05 octobre 2015

La Nuit des Princes Charmants - Michel Tremblay

 

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Quatrième de couverture :

Une soirée d’opéra - au programme, Roméo et Juliette - qui se transforme en odyssée nocurne au cœur de Montréal, et voilà Jean-Marc, le narrateur de cette histoire, cynique Candida, courant à la perte de sa virginité.

Du café El Cortijo au cabaret des Quatre Coins du Monde, Michel Tremblay nous propose le parcours initiatique d’un jeune « beatnik » qui découvre un monde burlesque, de folie et de transgression, où les passions se déchaînent, où partout éclatent le mensonge et la vérité dans l’urgence du désir.

Editions : Babel - ISBN : 9 782742 726196 - Poche 242 pages - Prix : 7,70 €

Mon avis : Volodia

Jean-Marc 18 ans est amateur d’opéra. Bien que fréquentant les parcs publics pour des rencontres furtives, il est toujours le seul homosexuel de « sa gang » et surtout puceau. Toutefois, timide, il ne sait pas comment en rencontrer d’autres. C’est à l’occasion d’une sortie à l’Opéra, sans ses parents qu’il décide de jeter sa gourme. Issu d’une famille pauvre de Montréalais francophone, il lui faut d’abord obtenir l’argent de sa mère pour réserver sa place à l’unique représentation de « Roméo et Juliette de Gounod » chantée par la grande vedette Pierrette Alarie, voire repérer les éventuels princes charmants possibles. 

Le grand soir arrive et Jean-Marc après « s’être fait beau » avec son « petit pantalon serré » et son « os de veau » en pendentif, s’y rend plein d’espoir, persuadé d’être « fun ». Après un spectacle catastrophique tant par la mise en scène, les décors que le jeu des acteurs (ce qui nous vaudra un récit de critiques citronnées de sa part, d’autant qu’il se sent en décalage avec les m’as-tu vu assistant au spectacle). Il rencontrera François Villeneuve, un jeune acteur amateur et chansonnier de talent en qui il voit déjà l’élu. Mais, il est attiré également par Alan Montréalais Anglophone, qu’il n’a pu draguer à l’opéra en raison de la présence de sa mère, et qui fait l’effort de parler français. François ou Alan, son cœur balance… 

S’ensuit un inénarrable périple effectué clopin-clopant (Jean-Marc s’est cassé la figure sur la glace, en courant après François) à travers Montréal : de l’opéra, à un cabaret de chansonniers, d’un bar gays, à un cabaret de travesties. Le tout raconté dans le phrasé si particulier et jouissif des Canadiens francophones, Jean-Marc qui n’a pas la langue dans sa poche, enchaine les réparties et les commentaires qu’il se fait à lui-même sur ce qu’il voit, ce qu’il ressent, quant à son attitude, au fil des évènements. La sexualité y est exprimée sans fard, sans toutefois verser dans la pornographie. 

Le retour à la maison après cette nuit de folie (malgré les innombrables atermoiements et excuses envisagées) pose également problème pour Jean-Marc qui n’a jamais découché et a peur d’affronter sa mère, maîtresse femme, qui le considère encore comme « son petit garçon. 

Ce roman sous le ton de l’humour, nous dévoile également que l’homosexualité peut ne pas se vivre cachée, sans honte, car François dans ses chansons, n’hésite pas à exprimer son orientation sexuelle ce que ses amis hétéros acceptent. Il nous dévoile également les rivalités linguistique et sociale entre Canadiens francophones et les Canadiens anglophones, les premiers ne souhaitant pas utiliser l’anglais pour se faire comprendre et les seconds s’estimant « supérieurs », avec un niveau de vie semble-t-il plus aisé. 

A lire impérativement, peut être un des meilleurs romans de Michel Tremblay. 

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30 avril 2012

Albert Nobbs - George Moore

Albert Nobbs

Quatrième de couverture :

Quel singulier destin que celui d'Albnert Nobbs ! Majordome à l'hôtel Morrison, il y est apprécié pour sa discrétion et son efficacité. Mais pour pouvoir travailler, Albert doit dissimuler un singulier secret. Sous ses vêtements masculins se cache depuis trente ans une femme travestie en homme.

