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Quatrième de couverture : 

Paris, été 2010. Zahira, une prostituée marocaine en fin de carrière, est une femme généreuse malgré les humiliations et la misère. Son ami Aziz, sur le point de changer de sexe, est dans le doute. Motjaba, un révolutionnaire iranien homosexuel qui a fui son pays, loge chez elle durant le mois du ramadan. Jusqu’au jour où Allal, son premier amour venu à Paris pour la retrouver, frappe à sa porte. 

Editions : Points – ISBN : 9 782757 856949 – Poche :       pages – Prix : 5,90 € 

Mon avis : Indiangay 

Dans ce livre l’auteur donne la parole à des exclus de la société,  tant dans leurs pays d’origine, que dans celui dans lequel ils se sont échoués, et où ils n’arrivent pas à trouver, ni à faire leur place. 

Tout d’abord c’est Zahia qui se raconte. Venue du Maroc il y a dix sept  ans, elle  habite le quartier Barbès à Paris et se prostitue pour faire vivre le reste de sa famille restée au pays. Toutefois,  n’étant plus de la première jeunesse, elle en est arrivée à pratiquer des tarifs défiants toute concurrence, et fait dans le « social » pour des clients peu fortunés.  Son ultime espoir de sortir de cette fange - et elle est prête à tout pour cela -  est d’épouser un de ses clients réguliers sri-lankais musulman propriétaire de plusieurs commerces. 

Elle a pour ami Aziz, algérien transsexuel, prostitué également, en attente d’effectuer une réassignation d’identité afin de devenir la femme qu’il s’est toujours  senti  être. Tous les deux rêvent, s’inventent des histoires et s’identifient aux héros des films indiens,  qu’ils se passent en boucle à longueur de soirée. 

Il y a aussi, Mojtaba, iranien  et réfugié politique errant dans  Paris,  qui suite à un malaise dû à l’épuisement est secouru par Zahia, qui  l’accueille chez elle, l’entretien, et en tombe amoureuse. Bonheur éphémère.  Leur histoire prends fin brutalement lorsque Mojtaba disparaît sans prévenir vers un autre pays d’asile ou un avenir serait possible. 

En toile de fond, il y a Zineb la sœur de Zahia disparu à l’âge de 16 ans au Maroc, sans laisser de trace. On apprendra à la fin du récit, qu’arrêtée par la police française lorsque le Maroc était encore sous Protectorat,  elle a été envoyée dans le quartier réservé du Bousbir, où elle est devenue « fille de réconfort» pour la soldatesque,  avant de s’engager auprès des autorités françaises,  pour suivre un soldat en Indochine ou la guerre faisait rage. 

Allal, ouvrier maçon marocain,  mais noir de peau,  amoureux transi  de Zahia  lorsque celle-ci  était encore une enfant ,  et dont la mère lui a refusé la main par haine de ces descendants d’esclaves  -  qui ayant appris ce que faisait pour vivre son ancien amour, décide de la retrouver à Paris pour lui faire payer ce déshonneur. 

Tous ces destins de pauvres, sont liés directement ou indirectement à l’histoire de France et à Paris - ville fantasmée,  de liberté, qui cristallise tous les espoirs des ressortissants des anciennes colonies ou Protectorat – nous sont livrés en vrac, avec un peu d’amertume, voire de ressentiments, me semble-t-il par Abdellah Taïa, qui en profite pour aborder divers problèmes, immigration, exploitation, islamisme, prostitution. 

Pour ma part, même si je comprends le message qu’a voulu faire passer l’auteur,  je n’y suis pas réellement sensible. Ces personnes sont  déjà marginales dans leur pays de par  leur pauvreté. Leur manière de vivre ne fait qu’accentuer cette marginalité.  De plus, le  racisme envers les noirs est bien réel dans les pays musulmans où l’esclavage perdure. La prostitution a toujours été un déshonneur peu importe le pays d’où l’on vient. Les transgenres ne sont toléré (es) que dans un pays musulman (Iran) sauf erreur.  Les travailleurs quels qu’ils soient sont encore et malheureusement  souvent exploités (peu importe leur pays). Quant aux divergences politiques, elles affectent tous les pays où sévit une dictature. 

On ne peut toujours se retrancher sur le colonialisme ou l’après  colonialisme pour justifier le retard d’évolution d’un pays et justifier l’exil et la misère de ses ressortissants.  Si la non intégration provient  souvent du racisme, et là je suis d’accord. L’intégration vient, elle, d’une certaine force de caractère et de  la volonté de vouloir faire partie de la Société dans laquelle on évolue en se conformant à ses valeurs… ! 

Ceci dit j’aime beaucoup les écrits d’Abdellah Taïa qui sait donner la voix à une « minorité » magrhébine et souvent pauvre  que nous croisons avec une certaine indifférence, tous les jours,  et ce, autrement que pour des affaires d’intégrisme religieux