20 octobre 2013

Cheikh - Journal de campagne - Didier Lestrade

CheikhQuatrième de couverture :

Un cheikh est souvent un chef de tribu ou un notable vers lequel le groupe se tourne pour recueillir des consels. Mais dans une société industrielle comme la nôtre, dans le milieu homosexuel où la crise identitaire est parvenue au sommet, peut-il en exister encore ?

Oui. A sa manière Didier Lestrade en est un. Après plus de 20 ans d'activisme, ce journaliste, homosexuel et séropositif, a quitté la capitale pour s'installer sur une colline où, depuis quatre ans, il accueille ses amis venus lui raconter la vie en train de continuer à Paris sans lui. Et observe le monde en suivant les traces du cultissime Walden d'Enry David Thoreau.

Isolement, autarcie, décroissance, slow culture, ébullition de l'Internet, pornographie, silence et contemplation de la nature pourraient être les mots clefs résumant les sujets abordés dans cet ouvrage. Poésie, trahison, rejet et émerveillement, soulagement et colère aussin tant ce "journal de campagne" offre des pistes amoureuses et morales permettant d'affronter l'évolution d'une génération qui manque singulièrement de sagesse.

Ce livre n'est donc pas seulemnt la révélation de la face cachée de l'homosecualité moder c'est un récit personnel et polémique qui prend à témoin la société. C'est le message d'un cheikh qui veut croire que son exprience peut servir. Un livre qui annonce une nouvelle vie. 

 

Editions : Flammarion - ISBN : 978 2 0806 8964 1 - Broché 346 pages - Prix 22,40 euros

 

Mon avis : Volodia

Niais que je suis, en voyant le titre de ce livre, je pensais innocemment que Didier Lestrade souhaitait nous faire partager ses combats de militant. Que nenni, mon esprit tortueux habitué à voir partout des doubles sens aux mots, s'emberlificotait les neuronnes là ou il n'y avait pas lieu. Mr Lestrade avait tout simplement envie de nous parler de sa fuite éperdue de la capitale pour s'installer à la campagne d'où il nous fait partager les joies de la solitude - toute relative à mon sens, puisque sa maison est toujours pleine d'amis, copains invités et/ou qui s'imposent - , le retour à la terre, non sans observer de plus ou moins loin ce qui se passe dans la capitale et en tirer matière à réfléchir.

A lire l'auteur, il ne trouve qu'avantages à son exil. Hum possible, en tant que militant archiconnu d'une cause comme la nôtre et en son temps fêtard invétéré, un peu de calme permet de se recentrer sur soi-même, et sur le sens de son existence. Faire le tri de ce qui est indispensable de ce qui ne l'est pas et pour cela, il nous fait part de sa découverte de la philosophie de Henri-David Thoreau. Sans toutefois pratiquer à la lettre les principes, de décroissance, d'isolement et d'autarcie, l'auteur nous informe avoir réduit ses ressources et ses dépenses au minimum, Afin de se sentir plus libre de se consacrer à l’essentiel.

Mais Didier Lestrade ne serait pas lui-même s’il ne nous faisait part de quelques digressions, qui font mal, mais dont on ne peut  que constater le bien fondé, concernant les membres de la communauté gays, leur recherche de la performance sexuelle, leur consumérisme déjà évoqué dans d‘autres livres, mais également cet enfoncement dans des relations crades, sordides (ce qui semble nouveau aux dires de l'auteur c'est cette propension qu'on les gays actuels à aimer se rouler dans la fange - ce en quoi je ne peux lui donner tort, il suffit de surfer sur les sites de rencontres ou visionner quelques vidéos pour en avoir un aperçu ), leurs difficultés à trouver l’âme sœur, leur solitude voulue ou pour la plupart du temps subie.et bien évidemment le sida objet de tous ses combats, même si ce n’est pas l’objet principal de ce livre, et tout cela entre jardinage et travail de journaliste et/ou d'écrivain c'est selon...

Ce livre est plaisant à lire, l’auteur semblant apaisé eu égard à ses œuvres précédentes, il semble plus serein. Mais toujours, cet humour citronné, grinçant, qui égratigne furieusement et n’épargne personne, ni les les gays, ni les trans, ni les folles, mais si drôle dans ses réflexions, et empreint d’une telle sincérité, d'une telle vérité qu’on ne peut que lui pardonner, voire comme moi, l’apprécier à sa juste valeur.  Les conseils qu’il donne, et/ou sa vision des choses font qu’il peut paraître, parfois, comme un donneur de leçons, mais il ne faut pas oublier non plus que son expérience parle pour lui...

