08 octobre 2020

Qui sont ces femmes hétérosexuelles qui écrivent de la FanFiction de romance gay ?

 

OIP

Depuis quelques années maintenant ont émergé, en premier lieu sur la toile, des histoires d’amour écrites par des femmes ce qui en soit n'a rien de nouveau. Ce qui l’est par contre, c’est que ces histoires sont des romances gays imaginées par des femmes hétérosexuelles où les descriptions érotiques sont légion et assez "poussées".

Qu’elle n’a été ma surprise ! Mon interrogation sur ce qui pousse ces femmes à écrire de telles histoires ?  Les gays et surtout leur sexualité, ce n’est pas un secret, ont toujours intrigué, voire fasciné  les hétéros (hommes et/ou femmes) mais est ce suffisant pour vouloir écrire sur le sujet ? Qu’est-ce qui les motive. Un désir de s’évader d’un quotidien un peu banal ? Vouloir s’affranchir de certains interdits ? Pimenter  leur propre sexualité ?  Car bien évidemment on ne se lance pas comme ça dans ce genre de littérature.  D’accord, ce n’est pas du Baudelaire, mais plutôt du style Arlequin.  C’est distrayant, ça se lit sans prise de tête et permet de voyager dans un monde imaginaire par rapport à leur propre vie, mais touchant quant même à une certaine réalité. Ces romans sont écrits en sagas, en feuilletons, dévorés aux kilomètres et rencontrent beaucoup de succès  auprès d’un public majoritairement féminin avec une moyenne d’âge comprise entre 17/18 et 30 ans. Dans ces romances, on retrouve certains des stéréotypes collant à la gent féminine et appliqués à la gent masculine, tels un dominant et un dominé, forme de soumission du plus fragile, plus sensible,  plus délicat tant niveau physique qu’émotionnel envers celui qui est le plus entreprenant, le plus sûr de lui, le plus fort physiquement et de caractère.

Les auteures sont des femmes de tous âges et de toutes conditions sociales. Au départ, elles mettaient en ligne leurs romances (écrites sur Wattpad) pour des amateurs du genre,  puis des maisons d’édition s’y sont intéressées et se sont même spécialisées dans ce genre de catégories :  FanFiction, romances FM, romances MM et/ou FF.  Certaines de ces auteures prolifiques sont  connues et suivies par des dizaines fans (sinon plus) qui attendent  avec impatience les nouvelles sorties.

Leurs livres sont semblent-ils assez bien construits et les histoires souvent crédibles..  Les jaquettes de présentation sont attrayantes avec des photos ou des dessins équivoques,  un peu mièvres, mais  jolis et ça « fait mouche ».  Qu’est ce qui nourrit leur imagination ? Pendant un temps, j’ai pensé que les Hentaï en étaient la cause, mais je ne vois guère une femme regarder ce genre de dessin animé. A moins que ce soit les Yaoï, dans le même genre que les Hentaï mais version papier, donc plus visualisables ?

Pourquoi n’écrivent-elles pas des histoires d’amour de femme entre femme, ou plus conventionnelles de femme avec homme ? Cela ne laisse pas de m’intriguer. Est-ce un moyen pour elles  de  s’extirper de leur propre genre et de leur sexualité pour s’en approprier une plus conforme à leur attente et/ou désirée et/ou fantasmée ? ou peut être certaines se sentent-elles concernées par les discriminations que rencontrent la communauté LGBT, à moins qu’elles aient dans leur propre famille une personne ayant cette sensibilité et dont elles sont proches ? où tout simplement, il y avait un nouveau créneau à exploiter et pourquoi ne pas s’y engouffrer ?

Il y existe bien sûr des hommes et des femmes qui  écrivent de l’homo-romance, mais ils sont gays et/ou lesbiennes et il est tout à fait logique qu’ils ou elles écrivent des émotions, des sensations partagées pour leur communauté respectives à même d’apprécier leurs ressentis. Mais les femmes hétéros ?

Je reste avec mes questions. Si une auteure d’homo-romance lit cet article, j’aimerai bien qu’elle m’explique, ce qui la motive. Je suis curieux et c’est en toute bienveillance que je lirai ces commentaires.

Il semble que mon voeu ait été exaucé. Christ Verhoest auteure d'homoromance a bien voulu me donner des précisions sur ses motivation.

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Tout d'abord qui est Christ Verohest. Une jeune femme, mariée mère de 2 enfants. Titulaire d'une licence de lettres modernes et d'un CAPES qui lui a permis d'exercer en qualité de Professeur de Français, avant de se consacréer à la littérature, et qui l'a certainement beaucoup aidé dans sa nouvelle carrière d'écrivain,    Elle a à son actif une cinquantaine  de livres sur une période de 10 ans, ce qui est conséquent et ses livres sont toujours attendus avec impatience et enthousiasme par une communauté de lecteurs toujours plus nombreuse. Pour plus de facilité je vous mets le lien Amazon et de la llibrairie "Les mots à la Bouche" ou vous pourrez retrouver tous ses titres qu'ils soient en livres papier ou ebook :

https://www.amazon.fr/kindle-dbs/entity/author/B004N474L2?_encoding=UTF8&node=301061&offset=0&pageSize=1

https://motsbouche.com/recherche?controller=search&s=christ+verhoest

Les motivations de cette auteure à écrire de l'homoromance sont multiples et complexes, car bien que mariée elle ne se définit pas comme hétérosexuelle. Mais laissons la parler avec  ses mots :

"J'ai toujours senti que j'étais différente. Je ne pensais pas comme mes camarades, j'étais désolée quand on m'habillait en fille, mais aussi quand on m'habillait en garçon avec des vêtements trop moches, et avec des cheveux courts.