Alors qu'un ouvrier  découvre l'imposture, Albert choisit pour la première fois de sa vie de réaliser un de ses rêves...

Confusion de sentiments et questionnement sur l'identité, l'histoire d'Albert Nobbs dans le Dublin de la fin du XIXème siècle se révêle d'un étonnante modernité.

 Editions : Pocket - ISBN : 978 - 2 -266 - 22780 3 - Poche 93 pages - Prix 1,50 euros

 Mon avis :  Volodia

Il s’agit de l’histoire d’une femme, qui à la fin du XIXème siècle en Irlande (Dublin), revêt le costume de majordome depuis trente ans afin de gagner sa vie dans un hôtel.

J’ai entrepris la lecture de ce livre suite à la conséquente publicité relayée par les médias gays et lesbiens qui en faisait des gorges chaudes. Ne connaissant pas cette nouvelle, j’ai décidé de voir par moi-même ce qu’il en était.

Déjà, J’ai moyennement aimé ce livre dont l’histoire si intéressante soit elle ne fait que confirmer ce qui n’est plus à démontrer : à savoir les difficultés des femmes de cette époque à accéder à plus de liberté et à un salaire sinon équivalent, du moins décent, avec les hommes pour un travail égal. De plus, le thème du travestissement féminin pour accéder à plus de droits et de libertés à déjà été évoqué dans divers livres tels : yentle ou Barbara Streisand se travestissait en jeune homme pour intégrer une yeshiwa et acquérir le droit à l’éducation et au savoir. Dans Victor et Victoria le travestissement avait pour objet un emploi de chanteuse dans un cabaret, en pleine crise économique.. Mais il est vrai que cette nouvelle est parue en parue en 1918 et ce thème était, je le suppose pour l’époque, résolument nouveau et sulfureux.

Ce qui l’est, à mon sens, c’est qu’une fois son identité féminine malencontreusement découverte lorsque Nobbs se voit contraint par sa patronne de partager, pour une nuit, sa chambre, avec le peintre qui fait des travaux régulièrement dans l’hôtel, et qui contre toute attente, se révèle aussi être une femme qui plus est mariée à une autre femme ; C’est l’émergence de l’idée pour Albert, d’épouser lui aussi une femme, pour mettre fin à cette solitude qui l’étreint, et réaliser enfin ce rêve qui lui tient à cœur : ouvrir un commerce avec partie tabac qui serait tenue par lui et partie mercerie qui serait tenue par sa future épouse. Ses interrogations sur ce que pourrait être la vie sexuelle de deux femmes et comment y faire face sont survolées.

Albert finit par jeter son dévolu sur une servante de l’hôtel, elle-même en couple avec un homme intéressé par les revenus d’Albert et qui la pousse dans les bras du majordome, de cet homme qui ne «tente rien», ne «l’embrasse pas, comme l’aurait fait n’importe quel homme au bout de quelques sorties». Cette servante, totalement rouée, sous l‘emprise de son amant lui fera dépenser un maximun d’argent et finira par couper les ponts avec Nobbs qui ne peut rien lui apporter sexuellement, pour retourner avec son amant de qui elle aura un enfant hors mariage, et qui sera destiné à lui être retiré.

La nouvelle s’achève sur le décès, on ne sait trop pourquoi - lassitude ? Épuisement physique - de Nobbs. Après son décès quelques remarques des personnes qui l’ont connu avant de retomber dans l’anonymat et dans l’oubli. Un majordome est une personne que l’on ne voit pas, qui n’existe pas pour toute une catégorie de la société.

Toutefois, malgré le fait du travestissement féminin et de couples de femmes, ce livre ne peut me semble-t-il être vu comme lesbien, les questionnements identitaires et la sexualité lesbienne ayant été éludées, refoulées, au profit d’une critique des rapports sociaux et de leurs imbrications. Je copie donc les éléments de ce livre notre blog littérature générale.

Ce que j’ai aimé dans ce livre c’est l’audace, pour l’auteur d’avoir écrit et fait publier une telle nouvelle en 1918, ainsi que sa vision réaliste de la société (bourgeoisie/petit peuple-homme/femme) qu’il dépeint sans concession.

