Made in TrentonQuatrième de couverture :

New Jersey, 1946. Alors que le monde sort tout juste des horreurs de la guerre, travailler dans l'industrie florissante de Trenton est une des clés de l'émancipation pour les classes populaires de la côte est des Etats-Unis. Le rêve américain fonctionne à plein, et le mystérieux Abe Kunster, nouveau venu  l'usine, semble déterminé à en tirer parti. Travailleur obstiné, bon camarade, buveur émérite, Abe est l'archétype du col bleu : sauf qu'Abe est un mirage, un imposteur qui cache un terrible secret.

De l'après-guerre au Vietnam, l'histoire de Kunstler nous montre combien ce rêve américain est une machine implacable qui broie tous ceux qui ne sont pas nés dans la bonne classe, le bon corps, la bonne peau.

Confronté à une société au conformisme impitoyable, empêtré dans une vie de mensonges et menacé de voir son secret révélé, jusqu'où Abe Kunstler sera-t-il prêt à aller pour préserver l'existence qu'il a tenté de se forger ?

Editions : Buchet & Chastel - ISBN : 978 2 283 03135 3 -Broché : 255 pages - Prix : 19 €

Mon avis : ChezVolodia

Ce livre est l'histoire d'une survie, celle d'une femme dans une société d'hommes, créée par et pour eux. En Amérique, tout de suite après la seconde guerre mondiale.

Jeune fille pauvre et sans grâce issue d'un milieu ouvrier, à une époque ou les usines fonctionnaient à plein régime et ou les hommes revenant de la guerre étaient soit estropiés, et/ou se noyaient dans l'alcool pour oublier l'enfer qu'il avait vécu et le difficile retour au quotidien de la vie civile. Mariée à un homme brutal, soumise à ses désirs comme à sa violence, elle se révolte et c'est au cours d'une dispute qu'elle répond de toute la force de sa frustration, et le tue.

Pour échapper à la justice, elle décide, bien que l'idée lui paraisse folle, de devenir "Il". Peu à peu, la femme disparaît. De nature grande et forte, avec un visage aux machoires carrées et des mains puissantes, elle n'a aucun mal à assumer le rôle qu'elle s'est fixée. Devenu Abe, il se fait embaucher, dans un premier temps, comme plongeur dans la restauration, s'enfuyant dès qu'il suspecte la découverte de son véritable genre. Il devient ouvrier dans une usine qui fabrique des câbles. Pour éviter toute curiosité de ses collègues et se fondre parmi eux, il jure, boit et fréquente les bals ou pour quelques pièces les filles dansent avec les clients.

Afin de consolider son statut, il en vient même à en épouser une, Inès, gentille et pas très maligne, mais qui croit en lui pour la sortir de sa condition. Afin de ne pas éveiller les soupçons, il justifie par une blessure de guerre le bandage qu'il porte autour de la poitrine. Il l'enivre tous les soirs et saoule des hommes rencontrés dans des bars au hasard des rencontres, qu'il ramène chez lui pour effectuer ce qu'il ne peut faire lui-même. Il va même, à la demande d'Inès, jusqu'à adopter un fils.

Plus les années passent, plus Abe se perd que ce soit dans sa vie ou dans l'alcool. Suite à une crise de démence provoquée en partie par l'alcool, et trop faible pour se défendre, "la femme" fût révèlée par les médecins et les infirmières de l'hôpital.

Ce livre n'a pratiquement pas de suspens, car dès les premières pages, nous sommes au fait de la véritable identité de genre de Abe. Ce livre est dérangeant, car il remet en cause la base même des fondements de notre société composée d'hommes et de femmes. A sa lecture, j'ai eu très vite l'impression que l'auteur souhaitait aborder le thème de la transidendité, mais qu'il n'osait le faire directement, aussi emprunte-t-il des détours plus conventionnels, tel le concours de circonstances qui fait adopter par son personnage principal le travestissement masculin et ses codes.

Dans ce livre, il n'est absolument pas question d'homosexualité. Si Abe au début de l'histoire porte une identité masculine c'est avant tout pour gagner sa vie et trouver son indépendance, mais peu à peu, cela laisse place à autre chose, cet autre chose qui justifie toutes les impostures pour conserver l'image qu'il renvoie à la société au risque de se perdre lui-même, si ce n'est déjà fait.

Digressions :

Pour certains lecteurs ou lectrices, ce récit peut paraître peu crédible, mais Billy Tipton musicien de jazz, s'est marié et a adopté 3 enfants. Ce n'est qu'à sa mort qu'on a découvert qu'il était une femme. Aucune de ses compagnes n'avaient remis en cause son identité de genre. 

 

Dans le cinéma:

Nous avons le film Albert Nobbs ou l'identité de genre d'Albert n'est révélée qu'à sa mort. Dans Victor et Victoria, comme dans Albert Nobbs, ou dans le livre Made in Trenton, il n'y a aucune homosexualité, simplement une question d'émancipation, d'indépendance par le travail qu'il était plus facile d'obtenir, et mieux rémunéré, en tant qu'homme.

 

Ont existé :

D'autres femmes connues comme telles, ont porté le costume masculin citons pour les plus célèbres au : XIXème siècle : la comtesse Mathilde de Morny, surnommée Missy, et qui était appelée par tous : oncle Max. Violette Morris, sportive multisports qui fût déchue de son titre de championne au motif qu'elle donnait un mauvais exemple aux femmes en s'habillant en homme. A noter que ces deux femmes ont été dans les premières à effectuer des mamectomies au motif que leur poitrine les gênait pour pratiquer le sport ou conduire des voitures. Ces femmes, homosexuelles, auraient-elles changé de genre si à l'époque il était possible à la médecine de faire une réassignation d'identité ? la question est posée !