La relation Alix Enak dans la DB éponyme m'a troublée très jeune... Ma nature me porte vers les hommes, les femmes. Vers les personnes trans. Je suis mariée avec un homme suite à un coup de foudre, mais j'ai eu avant deux petites amies à l'université.

En 2014 on m'a diagnostiqué une dysphorie de genre. J'ai des côtés masculins, d'autres féminins, et j'aurais vraiment aimé naître homme... Tous en ayant goût pour des choses féminines. Si je devais me donner une étiquette je dirais pansexuelle gender fluide. Trans est un mot qui me gêne pour me qualifier, car j'ai des jours ultramasculins et d'autres ultraféminins.

Alors pourquoi écrire des romans gays ?

Parce que je me reconnais dans la façon de penser d'un homme. Parce qu'il y a une égalité qu'on n'a pas dans un couple hétéro. Ne nous voilons pas la face. Je me fais insulter et bousculer dans les magasin. Pas mon mari. Les femmes sont frappées, moins payées... Il y a beaucoup de sexisme en France et l'homme hétéro a tendance à s'ériger comme supérieur, protecteur, dirigiste, même en croyant bien faire. J'ai vécu cela chez moi, bien que venant d'une famille bourgeoise.

Enfin je trouve qu'il y a plus de messages dans une romance gay qu'hétéro, pleins de sujets. Le VIH pourtant indétectable mais toujours sujets à préjugés. Le fait qu'un surfeur doit être blond séducteur de fille. 

En fait la l'homoromance permet à Christ de faire passer des messages sur les différentes formes d'intolérance que l'on peut rencontrer dans la vie courante et exprimer ainsi son ressenti face à ces injustices. Ses romans les plus représentatifs de la communauté LGBT sont :

Tu a brûlé mon coeur, avec un personnage gender fluid

. Le choix que je n'ai pas eu, avec atavisme et homophobie familiale, et aussi des flash backs sur la guerre du Vietnam pour montrer ce que pouvait faire un soldat en aimant un autre...

Wish, sur le rejet lié au VIH,

Les étoiles brillent si tu leur demandes, avec un surfeur gay et paraplégique,

Attrape la bonne vague, dont l'histoire se passe en France, dans un endroit ou je vais en vacances depuis 20ans.

Toutefois, l'homoromance n'est pas qu'une question d'écriture, elle met en relation d'autres intervenants : relecteur pour corriger les coquilles et assurer une mise en page professionnelle, graphiste qui retravaille les photos (que Christ réalise elle  même) pour la couverture de ses livres, Editeurs et Service de Presse donc toute une catégorie de professionnels pour en assurer la diffusion au même titre que de la littérature classique.

Vous l'aurez compris, Christ est une auteure engagée qui n'hésite pas à exprimer ses idées et ses émotions au travers de ses livres. Pour information, elle fait partie des auteurs (es) cités (es) avec une partie de leurs oeuvres dans le livre de Thierry Goguel d'Allondans et Michaël Choffat : Une bibliothèque gay idéale (Page 960 - 2430 à 2430-3).

Je remercie Beaucoup Christ d'avoir répondu à mes interrogations. Car je l'ai constaté en diverses occasion, il est très difficile d'amener les gens à se dévoiler, surtout sur des sujets sensibles comme la romance qu'elle soit gay ou non et autres..., si on ne fait pas partie d'une cause militante, si on n'est pas reconnu soi-même comme écrivain, si on n'a pas "pignon sur rue" et ou sans contre-partie. C'est pourquoi j'apprécie particulièrement la simplicité et la gentillesse de cette uteure.

 

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21 août 2020

Une bibliothèque gay idéale - Thierry Goguel d'Allondans et Michaêl Choffat

Une bibliothèque gay idéale

Quatrième de couverture :

Pour tous publics, plusieurs amoureux des belles lettres ont, en près de deux années de 2017 à 2019, construit ce Dictionnaire critique et quasi exhaustif de la littérature gay disponible en langue française, titré : une bibliothèque gay idéale. Ce titre - clin d'oeil à la Bibliothèque Idéale présentée par Bernard Pivot - indique déjà un objectif : permettre à chaque lectrice ou chaque lecteur de se constituer, à partir de ses goûts personnels et de sa sensibilité, non pas "la" mais bien plutôt "une" bibliothèque gay idéale, la sienne.

La littérature gay englobe, ici, tout écrit évoquant, de manière non secondaire ou non anecdotique, les amours masculines, quels que soient l'âge ou l'origine socioculturelle des protagonistes, quelles qu'en soient les formes ou les manifestations (imaginaires, sublimées, philosophiques, politiques, romantiques, poêtiques, érotiques, pornographiques, etc...).

Il s'agit bien, en premier lieu, d'un dictionnaire avec, loi du genre oblige, un classement par ordre alphabétique des 2564 auteurs recensés, des débuts de l'écriture à nos jours. Tous ont fait l'objet, à minima, d'une note biographique succincte et de résumés indicatifs de leurs ouvrages. Mais près de 260 ont eu droit à une biographie plus détaillée, voire commentée, et/ou des recensions critiques d'un ou plusieurs de leurs ouvrages.

Genre par genre, non seulement les auteurs incontournables, les plus lus, les plus remarqués, les plus cités, sont, ici, présents et présentés, mais de nombreux auteurs plus méconnus, moins médiatiques, moins visibles sur les étals des libraires, se trouvent sortis de l'oubli. Le spectre très élargi de ce travail dessine donc un paysage assez complet de la littérature à thématique gay de 2 000 ans avant Jésus-Christ (avec le ou les poètes anonymes relatant les amours de Gilgamesh et Enkidu) à notre XXIème siècle débutant et déjà prolifique en littérature gay.

