pour éviter qu'ils ne s'écroulent tout à fait, les deux frères décident de les épargner le plus possible en passant sous silence les diverses étapes de la maladie et des traitements.

Thomas souhaite se rendre  sur l'Ile de Ré, là où la famille possède une maison de vacances qu'ils occupaient tous les été durant leur enfance et où les réminiscences du passé sont plus présentes, plus vives. Il n'a aucune illusion et sait qu'il n'y a qu'une issue à sa maladie. Aussi met-il en scène sa mort. Déclarant vouloir un bel enterrement, pas une incinération, mais un enterrement avec des couronnes de fleurs, de la grande musique, que sur sa tombe soit indiquées sa date de naissance et celle de sa mort pour permettre à sa famille de se recueillir, de ne pas l'oublier, mais également afin de faire partie de ce siècle, d'une époque déterminée.

Lucas par amour pour son frère, et bien que ne voulant rien savoir des interrogations, et des confidences des uns et des autres, se met en retrait, mais les accepte toutefois, sachant que qu'ils ne sont pas suffisamment fort pour garder leurs inquiétudes et leurs angoisses pour eux. Les mots sont précis, secs. Ils décrivent la déliquescence du corps, ses souffrances.

Je ne me lasse pas de m'émerveiller de la justesse des mots et de la délicatesse de Philippe Besson quand il s'agit de décrire, des émotions, la fraternité presque gémellaire, faite de rivalité mais également d'une intimité unique qui sera perdue à jamais. Sa description du milieu hospitalier, avec un médecin pétri de son importance, condescendant et sybillin dans ses propos, des infirmirmières dévouées mais débordées affichant une carapace entre elle et la douleur du patient, ainsi que de l'entourage dépassé par les évènements, dont les visites s'espacent peu à peu. La colère du malade devant la dépossession de soi, l'insuccès des traitements, jusqu'à sa résignation mue par la lassitude, qui refuse l'acharnement thérapeutiqe dont il fait l'objet et accepte de mourir. Tout sonne juste, l'auteur ose faire parler ses sentiments  et si par certains côtés son récit peut paraître impudique, il est aussi d'une grande retenue. La maladie tient les deux frères prisonniers dans une relation moribonde et le dernier geste de Thomas libèrera son frère.

Je n'ai par contre par vraiment vu l'utilité de l'évocation par un vieil homme énigmatique , venant régulièrement leur raconter une histoire ancienne et mystérieuse, concernant Thomas dont on apprend le dénouement à la fin du roman. Hum en effet, celui-ci se suffisait à lui seul et ce dernier élément peut sembler en surplus. 

Ce livre m'a fait penser à un autre également très beau : l'Accompagnement de René de Ceccatti :

http://chezvolodia.canalblog.com/archives/2013/10/09/28178150.html

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02 mars 2017

Celui qui est digne d'être aimé - Abdellah Taïa

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Quatrième de couverture :

Ahmed, 40ans est marocain. Il vit à Paris.

Il écrit à sa mère, morte cinq ans auparavant, pour régler ses comptes avec elle et lui raconter enfin sa vie d'homosexuel.

- Il envoie une lettre de rupture à Emmanuel, l'homme qu'il a aimé passionnément et qui a changé son existence, pour le meilleur et pour le pire, en le ramenant en France.

Par ailleurs, Ahmed reçoit des lettres de Vincent et de Lahbib.

Un roman épistolaire pour remonter le temps jusqu'aux origines du mal. Un livre sur le colonialisme français qui perdure dans la vie amoureuse d'un jeune marocain homosexuel.

Editions : Seuil - ISBN : 978 2 02 134307 6 - broché : 136 pages - Prix : 15 €

 

Mon ressenti : Indiangay

 

Abdellah Taïa n’en finit pas de ressasser son passé d’enfant pauvre dans un quartier populaire de Salé. De son homosexualité en marge dans un pays ou la religion est au cœur de la Société et la dirige, ou le seul espoir de d’améliorer sa vie est de s’exiler, en Europe !  