Ce que j’ai moins aimé, le refoulement des questions identitaires et de la sexualité lesbienne qui pouvaient en découler et qu'il aurait été intéressant d'explorer, la fin du livre qui m'a laissé sur" ma faim".

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09 décembre 2011

Journal d'un travesti - Edi Oliveira

9782828912413Quatrième de couverture :

Un jeune Brésilien arrive en Europe, la vingtaine, hétéro et naïf. Il veut juste échapper à la misère de son pays, travailler pour aider sa famille. Entraîné dans la prostitution, il finit par trouver son indépendance dans le milieu et devenir un professionnel expérimenté.

Il nous dit tout sur les très nombreux clients rencontrés, les pratiques, les amours. Il donne réponse aux questions que l'on peut se poser sur un offre sexuelle très répandue, sans éluder les dangers d'agression et la perversité de certains adeptes, ni les plans sordides et les déceptions sentimentales. Tout ce qui a fait de lui une autre personne.

Un récit cru et tendre à la fois, qui touche par sa candeur, constrastant avec l'univers parfois brutal du désir. Une plongée au coeur de l'intimité humaine et du fantasme.

Mot de l'auteur :

"C'est une histoire vraie, sans enjolivures. C'est mon histoire de travesti et d'escort. Comment je le suis devenu, pourquoi je le suis resté, qu'elle vie j'ai menée, qui sont les clients et comment ils agissent. Ce livre est mon bilan après sept années dans le métier, pour que les gens sachent ce qu'il y a comme risues, comme hontes, mais aussi comme fiertés et comme plaisirs. Car ce témoignage n'est pas amer : j'ai vécu des choses difficiles mais j'ai aussi aimé cette vie. C'est peut être là qu'est la véritable provocation, pas dans les descriptions."

Editions : Favre - ISBN : 9 782828 912413 - Broché 125 pages - Prix : 15 euros

 

Mon avis : Volodia

 Livre abandonné en cours de lecture

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01 mars 2011

Gigola - Laure Charpentier

9782213612812"Je faisais l'amour aux femmes depuis l'âge de 15 ans..."

Gigola, c'est le récit, net et rapide, d'une jeune garçonne à qui les femmes seules, permettent d'exprimer sa "virilité". Elle veut séduire, elle veut exploiter aussi, comme le plus âpre des proxénètes, comme le plus équivoque des gigolos. Gigola vit la nuit, s'habille en smoking, traite avec les souteneurs, se fait entretenir par des femmes riches et des prostituées. L'argent et l'alcool coulent à flots. Mais la rencontre d'Alice, la distante, qui lui résiste pour mieux la dominer, annonce son terrible déclin.

Imprimé en 1972, Gigola ne paraîtra pas. Ainsi en a décidé la censure... La scène violemment érotique du "pommeau de canne à tête de serpent" a-t-elle effrayé les autorités ? Trente ans plus tard, Gigola reste l'un des personnages les plus fascinants - ou dérangeants - du Pigalle des années 60.

Mon avis: Volodia

Ce livre se veut un roman autobiographique, je le considère moi plutôt comme une éventuelle biographie romancée, très romancée.

En effet, comment croire, à cette débauche de caricatures du casseur habillé comme un mac qui dévoile son passé et ses petites magouilles à un parfait inconnu et surtout une femme ? comme croire, à cette figure caricaturale de la prostituée au grand coeur faisant le trottoir non pour un homme mais, pour une femme, se traînant à ses pieds et acceptant d'être battue, par elle, par amour ? Hum, je veux bien jouer les candides, mais mon imagination à ses limites. Quant aux scènes soi-disant érotiques, elles sont pour le moins écoeurantes dans tous les sens du terme, au point d'en rendre tripes et boyaux. Son élégance équivoque n'est que tapageuse et  sa liaison avec une femme d'un âge avancée, qui lui procure la richesse tant convoitée ne peut prêter qu'à se gausser.  Ce roman est fait de clichés sur des personnes et des situations...  Mais ce qui m'a vraiment dérangé, c'est le mépris affiché, et sa suffisance affirmée, pour toutes les personnes qu'elle aurait côtoyées. Je me suis demandé un moment si elle ne prenait pas les lecteurs pour des imbéciles !