Editions : L'Harmattan - ISBN : 978 2 343 20050 7 - Broché : 1043 pages - Prix : 39 €

A propos des Auteurs :

Thierry Goguel d'Allondans : éducateur spécialisé et anthropologue. Il est chargé de recherche et responsable de formations à l'Ecole supérieure européenne de l'intervention sociale (ESEIS, Strasbourg) et professeur associé à l'Institue national supérieur du professorat et d l'éducation (INSPE, Université de Strasbourg). Docteur en sciences sociales, il est également chercheur associé au laboratoire Dynamiques européennes (UMR 7367, CNRS, UDS) et a été, de 2007 à 2017, rédacteur en chef de la revue Cultures et Sociétés, Sciences de l'Homme.

Michaël Choffat : Technicien en gestion administrative à l'Université de Strasbourg et étudiant en psychologie. Il est un ancien administrateur de la Station (Centre LGBTI de Strasbourg)

Mon avis : ChezVolodia

Je trouve très bonne cette idée de constituer un dictionnaire de littérature gay. En effet, jusqu'ici nous n'avions la possibilité de constituer notre bibliothèque qu'en fonction des oeuvres que nous connaissions ou dont nous avions entendu parler. En premier lieu, les classiques de l'antiquité, puis ceux du XVIIIIème siècles pour finir par les contemporains et ce, au petit bonheur la chance puisqu'il n'existait pas de listes exhaustives de ces écrivains et/ou auteurs. 

Ce qui est également intéressant c'est que les auteurs de ce livre ne se sont pas contentés de recenser les écrivains et/ou auteurs spécifiquement gays, ils y ont aussi intégrés ceux et celles qui ne le sont pas, mais ont écrit de manière suivie sur le thème de l'homosexualité (féminine ou masculine) dans n'importe quelles catégories : poésie, romance, policier, philosophie, biographie, fantaisie, etc....

Toutefois, en compulsant ledit livre, je constate que des écrivains et non des moindres manquent à l'appel, tels :

. Natalie Clifford Barney (américaine) - femme de lettres et poêtesse du XVIIIIème siècle,

. Djuna Barnes (américaine) - Romancière du XVIIIIème siècle

. François Xavier David Fourrage  (Français) - Romancier contemporain, auteur d'une dizaine de livres.

Peut être constaterai-je d'autres absents au fur et à mesure de ma lecture, mais je dois avouer que l'oubli de ces écrivains et auteurs de talent, alors qu'un Jérémy Gisclon est cité me laisse perplexe et surtout pantois, mais bon, j'espère qu'un additif ou une mise à jour se fera dans les années à venir !

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27 novembre 2018

Une folle à sa fenêtre - Michel Cressole

Une folle à sa fenetre

Quatrième de couverture : 

Pour sa nouvelle formule de l’Autre Journal, Michel Butel invitait Michel Cressole, journaliste à Libération et militant homosexuel, à alimenter librement une chronique. 

Ce sera la naissance d’ « Une Folle à sa fenêtre ». Elle « apparaîtra » régulièrement du premier numéro de mai 1990 à celui de Janvier 1992, pour apporter, à un moment  où le mot gay commençait à devenir prononçable, un regard « folle » (ou camp) sur les actualités. 

Depuis la parution de ces chroniques, bien des choses ont changé : Michel aurait pu être sauvé par les nouveaux antirétroviraux ; il aurait pu se marier avec des étrangers. Mais faudrait-il reconstituer le monde autour de son Hibernatus qu’on retrouverait les mêmes assassinats politiques, les mêmes homophobes impudiques, la même méfiance envers les minorisés, les mêmes violences policières, les mêmes violations de sépultures. 

Cette nouvelle édition des chroniques de Michel Cressole devenait donc une évidence. Elle a été enrichie des contributions d’Hélène Hazera, sa collègue et amie ainsi que de Tom de Pékin (couverture) 

Comme l’écrivait Butel, fin 2012, pour le premier numéro de L’impossible, forcément sous-titré L’Autre Journal : « Nous avons inventé ce petit objet pour les nuits blanches et pour les jours sans fête… Lisez-le, donnez-le, dispersez-le, faites de la politique ! » 

Editions : Bibliothèque GayKitchCamp – ISBN : 978 2 908050 00 6 – Broché : 76 pages – Prix : 12 € 

Mon avis : ChezVolodia 

Il est toujours intéressant tout autant qu’agréable de lire les écrits d’un des moteurs de la libération homosexuelle. 

Je ne connaissais l’auteur que de nom et de réputation et je dois avouer que ses chroniques sont savoureuses, et citronnées à souhaits. Michel Cressole tape ou ça fait mal. Lucide, provocateur et irrévérencieux pour l’ordre établi, il défend les folles, flamboyantes, incontrôlables qui se moquent éperdument d’une quelconque reconnaissance sociale et qui renvoie l’homosexuel basique à une forme de subversivité abandonnée pour rentrer dans le « moule » d’une gaypédétude acceptable par le commun des mortels, à savoir sans vague, plate et fade. Vives les Folles crient de concert Michel Cressole et Patrick Cardon ! 

Si ces deux personnes parlent des folles avec nostalgie et vouent aux gémonies les homosexuels ou gais actuels, il faut reconnaître que tous ne peuvent se permettre le luxe de la transgression. De plus, l’avancé des droits des LGBT (grâce aux leaders de la première heure, je le reconnais bien volontiers) ont progressé et de fait, certains gays souhaitent vivre tranquillement, leur homosexualité. 

Où est-il écrit qu’être homosexuel devait se vivre comme le parcours du combattant, entre rébellion, provocation, militantisme à tous crins ? Comme dans le monde hétérosexuel, il existe plusieurs représentations de la communauté homosexuelle. On ne peut revendiquer et se battre pour l’égalité des droits, ne plus accepter d’être assimilés à des malades mentaux, être intégrés dans la société, tout en voulant par ailleurs s’en différencier par des outrances ! A un moment donné, il faut faire des choix ! Rentrer dans le système ou rester en dehors avec tout ce que cela implique. 