Dans ce livre nous découvrons la vie d’Ahmed au travers de quatre lettres s’échelonnant dans le temps : 

Une écrite à sa mère avec qui il règle les comptes douloureux du passé, Une seconde de Vincent, un homme qu’il a dragué au point de le rendre fou amoureux de lui et, qui l’a attendu en vain durant toute une journée dans un café de Belleville, une troisième, mais celle-ci  de rupture,  à Emmanuel l’homme qu’il a aimé ? et qui a changé son existence en le ramenant en France, une dernière que lui adresse son ami d’enfance, son presque frère Lahib, juste avant de se suicider.  

J’ai beaucoup aimé ce livre, mais je n’y ai pas forcément vu les mêmes choses que l’auteur quand il reproche à sa mère, sa dureté, sa mise à l’écart du père et sa prise de pouvoir à sa mort.  

Mais, n’est-ce pas une revanche sur une vie imposée par la société ou la religion est très présente, ou les lois sont faites par les hommes, pour les hommes ? Son seul pouvoir pour exister se situait dans la chambre à coucher conjugale, elle l’a utilisé dès que cela lui a été possible ! Quant à sa dureté, sans doute provenait-elle d’une vie qu’elle n’avait pas choisie : Un époux porté sur le sexe (c’est Ahmed qui le dit) qui lui fait neuf enfants, l’a fait vivre dans la pauvreté, dans un minuscule appartement d’un quartier populaire de Salé quel espoir avait-elle ? Comment ne pas être aigrie de tant d’injustices ? 

Quant à lui, Ahmed, avant dernier fils non désiré d’une fratrie donc seul l’ainé est choyé, homosexuel de surcroit, conscient avec toute sa sensibilité propre qu’il lui faut s’en sortir pour ne pas « mourir » et qui pour cela, est prêt à tout ! Son innocence il y a longtemps qu’il l’a perdu et lorsqu’un qu’un européen lui demande son chemin sous un prétexte fallacieux, il comprend. Il comprend et saisi sa chance pour sortir de cette pauvreté tant matérielle qu'intellectuelle. Nulle tromperie d’un côté ou de l’autre. L’Européen voulait un jeune homme pour satisfaire ses appétits, le jeune homme voulait l’Européen pour exister, fuir cette misère sociale. Chacun, un temps, y a trouvé son compte.  

Ahmed plus jeune a suivi les conseils d’un homme, plus mûr, pour évoluer dans la Société. Il s’est construit à son contact au point d’avoir à se renier. L’homme a fait ce qui fallait pour lui tant que leur histoire a durée, tant qu’Ahmed avait la jeunesse puis, l’un et l’autre se sont éloignés. Ahmed parce qu’il avait perdu son identité, l’homme parce qu’il avait déjà remplacé Ahmed en pensée par un autre marocain plus jeune.  

Quant à la rencontre de Ahmed avec Vincent, et ce qui en a suivi, je l’ai pris pour une revanche, la vengeance d’un humilié, envers un innocent qui avait pour seul tort d’être européen.  Symbole d’un pays colonisateur avec sa force économique et intellectuelle envers un pays qui a été colonisé et qui peine à panser ses plaies, et revanche de celui-ci qui a la jeunesse et la sensualité qui manque à l’autre. 

La relation d’Ahmed avec Lahib et sans doute la plus sincère, il est son ami, son frère, à qui il dit tout, avec qui il peut tout partager sans honte, celui qui lui raconte sa vie avec Gérard. Le pourquoi il ne pouvait revenir en arrière, le poids trop fort des traditions, cette pauvreté (et non misère) qui colle à la peau et le fait surtout d’avoir été pris et jeté comme on le ferait d’un objet trop usé et abusé. 

En substance comment se construire sans se déconstruire question ouverte ! L’homosexualité ne suffit pas pour faire de nous des égaux et ce quel que soit le pays d’où nous venons… 

 

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