17 août 2014

Un garçon près de la rivière - Gore Vidal

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Quatrième de couverture :

Deux adolescents, Jim Willard et Bob Ford, découvrent l’amour physique avant de se séparer à la fin de l’été. Pendant les années qui suivent, au cours d’un périple américain qui le mènera à vivre sur un cargo au large de l’Alaska, puis chez une star d’Hollywood dans les années 30, et à New york parmi les écrivains du Village, Jim Willard tentera de retrouver le moment de grâce qui a marqué la fin de son enfance.

Editions : Payot-Rivages – ISBN : 9 782743 604745 – Poche : 242 pages – Prix : 9,15 euros.

Mon avis : Volodia

Dans ce roman l'auteur met en scène de façon explicite des personnages homosexuels. Ce qui pour l’époque fit de ce livre un pionnier de la littérature lgbt et si le scandale provoqué par sa publication s’est depuis longtemps émoussé, reste que l’auteur a longtemps été mis à l’index.

Dans l’Américaine puritaine des années 1940 on ne pouvait concevoir qu’un homme viril soit homosexuel, ni qu’il tombe amoureux d’un homme viril lui-aussi.  La vision du gay (puisque déjà à l’époque ils se dénommaient ainsi) se résumait à la tapette, folle parmi les folles, maniérée, le verbe haut perché, voire, le travesti d’où le trouble et le malaise provoqués à la sortie de ce roman en 1948.

Bob et Jim sont étudiants, à la fin de l’année scolaire après la remise des diplômes, ils partent camper et par un concours de circonstances inattendu et involontaire, vont trouver « un état de grâce » dans les bras l’un de l’autre.

En fait, seul Jim est homosexuel et amoureux de Bob qui lui, inconscient et insouciant se « laisse aimer » par affection ce qui fait une différence.

Bob désirant voyager s’engage dans la marine marchande, Jim se donne un an avant de partir lui aussi découvrir le monde. Au fil de ses pérégrinations et de ses rencontres, il occupera divers emplois dont celui de professeur de tennis dans un hôtel de luxe avant de devenir le « petit ami » d’une star vieillissante d’Hollywood, puis d’un écrivain raté. Il rencontrera une croqueuse d’hommes Maria avec qui, malgré les sentiments qu’ils éprouvent l’un pour l’autre, se signera son impossibilité de l’amour hétéro.

Désirant toujours rejoindre Bob, il s’engagera dans l’armée d’où il sera réformé pour un problème de rhumatisme articulaires et échouera à New York pour gagner quelque argent afin de concrétiser un désir : ouvrir une école de tennis. Il y retrouvera ses anciens amants et amis, qui l’introduiront dans le monde des personnes en vue de la mode, et de la culture,  mais également celui interlope des homosexuels. – s’ensuit une description assez jouissive des conversations, des codes de reconnaissances entre homos (de nos jours, tout ça fait un peu clichés, mais pour l’époque 1930-1950) c’était nouveau pour les non initiés.

Mais toutes ces rencontres n’ont qu’un but, le rapprocher de Bob car c’est toujours lui qu’il recherchera à travers ses rencontres. Au bout de sept ans, d’errances, il finira par rentrer dans la ville de son enfance ou il apprendra que Bob revenu également chez lui s’est transmué en mari et père.

Espérant envers et contre tout retrouver une « connivence » longtemps rêvée et sublimée avec Bob, il tentera des avances qui seront repoussées par celui-ci horrifié. Submergé de rage et de désirs, Jim le violentera avant de refermer la porte sur son passé et de s’échouer dans un des nombreux bars ou les hommes viennent en chasse.

En fermant ce livre je m’aperçois que peu de choses ont changé. Oh bien sûr l’homosexualité est plus facilement assumée à notre époque, nous avons des bars ouvertement gays et plus besoin de femmes pour jouer les cache-tapettes. La drague aussi a évolué, plus directe, pour certains inutiles de faire connaissance, un main « bien placée » et tu sais à qui tu as affaire et ce que l’autre est venu chercher. Tu es devenu comme tant d’autres choses un objet de convoitise et de consommation. Ce qui n’a pas bougé, malgré les années, c’est la « haine » de la vieille tante, le vieux beau qui s’accroche, qui ne comprends pas que son temps est passé, mais lucide sait qu'il lui faudra payer pour avoir l'illusion d'être aimé, même pour quelques heures. Nous sommes sans pitié !

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12 septembre 2009

Querelle de Brest de Jean Genet

 

268378Le héros du livre, Georges Querelle a déjà tué plusieurs fois sans être inquiété. Matelot ("mataf" comme il le dit lui-même), il provoque par sa beauté virile le désir des hommes qu'il rencontre.


Le lieutenant Seblon, dont il est l'ordonnance, l'aime en secret. Le "Vengeur", son bateau, est à quai à Brest, "ville dure, solide". Il y rencontre Robert, son frère, qui est l'amant de Madame Lysiane, la patronne de "La Féria", bordel brestois célèbre à travers le monde. Il se donne à Norbert, le tenancier, à Mario, inspecteur de police, et se prend d'une amitié amoureuse pour Gil, un jeune meurtrier aux abois.

« Toute sa jeunesse il avait fréquenté les dockers et les marins de la marine marchande. Il était à son aise dans leur jeu. »

Pouvoir de sa sensualité qu'il sait mettre au profit de ses intérêts. Georges Querelle, violence et tendresse intimement liées, attire vers lui ces hommes que l'homosexualité horrifie. Au-delà des étiquettes que la société impose à la sexualité, il investit la pureté dans ses rapports avec ces hommes rudes mais fragiles, et jusque dans le meurtre, rituel artistique et cynique.

« Ce regard sévère parfois presque soupçonneux, de justicier même, que le pédéraste attarde sur un beau jeune homme qu'il rencontre, c'est une brève mais intense méditation sur sa propre solitude ».

Jeu qu'il assume avec nonchalance mais non sans gravité, le rapport sexuel (d'où tout sentiment est banni) est pour Georges Querelle le moyen de s'élever à une noblesse intime. Personnage solitaire comparable à l'ange de l'Apocalypse dont les pieds reposent sur la mer, il atteint à une beauté secrète, qui fait fi du jugement commun.

Avec lyrisme, Jean Genet développe, dans Querelle de Brest (publié pour la première fois en 1947), un thème majeur de son œuvre : la dialectique, sinon la poétique, du péché et de la grâce. Il le fait ici, dans cet univers viril des marins qui lui est familier - l'idée de meurtre évoque souvent l'idée de mer, de marins -, avec une force et un talent transfigurés par la beauté de son écriture.

Posté par chezVolodia à 17:09 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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