Au risque d’être vilipendé, je fais partie de ces gays intégrationnistes (et non ce n’est pas une grossièreté). Ce qui ne m’empêche pas lorsqu’il le faut, de manifester pour soutenir une cause ou revendiquer l’obtention de nouveaux droits permettant une égalité citoyenne avec nos chers hétéros. Mais, parallèlement à cela,  je souhaite vivre paisiblement ma différence, avec mon compagnon. Exercer ma profession n’ayant pas la possibilité sinon le luxe de l’abandonner. Et si je ne suis pas « dans le placard », je ne vois pas l’utilité d’asséner à qui veut l’entendre ce que je suis et avec qui je m’envoie en l’air ! Contrairement à certains homosexuels/gays, surtout pour les plus âgés, je n’ai pas construit ma vie sur ou autour de mon orientation sexuelle, qui elle est accessoire et relève, de l'intime. De même, à contrario des années 80/90, il ne me viendrait pas à l'idée d'employer le féminin pour parler à des ou/d'hommes gays, amis ou non !

Dans ce livre, nous avons également quelques belles pages de souvenirs égrenés par Hélène Hazera, grande amie de l’auteur et militante de la première heure. Ce livre fort plaisant recense, bien qu’avec peu de pages, les principaux évènements d’une époque.

 

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12 mars 2017

Retour à Reims - Didier Eribon

 

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Quatrième de couverture :

Après la mort de son père, Didier Eribon retourne à Reims sa ville Natale, et retrouve son milieu d'origine avec lequel il avait plus ou moins rompu trente ans auparavant. Il décide alors de se plonger dans son passé et de retracer l'histoire de sa famille. Evoquant le monde ouvrier de son enfance, restitutant son ascension sociale, il mêle à chaque étape de ce récit intime et bouleversant les éléments d'une réflexion sur les classes, le système scolaire, la fabrication des identités, la sexualité, la politique, le vote, la démocratie.

Réinscrivant ainsi les trajectoires individuelles dans les déterminismes collectifs, Didier Eribon s'interroge sur la multiplicité des formes de la domination et donc de la résistante. 

Un grand livre de la sociologie et de théorie critique.

 

Editions : Flammarion catégorie : Champs Essais - ISBN : 978 2 0812 4483 2 - Poche : 2148 pages - Prix : 8,20 €

 

Mon avis : Volodia

Contrairement à ce que j’ai pu croire au premier abord, ce livre n’est pas une biographie à proprement parler, ni même un livre de philosophie politique, ni encore un livre de sociologie, mais un mix des trois.

Dans ce livre Didier Eribon revient sur une partie de sa vie, qu’il a occultée durant de longues années. La mort de son père et son enterrement auquel  il n’a pas voulu assister, et son retour à Reims, ville où il est né et où ont vécu ses parents, est l’occasion pour lui de se remémorer son passé, et d’analyser les causes qui l’ont éloigné de sa famille pendant plus de 30 ans.

Issu d’un milieu modeste (père ouvrier ayant gagné à force de ténacité, le statut d’agent de maîtrise, mère femme de ménage dont les espoirs déçus de n’avoir pu faire des études et d’accéder à une autre condition sociale ont laissé les traces de quelques rancoeurs). Didier Eribon a longtemps eu honte de ses origines préférant être identifié comme homosexuel - ce qui à son époque n’était pas aussi bien toléré qu’aujourd’hui - catégorie sociale qu’il estimait plus valorisante car teinté d’intellectualité, et dans laquelle il s’est beaucoup investit à défendre la cause, plutôt que fils de prolétaire, délaissant ainsi la question de domination sociale...

Il revient notamment sur la sélection quasi systématique qui s’opérait dans les années 1968-1970 en France. Dès la scolarité, où un fils d’ouvrier était souvent dirigé vers des filières techniques passé le certificat d’études, alors, qu’un fils de « bourgeois » poursuivait ses études naturellement au lycée, voire pouvait effectuer des études supérieures, ou une prépa dans des Grandes Ecoles. Il en résultait que les ouvriers étaient condamnés à rester dans leur milieu social sans réelle possibilité d’évolution. Ce fût le cas de ses frères - avec lesquels il n’avait aucun point commun et avec qui il a rompu tout contact - qui entrèrent en apprentissage avant d’occuper un métier plus en rapport avec leur milieu d’origine.

Il se penche également sur le parcours politique de sa famille grands-parents et parents votant communiste dans les premiers temps par affiliation naturelle, fidélité, à un parti censé défendre les droits des ouvriers, puis en 1980, lorsque celui-ci participera au gouvernement et sa stratégie à nier ou diminuer la thématique de la lutte des classes, ceux-ci se tourneront vers le Front National, qui lui, met en façade la déception des classes populaires et leurs revendications.

Il y a une forte contradiction chez l’auteur, la haine de sa famille liée à tout ce que comporte ce milieu ouvrier - à mon sens, véritable caricature du monde à la Zola – et sa volonté de lutter contre la domination sociale, de loin, c'est-à-dire sans être assimilé ou reconnu comme venant dudit milieu. Il se rend compte qu’il reproduit les jugements et les catégories de pensées des classes dominantes.

Le livre de Didier Eribon, peut être lu, comme je l’ai indiqué précédemment, sous différentes facettes, comme une auto-socio-analyse. Ecrit dans un langage très accessible, car il ne manquerait plus que ce livre se montre excluant dans son écriture ce qui serait un véritable contre-sens eu égard aux thèses défendues !

Je n’avais, honte à moi rien lu de Didier Eribon, mais ce premier essai m’a énormément intéressé. Je vais donc poursuivre la lecture de ses écrits ! 