Il faut toutefois reconnaître qu'elle écrit bien et qu'elle a le sens de la répartie. J'ai lu ce livre, car le film est sorti au cinéma avec Lou Doillon et n'a pas tenu (on se doute pourquoi) longtemps sur les écrans malgré le battage médiatique.

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04 décembre 2009

Les Julottes - Françoise Dorin

36729_LIVRES_827557_1Elle ou lui ?

Aujourd'hui nous rencontrons de plus en plus souvent des êtres dont nous nous demandons s'il s'agit d'hommes ou de femmes... qu'ils soient de dos ou de face ! C'est ce que Françoise Dorin appelle le troisière sexe.

Notre héros est bisexuel... Il profite de ce bipartisme pour se livrer à des jeux et de mystifications qu'une hétérosexualité affirmée ne lui permettrait pas. D'ailleurs, n'écrit-il pas un livre sous pseudo : l'Escargot, du nom du seul animal bisexuel de la création ?

En fait, il s'amuse beaucoup à être un chevalier d'Eon moderne, se transformant tour à tour en Dominique Debeaumont, femme de lettres spédcialisée dans les contes pour enfants et en Marie-Jean, gestionnaire avisé d'une boîte de travestis. Il s'amuse... jusqu'au jour où il est diablement troublé par l'androgynie et caractérielle de Julie, une "julotte" typique représentante du troisième sexe comme lui, mais elle, à son grand regret, hétéro irrémédiable.

L'Amour qui transgresse sans trop de difficultés les tabous de la morale, peut-il passer outre les diktats du corps? Après bien des hésitations, Julie et Marie-Jean répondent par l'affirmative à cette question... Mais pour combien de temps ?

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12 septembre 2009

L'enfant de Sable - La nuit Sacrée de Tahar Ben Jalloun

XY240Résumé : 1er livre L'enfant de sable

"alors, j'ai décidé que la huitième naissance serait une fête, la plus grande des cérémonies, une joie qui durerait sept jours et sept nuits. Tu seras une mère, une vraie mère, tu seras une princesse, car tu auras accouché d'un garçon. L'enfant que tu mettras au monde sera un mâle, ce sera un homme. Il s'appellera Ahmed même si c'est une fille ! J'ai tout arrangé, j'ai tout prévu. On fera venir Lalla Radhia, la vieille sage-femme ; elle en a pour un an ou deux, et puis je lui donnerai l'argent qu'il faut pour quelle garde le secret..."

Ainsi le pacte fut scelle ! La femme ne pouvait qu'asquiescer. Elle obéit à son mari, comme d'habitude, mais se sentit cette fois-ci concernée par une action commune. Elle était enfin dans une complicité avec son époux. Sa vie allait avoir un sens ; elle était embarquée dans le navire de l'énigme qui allait voguer sur des mers lointaines et insoupçonnées.

554_mediumRésumé du second livre : La nuit sacrée

"Rappelez-vous ! J'ai été une enfant à l'identité trouble et vacillante. J'ai été une fille masquée par la volonté d'un père qui se sentait humilié parce qu'il n'avait pas eu de fils. Comme vous le savez, j'ai été ce fils dont il rêvait. Le reste, certains d'entre vous le connaissent ; les autres en ont entendu des bribes ici ou là. Ceux qui se sont risqués à raconter la vie de cet enfant de sable et de vent ont eu quelques ennuis : certains ont été frappés d'amnésie ; d'autres ont failli perdre leur âme. On vous a raconté des histoires. Elles ne sont pas vraiment les miennes. Même enfermée et isolée, les nouvelles me parvenaient. Je n'étais ni étonnée ni troublée. Je savais qu'en disparaissant je laissais derrière moi de quoi alimenter les contes les plus extravagants. Mais comme ma vie n'est pas un conte, j'ai tenu à rétablir les faits et vous livrer le secret gardé sous une pierre noire dans une maison aux murs hauts au fond d'une ruelle fermée par sept portes."

Ahmed, "l'enfant de sable", a grandi. Il (ou elle) a vieilli et prend, à son tour, la parole. Dans cette Nuit sacrée, Tahar Ben Jalloun livre peut-être la clé de l'un des romans les plus troublants de ces dernières années. L'Enfant de sable avait été salué par toute la critique et lu par des dizaines de milliers de lecteurs.

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