06 janvier 2018

Les clés du Paradise - Michel Tremblay

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Le Paradise est ce club de Red Light de Montréal qui en 1930, accueille les « vieux garçons » dans un espace nommé le ringside. C’est là qu’Edouard Tremblay aimerait bien faire son entrée dans le « grand monde », peu après son embauche comme vendeur de chaussures sur l’avenue du mont-Royal. Car c’est à presque dix huit ans il est déjà emporté par le double qui l’habite, cette duchesse de Lnageais qui deviendra son personnage de folle des nuits de la métropole.

Et c’est aussi au Paradise que travaille la mère de Nana, Maria Desrosiers, toujours aux prises avec « cette boule dans la gorge, ce poids sur son cœur ». Autour d’elles s’agitent les membres de deux familles, à la merci de ce « maudit destin qui ne mène jamais où on veut aller » : Ti-Lou et Maurice, Victoire et Télesphore, Albertine et Madeleine, Teena, et l’inconsolable Josaphat-le-Violon qui se réfugie  à l’asile Saint-Jean-de-Dieu. 

Editions : Actes Sud – ISBN : 9 782330 028459 – Broché : 254 pages – Prix : 20 euros. 

Mon avis : Volodia

Les œuvres de Michel Tremblay ne se lisent pas, elles se savourent au même titre qu'un met rare et délicieux. Sa description des personnes de langue française vivant dans ce quartier modeste voire pauvre de Montréal marqué par la crise économique incite à l’empathie plutôt qu'à la pitié.

Edouard, gros garçon de 17ans, au physique malgracieux et au franc parler qui se cherche, se doute qu’il n’est pas tout à fait comme les autres, mais n’arrive pas à comprendre ce qui le différencie - on ne peut que l’aimer et suivre avec un plaisir non dissimulé ses atermoiements –qui traîne son ennui et son mal être vient de décrocher, sur les recommandations de sa tante,  un emploi de vendeur de chaussures, histoire de gagner un peu d’indépendance et d’aider sa famille qui en a bien besoin.

Après une altercation mémorable le 1er jour de son travail, avec un client « très élégant », qui le jauge de haut et se permet des réflexions désagréables à son égard, auprès de la gérante, alors qu’il fait fi de la présence d’Edouard, met le feu aux poudres. Notre client, pseudo élégant, n’en revient de la répartie dudit Edouard tout en le reconnaissant de la catégorie des « vieux garçons ». De fait, il l’invite au Club Paradise, afin qu’il rencontre quelques « amis » qui s’y retrouvent. Souci, Edouard bien que n’étant pas majeur (- 21ans) décide de s’y rendre par curiosité, surtout ne sachant pas ce qu’il en est de cet endroit, mais espérant y trouver des réponses à ses interrogations.

Dans ce livre, il est évidemment question d’Edouard, mais également de tout le petit monde qui compose sa famille et qui gravite autour de lui, et qui eux non aucun doute quant à son « orientation ». Tout le récit nous est conté, de la façon dont il aurait été parlé avec cet accent canadien populaire et particulièrement vivant que l’auteur arrive à retranscrire et à nous faire partager pour notre plus grand bonheur. Encore un sans faute de Michel Tremblay qui nous décrit le Québec des années 1930 très marquée par pression de la religion catholique dans la vie quotidienne des familles surtout sur celle des femmes.

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15 octobre 2014

Des nouvelles d'Edouard - Michel Tremblay

Des nouvelles d'Edouard

Quatrième de Couverture :

La grande Duchesse de Langeais ne régnera plus sur les nuits chaudes de la Main. La reine des travestis, qui a tout enseigné aux Créatures du célèbre cabaret Coconut Inn, trouve la mort en plein coeur du Red Light de Montréal. Mais Edouard, son alter égo diurne, laisse en héritage le précieux journal de son voyage à Paris en 1947.

La ville qui a nourri son imaginaire pendant si longtemps, par les romans de Zola et de Balzac, par les chansons de Lucienne Boyer, par les films de Pierre Fresnay, s'incarne dès son arrivée gare Saint Lazare.