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08 avril 2016

Salon de beauté - Mario Bellatin

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Quatrième de couverture : 

« Il y a quelques années, mon intérêt pour les aquariums me conduisit à décorer mon salon de beauté avec des poissons de différentes couleurs. Maintenant que le salon est converti en un mouroir où vont terminer leurs jours ceux qui n’ont aucun autre endroit pour le faire, il m’est très difficile de constater que les poissons ont peu à peu disparu ». 

Editions : Christophe Lucquin – ISBN : 9 782366 260 700 – Broché 76 pages – Prix 12 euros. 

Mon avis : Volodia 

Je, est celui qui raconte son histoire. Il n’a pas de nom, il est seulement Je,  un travesti,  coiffeur et propriétaire d’un salon de coiffure. Bien que celui-ci soit mixte, ce sont essentiellement des femmes qui viennent s’y faire coiffer, car elles semblent « indifférentes au fait d’être soignées par des stylistes portant presque toujours des vêtements féminins ». 

Pour se démarquer des autres salons du quartier, et lui donner un peu de luxe, Je, a choisi de l’équiper d’aquariums ou évolueront des poissons. Différentes sortes de poissons, non fragiles ne nécessitant pas de soins particuliers, dont la vue et les circonvolutions détendront ses clientes, « qu’elles aient pendant leurs soins l’impression d’être immergées dans une eau cristalline avant de réapparaître à la surface, belles et rajeunies ». 

Je, nous détaille ses choix sur les futurs occupants des aquariums, les soins prodigués, mais également leur mort somme toute assez tragique. Parallèlement, il se laisse aller à  des confidences sur son passé,  sa vie, et ses frasques avec les 3 autres coiffeurs. Sur le changement qui s’est opéré sur le salon et la tâche qu’il s’est donnée d’accomplir. 

Ce salon initialement destiné à la beauté, s’est transformé, un peu par hasard, en mouroir, non pas en un hôpital ou une clinique, mais seulement  en mouroir – le premier pensionnaire qu’il a accepté, l’a été à la demande d’un des compagnons qui travaillait avec lui. Le jeune homme avait été abandonné par son ami dès que celui-ci avait appris sa maladie, aucun hôpital,  ni sa famille ne voulaient l’accueil ni le prendre en charge. Privé de ressources, il ne lui restait qu’à mourir dans la rue -.

Les règles  sont très strictes. N’y sont admis que les malades en phase terminale, les dons d’argent en espèces, les confiseries, et le linge de lit. Pour faire face à cette nouvelle étape du salon, tout le matériel professionnel a été vendu, pour acheter, des lits métalliques, des matelas de paille, des ustensiles. Les miroirs ont été retirés pour éviter la vue de la multiplication de l’agonie des occupants. 

Je, s’active seul - Surtout pas d’associations, ni de sœurs de la charité, qui viendrait prier pour les malades, pas de femmes, aucun médicament.  - auprès de ses pensionnaires, ceux-ci ne manquent de rien. Il va jusqu’à affronter les habitants du quartier qui veulent faire brûler le mouroir mais qui s’arrêtent à la porte, rebutés par l’odeur qui y règne. Un jour, Je se sens plus faible. Il découvre des taches sur sa peau, et  comprend alors que son tour est venu, mais que lui sera seul, ses compagnons étant déjà morts. Il s’inquiète alors du devenir de son salon lorsqu’il sera trop faible pour se lever.  Je, pense qu’il fermera toutes les ouvertures, n’ouvrira à personne. Et peut -être que les institutions pour qui aider est une forme de vie, défonceront la porte.  On comptera parmi elles, « les Sœurs de la Charité » et les associations à but non lucratif.  Mais le plus probable est que quelques jours plus tard, ils défonceront la porte et « me trouveront mort, mais entouré de la splendeur d’autrefois ». 

Ce  n’est pas un livre larmoyant, ni même triste. L’auteur maintient une distance entre l’écriture et le tragique de la situation. Son personnage semble indifférent et résigné à l’inéluctable. C’est beau, c’est fort, ça vous prend au creux de l’estomac. J’ai adoré ce récit, bien qu'il m'ait bouleversé ! 

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A propos de l’auteur :

Fils de parents péruviens, Mario Bellatin est né à Mexico. Il est né sans bras droit. Sa famille part pour le Pérou lorsqu’il a quatre ans. Il étudie la théologie pendant deux ans au séminaire Santo Toribio de Mogrovejo, puis les sciences de la communication à l’Université de Lima. C’est à Lima qu’il publie son premier livre en 1986 : Mujeres de sal.

En 1987, il part pour Cuba afin d’étudier le scénario de film à la Escuela Internacional de Cine y Televisión à San Antonio de los Baños. De retour au Pérou, il continue à y publier ses œuvres jusqu’en 1995 - date à laquelle il regagne le Mexique.

Bellatin a été directeur du Département de Lettres et Sciences Humaines de l'Université du Cloître de Sor Juana et membre du Système national des créateurs du Mexique de 1999 à 2005. Il est directeur de l’École dynamique des écrivains à Mexico, créée en 2001, qui propose des méthodes alternatives de création littéraire.

L’écriture de Bellatin est fortement influencée par sa formation académique, d’une part, mais aussi d’autre part par son expérience du cinéma. Il propose une réalité fragmentée dans le temps, non linéaire, et cherche à créer des sensations fortes, troublantes, déstabilisantes, chez le lecteur. Son œuvre, fortement expérimentale, est un jeu permanent entre réalité et fiction, entre récits apocryphes et biographies, qui crée des situations improbables, étranges et parfois drôles." 

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25 mai 2015

Le baiser de la femme araignée - Manuel Puig

LE BAISER DE LA FEMME ARAIGNEE

Quatrième de couverture :

Molina, homosexuel arrêté pour attentat à la pudeur parle, et Valentin le militant de gauche en cheville avec des groupements politiques clandestins, écoute. Derrière les murs et les barreaux de la prison de Villa Devoto, le dialogue est leur seul échappatoire.