Si dans d’autres de ses œuvres je n’avais  pas  apprécié l’image qu’il me  renvoyait, à savoir celle d’un homme aigri, plein de rancoeurs, imbu de lui-même, réfractaire à tout changement, bloqué dans les années 80, et ce même si certains des sujets qu’il traitait, étaient empreints d'une certaine vérité, mais d'un avis tranché, ce livre me réconcilie avec lui. Enfin un auteur qui a des choses à dire et des messages plus qu'utiles à faire passer...

Intéressant donc !  

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09 octobre 2013

L'accompagnement - René de Ceccatty

41FF7A53PKLQuatrième de couverture :

"Dans les derniers jours, il m'a dit, lui qui était écrivain, qu'il n'avais pas eu la force de décrire ce qu'il vivait et que personne encore n'avait pu décrire cette lutte contre la mort à l'hôpital. Il m'a dit qu'un autre ami écrivain - lui aussi très présent à ses côtés pendant toute la maladie - et moi, nous en savions désormais assez pour décrire ce que nous avions vu. C'était un appel".

 

Editions : Folio - ISBN 2 97 0400092 1 - Poche : 153 pages - Prix  6 euros.

 

Mon avis Volodia

Le récit est  discret, délicat, plein de pudeur mais fort. La maladie nous est dévoilée  au fil des pages, pas de titre à sensation. Le malade lui-même ne veut pas dramatiser sa situation et n’informe ses amis qu’au compte goutte de son état. Lorsque celui-ci s’aggrave, et le rend de plus en plus faible, son caractère d’un naturel déjà difficile, devient despotique, que ce soit envers ses amis ou le personnel soignant, parce que la maladie l‘emporte sur tout, sensible à chaque bruit, chaque respiration.

L’auteur supportera tout, avec abnégation, considérant qu’être près de son ami est normal, important pour son moral. Il le soutiendra, dans ses moments d’angoisse, le soulageant du mieux qu’il peut, par sa présence, attentif et obéissant au moindre de ses désirs.

L’auteur, se fait voyeur puis rapporteur, de l’état physique et des émotions de son ami, mais également du personnel hospitalier, les médecins et les infirmières qui ne jugent pas, qui essayent par leurs qualités humaines et leur empathie, ainsi  qu’avec leurs pauvres moyens de rendre sa vie, puis sa fin de vie la moins pénible possible.  - le médecin attentif,  et les femmes, ces infirmières qui se dévouent pour tous ces hommes qui n’ont aimés que des hommes mais, qui aux derniers instants de leur vie recherchent ou acceptent leur présence - Mais également d’autres membres du personnel soignant et femmes de service qui s’en moquent, imperméables à toute souffrance et qui n’hésitent pas à lui faire comprendre que s’il est là, c’est bien de sa faute et qu’il ne peut s’en prendre qu’à lui-même.  Déjà bien beau qu’on s’occupe de lui…

Il est le témoin presque muet de la déchéance physique de son ami, un corps qui pourrit, les odeurs, sa cécité, son angoisse de se souiller au point de lui demander d’acheter des couches qu’il demandera à la pharmacienne totalement indifférente, de mettre dans un second sac par discrétion et pour éviter au malade,  son ami une humiliation de plus. Les sanglots et les larmes de celui qui à la fin de sa vie ne supporte plus la mesquinerie des uns et des autres, qui se tord de douleur, les côtes brisées par le kiné tellement ses os sont devenus friables.

Ce livre est très beau et je l’ai beaucoup aimé. Là on parle du sida, mais ce qui est décrit dans ce livre peut être le récit de toute personne en fin de vie, après une longue et douloureuse maladie.


René de CeccattyA propos de l'auteur :

René de Ceccatty est né le 01/01/2952 à Tunis. Romancier, traducteur, critique littéraire et éditeur. Il a fait des études de philosophie. A vécu au Japon et en Angleterre. Il collabore régulièrement au "Monde des Livres" et fait partie du Comité de Lecture des Editions du Seuil.

Il collabore également à de nombreuses revues telles : la NRF, la Quinzaine Littéraire, le Magazine Littéraire, Europe, Nuovi Argomenti, II Messaggeroe, etc...Il est critique littéraire au journal "Le Monde" depuis décembre 1988.

 

Posté par chezVolodia à 07:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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