C'est à sa belle-soeur, la Grosse femme, qu'il destine son journal, mais devant tant de beautés et d'émotions fortes, la solitude pèsera bien lourd sur les épaules de la Duchesse.

Editions : Babel - ISBN : 978 2 7609 1836 6 - Poche : 321 pages - Prix : 8,70 €

 Mon avis : Volodia

Pour information  :

Ce livre est le quatrième tome des Chroniques du Plateau-Mont-Royal et fait suite à "La Duchesse et le Roturier", mais à mon avis, il peu se lire indépendamment des autres.

Le roman commence à la mort d’Edouard, assassiné dans un parking sordide, par Tooth Pic, homme de main de Maurice, Patron du Cabaret de travestis « Le Coconut  Inn » Travesti vieillissant, à la langue bien acérée et aux répliques citronnées, Edouard, homosexuel canadien d’origine modeste, vendeur de chaussures dans un quartier élégant le jour, est travesti la nuit sous le nom de la Duchesse de Langeais (nom choisi en raison de son amour pour la culture française). Personnage haut en couleur, auréolé de légendes, il régnait depuis longtemps sur les travestis de la rue Saint Laurent et s’était attiré les foudres de nombre d’hommes du milieu.

A la mort de la Duchesse de Langeais, terrorisée par une époque ou médecins et chirurgiens pouvaient créer d’un homme une presque femme qui reprendrait le flambeau de sa folie douce, le quartier de la « Main » à Montréal portera un certain temps le deuil de celle qui en disparaissant les laissait dans le désarroi, mais c’était sans compter le journal  qu’Edouard avait écrit lors de son voyage à Paris en 1947, qu’Hosanna et Cuirette découvriront, liront et feront connaître.

Edouard raconte son départ pour Paris, grâce à un héritage de sa mère. Ville qu’il ne connait que par les films et les acteurs, mais dont il rêve et où il espère bien trouver sa place.  Il y décrit sa traversée de 10 jours sur le bateau « Le Liberté », en première classe et ses différentes rencontres avec des passagers d’un milieu social plus élevé que le sien. Ce qui donne lieu à des situations cocasses. Son arrivée au Havre ville bombardée en reconstruction puis, Paris, encore sous tickets de rationnement. Tout est pour lui sujet d’étonnement, les noms de rues, qui ne sont pas des Saints de quelque chose…., les façades décrépites des immeubles, les restaurants où on ne peut dîner qu’à partir de 7 heures, le métro dont les effluves d’urine prennent à la gorge, les rues réservées avec les « guidounes » bien en vues, etc… le tout sur un ton très jubilatoire.

 Mais ce récit nous confronte au portrait des divers milieux sociaux entre personnes ordinaires et parvenus. Malgré tous ses efforts, Edouard souffre de solitude. Il n’a personne avec qui partager ce qu’il voit. Seul au milieu d’une aventure trop grande pour lui, Mourant d’ennui de peur et de frustration, exclu d’une culture qu’il avait rêvée, en raison de son accent et de l’acculturation générale dont sont victime les Québécois à la fin des années 1947. Tout cela le pousse à rentrer en catastrophe au Canada après avoir passé seulement 36 heures à Paris.

 Toutefois n’étant pas prêt pour affronter sa famille suite à ce voyage raté et ne voulant pas passer pour un sans allure, un gaspilleur, il va s’enfermer dans une chambre d’hôtel le temps qu’aurait duré son séjour, pour s’inventer un voyage fantastique qu’il mettra « bien au point » pour le servir à tout le monde en rentrant en Montréal. Mais loin de choquer ses amies, la découverte de cette humble vérité qui contraste violemment avec celle qui était devenue l'âme de la Main, élève celle-ci au rang de légende.

J’ai adoré ce livre, la verve et l’humour d’Edouard son accent, qui m’a donné pour quelques heures, l’illusion de parler à mon tour le français comme un canadien. Mais j’ai aussi été peiné de ses déboires. Bref, Edouard alias la Duchesse de Langeais est un personnage au combien attachant. 

Posté par chezVolodia à 11:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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