Molina raconte à Valentin les films qu'il a vus, quand la liberté n'était pas un mirage lointain, et de tous les détails dont il se souvient. Les récits merveilleux, les histoires étranges, le suspense, les stars aux visages d'ange.

L'imagination dans la nuit poussiéreuse de leur cellule est comme un avant-goût de liberté qui les attend peut être. Mais malgré la complicité qui lie les deux hommes, Molina n'a pas encore fait tomber le masque...

Editions : Points - ISBN : 978 2757 8317 86 - Broché 50 pages - Prix : 8,70 euros

 

Mon avis : Volodia

Deux prisonniers partagent un cellule dans l'Argentine de la dictature militaire : Molina, étalagiste homosexuel, personnage frivole et égocentrique, emprisonné pour corruption de mineur, et Valentin, accusé de subversion et obsédé par la femme qu'il a abandonné pour s'engager dans la lutte révolutionnaire.

Pour oublier les séances de torture auxquelles ils sont régulièrement soumis, Molina commence à raconter à Valentin les intrigues des vieux films romantiques qu'il adore. Réticent au départ, Valentin rejoint Molina à l'intérieur de cet univers glamour et sentimental, attendant la prochaine histoire avec impatience. Molina, lui, finit par embrasser la cause de Valentin.

Le face à face des acteurs avec la violence de Valentin mis en parallèle avec la "fluidité" de Molina est parfois insoutenable. La situation des personnages des scénarios de Molina reflétent la relation entre les deux hommes, qui passe de l'indifférence à l'amitié, de la compassion à l'amour.

Une rencontre fascinante entre la question du "compromis" essentielle aux débats politiques et les prérogatives de la fantaisie et de l'imagination.

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22 mars 2015

Minorités - Didier Lestrade

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Quatrième de couverture :

Le site Minorités, créé en 2008 par Didier Lestrade, Laurent chambon, et Mehmet Koksal avait l'ambition de créer une base d'expression la plus libre possible, pour tout le monde. Ce fût un OVNI dans le paysage éditorial - un petit think tank sur les marges et les intersectionnalités. Des textes puissants, des interviews complètes, des appels au secours énervés, des litanies personnelles, des tergiversations intimes, des manifestes et de l'humour...

L'idée initiale était de rendre compte de l'extrémement petit pour intervenir dans le champ politique plus large. Apparu avec la première année de la crise économique, il était évident que de nombreuses personnes, connues ou pas, auraient à s'exprimer à un moment où les injustices et les haines se développaient à cause d'une disparité de plus en plus révoltante entre les riches de ce monde. et nous, les autres. Dans la préface, Didier Lestrade explique :

"Et en tant que gays dans une époque marquée par le 11 septembre, et les émeutes de 2005 en France, notre rôle était d'ouvrir un média entièrement consacré à ce pont entre les communautés. Dans notre  joli pays, cela se résume souvent à parler des Arabes et des Noirs et de l'Islam. Et pour établir que ces sujets minoritaires n'étaient pas sans lien avec d'autres sujets en retard dans la Société, il fallait s'exprimer librement sur les séropos (ou pas), les transgenres, les autistes, les voguers, les clubbers, les jeunes, les putes, les Basques, les immigrants, les Asiats et les Africains, les vieux gays, le chomdu, la colonisation, l'outing, etc..."

Minorités aura pensé les contours du monde qu'il nous appartient maintenant de réinventer. Mais avant ça, relire ce qu'ils/elles en disaient...

Editions : Des ailes sur un tracteur - ISBN : 978 1 291 780277 - Broché : 264 pages - Prix : 18 €

 

Mon avis : Volodia

Le projet était ambitieux, mais avait le mérite d'attirer notre attention non seulement là où ça fait mal, mais encore de faire connaître et d'aborder des sujets encore tabou relatifs à la communauté  gay.

Ce livre est une prolongation de ce site qui, malheureusement pour nous, a été fermé par décision de son créateur, et reprend certains articles spécifiques à un problème de société particulier. Ces articles ont été réalisés par des personnes  : Journalistes, Universitaires, Transsexuelles, Prostitué (e), Cinéaste, Médecins, de différentes nationalités, toutes impliquées à divers degrés dans un des probèmes soulevés.

Alors bien évidemment on ne peut être d'accord sur tout et encore moins de la manière dont les évènements sont présentés, qui relèvent également de la façon dont ils ont été vus et compris avant d'être retranscrits, mais ils ont tout en commun le mérite de nous faire nous interpeller, nous faire réfléchir, la solution ne pouvant appartenir qu'à nous. Je pense notamment aux articles : Gays et la crise, "Juif-arabe", une identité confisquée. Gays du slam à revendre.

D'autres, m'ont semblé de parti pris avec des idées, des raccourcis et des réflexions toutes faites, telles celles de Didier Lestrade sur : Le porno gay au secours de la propagande israélienne, l'Islamophoblie, et j'en passe et des meilleurs, mais quand Didier Lestrade dit lui-même dans un de ces livres qu'il aimerait un jour baiser avec un noir (ce qui manque semble"t-il à son palmarès) on ne doute pas qu'il est un grand ami de ceux-ci, et des musulmans blancs, n'est-il pas né en Algérie, une certaine nostalgie pour un passé révolu, et ou on pouvait faire ce qu'on voulait des et ou avec des fellahs?

Certains articles m'ont un peu saoulé par leur récurrence tel  celui : d'Hélène Hazera sur "Basta" avec vos fantasmes sur les Trans. Hum on connait son histoire et son parcours  par coeur, de même son combat et les revendications des trans. Au point d'en être écoeuré comme d'une chose que l'on a trop consommée.

Reste que ce livre est à lire en témoignagne de ce qui a été accompli, de ce qui est actuellement et resterait à changer pour faire de notre monde sinon une société idéale, une société plus juste. 

 

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04 avril 2014

En finir avec Eddy Bellegueule

Eddy bellegueuleQuatrième de couverture :

"Je suis parti en courant, tout à coup. Juste le temps d'entendre ma mère dire Qu'est-ce qui fait le débile là ? Je ne voulais pas rester à leur côté, je refusais de partager ce moment avec eux. J'étais déjà loin, je ne n'appartenais plus à leur monde désormais, la lettre le disait.

Je suis allé dans les champs, j'ai marché une bonne partie de la nuit, la fraicheur du Nord, les chemins de terre, l'odeur de colza, très forte à ce moment de l'année. Toute la nuit fut consacrée à l'élaboration de ma nouvelle vie loin d'ici".

En vérité, l'insurrection contre mes parents, contre la pauvreté, contre ma classe sociale, son racisme, sa violence, ses habitudes, n'a été que seconde. Car avant de m'insurger contre le monde de mon enfance, c'est le monde de monde de mon enfance qui s'est insurgé contre moi. Très vite, j'ai été pour ma famille et les autres une source de honte, et même de dégoût. Je n'ai pas eu d'autre choix que de prendre la fuite. Ce livre est une tentative pour comprendre.

 

Editions : du Seuil - ISBN : 9 782021 117707 - Broché 220 pages - Prix 17 euros.

 

 

Mon avis : Volodia

Ce livre soit on l'aime, soit on le déteste. Mais en aucun cas, il ne peut laisser indifférent ou faire place à un sentiment mitigé. Pour ma part je l'ai aimé.

L'auteur indique sur la couverture "roman" mais à mon sens, il s'agirait plus d'une autobiographie romancée ce qui n'est pas tout à fait la même chose, car si certains faits peuvent paraître "exagérés", il n'en reste pas moins que le fonds sonne juste.

Edouard Louis nous envoie, en pleine figure, son enfance et son adolescence, passées dans un village de province, en l'occurence la Picardie, marqué par la misère sociale : la pauvreté matérielle bien sûr, mais surtout intellectuelle et morale.

Sa manière d'être qui dès l'enfance le démarque de sa famille et des autres garçons du village. Maniéré sans le vouloir,  faisant de grands gestes pour accompagner ses paroles, un déhanchement significatif lorsqu'il se meut le fait qualifier de "bizarre" avant d'être identifié comme "PD" par des camarades d'écoles.

Les parents complètement dépassés par leur fils et ne sachant comme s'y prendre lui font souvent des "remarques",  idem les copains, amis et relations dans le village. Seuls deux gamins de son école osent l'insulter et le maltraiter. Ce qu'il accepte comme un fatalité. Il attend du reste tous les jours, dans un couloir peu fréquenté de cette école, l'humiliation suprême, des coups, d'un crachat sur la manche de sa veste qu'il se devra de ravaler.

Ce livre écrit avec ses tripes a déchainé les passions, bonnes ou mauvaises, car il s'en dégage une force inattendue. C'est la révolte d'un jeune homme de 20 ans éructée avec toute la honte et la violence des humbles et des humiliés. Pas de temps de ménager la dignité des uns et des autres. Il fallait que cela sorte pour ne pas sombrer ni continuer à se mépriser.

Je pense toutefois que si Edouard avait écrit son livre quelques années plus tard, l'impact n'aurait pas été le même, car l'écriture aurait été toute autre. Il aurait eu le temps du recul, relativisé ses séances de tortures morales infligées par ses camarades. Il n'aurait pas eu l'audace, certainement par pudeur, de détailler ce "milieu" d'où il vient, ou l'ambition des hommes se résument à entrer à l'usine, comme leur père avant eux, celles des filles à être caissière au supermarché du coin. C'est également parce qu'il s'en est "sorti" en faisant des études qu'il s'est rendu compte de ce à quoi il avait échappé, et qu'il peut se permettre lui et pas un autre de le raconter.

Nous savons tous qu'il existe un monde à deux vitesses, fait de différences sociales plus ou moins importantes selon que l'on est de la ville, de la banlieue et/ou de la campagne, selon le bagage intellectuel et/ou l'éducation reçue. La différence sociale a toujours existé et existera toujours. Nous aimons en lire les descriptions, comme pour nous conforter dans nos opinions voire nos certitudes (notre côté voyeur sans doute),  mais ne voulons surtout pas la voir et encore moins la côtoyer de peur qu'elle nous contamine. Il est tellement plus facile de juger.

En lisant ce livre, je n'ai pu m'empêcher de penser que ce récit pouvait être appliqué partout dans le monde et dans n'importe qu'elle province.  Ici, Eddy était pris à partie car supposé homosexuel, mais il aurait pu être noir, juif, handicapé, le résultat aurait été identique, car malheureusement plus on vit dans un milieu bas intellectuellement (je ne dis pas pauvre financièrement, car cela n'a rien à voir) plus les gens sont primaires, méchants, à croire qu'ils font payer à plus malheureux qu'eux leur détresse personnelle.

Une remarque positive pourtant sur cette province, Eddy est entré lycée dans une ville de province où il a été de suite intégré, s'il avait vécu à Paris  ou était entré dans un lycée parisien, je ne suis pas convaincu qu'il aurait été accepté, non en raison de son homosexualité présumée, mais par mépris de la classe sociale d'où il venait.

 

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09 octobre 2013

L'accompagnement - René de Ceccatty

41FF7A53PKLQuatrième de couverture :

"Dans les derniers jours, il m'a dit, lui qui était écrivain, qu'il n'avais pas eu la force de décrire ce qu'il vivait et que personne encore n'avait pu décrire cette lutte contre la mort à l'hôpital. Il m'a dit qu'un autre ami écrivain - lui aussi très présent à ses côtés pendant toute la maladie - et moi, nous en savions désormais assez pour décrire ce que nous avions vu. C'était un appel".

 

Editions : Folio - ISBN 2 97 0400092 1 - Poche : 153 pages - Prix  6 euros.

 

Mon avis Volodia

Le récit est  discret, délicat, plein de pudeur mais fort. La maladie nous est dévoilée  au fil des pages, pas de titre à sensation. Le malade lui-même ne veut pas dramatiser sa situation et n’informe ses amis qu’au compte goutte de son état. Lorsque celui-ci s’aggrave, et le rend de plus en plus faible, son caractère d’un naturel déjà difficile, devient despotique, que ce soit envers ses amis ou le personnel soignant, parce que la maladie l‘emporte sur tout, sensible à chaque bruit, chaque respiration.

L’auteur supportera tout, avec abnégation, considérant qu’être près de son ami est normal, important pour son moral. Il le soutiendra, dans ses moments d’angoisse, le soulageant du mieux qu’il peut, par sa présence, attentif et obéissant au moindre de ses désirs.

L’auteur, se fait voyeur puis rapporteur, de l’état physique et des émotions de son ami, mais également du personnel hospitalier, les médecins et les infirmières qui ne jugent pas, qui essayent par leurs qualités humaines et leur empathie, ainsi  qu’avec leurs pauvres moyens de rendre sa vie, puis sa fin de vie la moins pénible possible.  - le médecin attentif,  et les femmes, ces infirmières qui se dévouent pour tous ces hommes qui n’ont aimés que des hommes mais, qui aux derniers instants de leur vie recherchent ou acceptent leur présence - Mais également d’autres membres du personnel soignant et femmes de service qui s’en moquent, imperméables à toute souffrance et qui n’hésitent pas à lui faire comprendre que s’il est là, c’est bien de sa faute et qu’il ne peut s’en prendre qu’à lui-même.  Déjà bien beau qu’on s’occupe de lui…

Il est le témoin presque muet de la déchéance physique de son ami, un corps qui pourrit, les odeurs, sa cécité, son angoisse de se souiller au point de lui demander d’acheter des couches qu’il demandera à la pharmacienne totalement indifférente, de mettre dans un second sac par discrétion et pour éviter au malade,  son ami une humiliation de plus. Les sanglots et les larmes de celui qui à la fin de sa vie ne supporte plus la mesquinerie des uns et des autres, qui se tord de douleur, les côtes brisées par le kiné tellement ses os sont devenus friables.

Ce livre est très beau et je l’ai beaucoup aimé. Là on parle du sida, mais ce qui est décrit dans ce livre peut être le récit de toute personne en fin de vie, après une longue et douloureuse maladie.


René de CeccattyA propos de l'auteur :

René de Ceccatty est né le 01/01/2952 à Tunis. Romancier, traducteur, critique littéraire et éditeur. Il a fait des études de philosophie. A vécu au Japon et en Angleterre. Il collabore régulièrement au "Monde des Livres" et fait partie du Comité de Lecture des Editions du Seuil.

Il collabore également à de nombreuses revues telles : la NRF, la Quinzaine Littéraire, le Magazine Littéraire, Europe, Nuovi Argomenti, II Messaggeroe, etc...Il est critique littéraire au journal "Le Monde" depuis décembre 1988.

 

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14 avril 2013

Gay Paris - François Buot

9782213676777FSQuatrième de couverture :

Une histoire du Paris interlope entre 1900 e 1940

Dans ce récit mêlant plaisirs et destinées tragiques. François Buot bouscule l'idée d'un "gay Paris" dominé de 1900 à 1940 par une communauté discrète , repliée sur elle-même - hormis quelques vedettes sur le devant de la scène.

Pendant quarante ans, profitant  d'une législation particulièrement tolérante, le "gay Paris" s'affiche jour et nuit. Invertis, lesbiennes ou travestis investissent les music-halls et les dancings, racolent dans les jardins publics, animent de nombreux bals de quartier et se retrouvent dans les promenoirs de théâtres, les bains publics ou les maisons closes...

Ils inventent un mode de vie, une nouvelle culture, tout en restant vigilants face à l'homophobie toujours vivace. Ce monde interlope n'a pas de réflexe "communautariste", mais paraît au contraire bien intégré dans le Paris populaire et festif. Les écrivains de Carco à Genet s'en inspirent pour leurs romans et les intellectuels d'avant-garde s'affrontent sur l'homosexualité.

Exploitant de nombreux documents souvent inédits comme les rapports de la brigade mondaine, les lettres anonymes, la presse à sensation et la littérature populaire, François Buot retrace avec talent l'histoire de Paris interlope avec ses lieux et ses codes, à une époque qui contraste singulièrement avec la répression des décennies suivantes.

Editions : Fayard - ISBN : 978 2 213 65418 8 - Broché : 285 pages - Prix : 22 euros.

 

Mon avis : Volodia

J'ai trouvé ce livre intéressant, même s'il ne donne pas une bonne image de l'homosexualité. En effet, il semblerait qu'aux époques concernées, comme de nos jours, l'assouvissement des sens était une priorité et ce peut importe l'endroit ou l'on se trouvait (trouve) et avec qui on se trouvait (trouve). Le Dieu Phallus et sa Sainte Semence...

J'ai toujours eu du mal, et encore aujourd'hui,à comprendre que"certains d'entre nous" soient prêts à s'avilir, ravaler toute fierté, toute dignité, au point de fréquenter des back rooms, hanter les urinoirs, rechercher les humiliations et les coups pour quelques instants de plaisir qualifiés par eux d'intenses. (et s'ils ne l'étaient pas ?)

Mouais chacun ses goûts, mais difficile après cela de combattre l'homophobie et de passer pour sain d'esprit.

 

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