06 avril 2018

L'effraction - Omar Benlaala

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Quatrième de couverture :

"Hédi et moi, j'ai bien vu qu'on était pas pareils. Pourquoi le nier, Jean-François ? Tout est fait pour pas se rencontrer."

Omar Benlaala déplace les personnages qu'Edouard Louis a mis en scène dans son Histoire de la Violence.

Un autre regard, Un regard, une autre voix : ceux d'un jeune Parisien d'origine kabyle. Ce dernier se livre au sociologue qui l'interroge après les évènements de Cologne, dans le cadre d'une enquête sur la sexualité des Français "issus de l'immigration". De confidence en confidence, il dévoile à cet homme ses frustrations, ses rêves, ses souvenirs, son secret - Une histoire que l'Histoire a trouée : celles des fils et petits-fils d'une société déchirée par son passé colonnial. La littérature se transforme ici en arme politique. Edifiant.

Editions : L'aube - ISBN : 9 782815 919616 - Broché : 82 pages - Prix : 12 €

Mon avis : Volodia

Ce livre se veut une réponse à la violence subie par Edouard Louis une nuit d'hiver et qui a débouché sur "Histoire de la Violence" avec pour conséquence une plainte pour viol contre Reda le jeune homme qui l'avait dragué et avec qui il avait passé la nuit.

Dans ce récit Réda est plongeur dans un restaurant en attendant mieux, ce qui lui permet de subsister, et de garder la tête hors de l'eau. Dans l'espoir d'améliorer sa condition, il prend des cours de théâtre le dimanche, son seul jour de congé, avec une jeune fille qui lui donne la réplique et dont le père est sociologue. Celui-ci tient, dans ce récit le rôle de psychologue, confesseur, qui par ses questionnements fait prendre à l'intéressé, de conscience, non de l'injustice sociale, ça il l'a connait déjà, mais réfléchir au pourquoi son comportement, aux causes réelles de ses accès de violence.

La nuit de Noël, Reda se fait aborder par Edouard Louis. Tout d'abord étonné, ayant plus l'habitude de se faire interpeller par la police que par un "ange tout blond qui sentait le printemps", celui que sa mère ramène de la Mecque. Afin de jouir encore de son odeur, il décide de le laisser approcher. Au fil de leur marche commune et de leur conversation, son intérêt pour la Kabylie, plus le parfum, l'incite à prolonger ce moment en l'invitant chez lui dans le 11ème arrondissement.

Toutefois, il y a maldonne, un énorme malentendu. Réda invite Edouard qu'il rebaptise Hédi, afin qu'il l'instruise, qu'il lui parle de la Kabylie, de la guerre d'Algérie qui a rendu son oncle, hospitalisé depuis de nombreuses années en psychiatrie. Or, à peine Edouard/Hédi est-il entré  dans l'appartement, qu'il se sent piégé, et pressent qu'Edouard-Hédi attend autre chose, tout en n'arrivant pas à définir quoi.  Celui-ci étant poli et respectueux, il est partagé entre l'envie de le mettre dehors tout en souhaitant voir comment la situation va évoluer. Un regard d'Edouard sur des photos de Reda et de ses cousins au bled et en maillots de bain, suffit à le classer parmi les pervers et générer un mouvement de colère.

L'histoire continue scindée en deux par les questionnements et échanges entre le sociologue et Reda ce qui permet à l'auteur de faire des digressions, religieuses, politique, sous couvert du pseudo Reda. Partagé entre deux cultures, le "cul entre deux chaises", qui aimerait tout en ne le voulant pas avoir une liberté de disposer de sa vie, de sa sexualité, sans toutes les contraintes et tabous dont il a été nourri par des parents immigrés de la première génération.

Et là ça ne fonctionne pas !. La transposition est erronnée, on a bien compris que pour l'auteur l'homosexualité de Reda pose un problème. Mais elle est bien là, inutile de tourner autour du pot et d'inventer un motif à la mord moi le noeud pour justifier que Reda ait abordé, et accepté l'invitation d'Edouard. Ce qui est arrivé ensuite entre les deux hommes ne regardent qu'eux étant l'un et l'autre consentant.

Je réfute ce plaidoyer larmoyant pour justifier tout acte délictueux, toute violence quelle qu'elle soit. Je ne peux malheureusement que constater que ce sont toujours les mêmes qui sollicitent la compréhension, l'indulgence quand ce n'est pas le pardon à défaut d'oubli pour des actes répréhensibles commis en raison d'une culture différente. Ce que certains ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre c'est que l'on juge un peuple sur la conduite de ses ressortissants.

Ces justifications contestables qu'il met dans la bouche de Réda sont en fait les siennes. Car si l'on prend ses remarques sur la guerre d'Algérie, son héros s'il a même âge qu'Edouard n'est pas la première génération d'émigrée mais plutôt la troisième vu, la démographie "galopante", alors que lui Omar Ben Laala....

D'autres peuples (ex-colonies) de notre pays et autres sont confrontés aux mêmes problématiques, qu'elles soient religieuses, économiques et sociales, parfois pire lorsqu'il faut rajouter des séquelles psychologique et physique de guerre , la barrière linguistique, etc... et qui ne deviennent pas pour autant des délinquants et des criminels...!!! Heureusement car il y aurait de quoi désespérer  !

 

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09 novembre 2017

Je suis en vie et tu ne m'entends pas - Daniel Arsand

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Quatrième de couverture :

Quand l'Allemand  Klaus Hirschkush débarque à la gare de Leipzig, ce jour de novembre 1945, c'est une ville détruite qu'il redécouvre pas à pas. Le jeune homme qui marche dans ces décombres est lui-même en morceaux. Il vient de passer quatre ans à Buchenwald. Parce qu'il est homosexuel. A bout de forces, il est une ombre, un fantôme. Scandaleusement vivant pourtant. Et il n'a pas fini d'expier.

Un garçon ordinaire, une différence ordinaire, une simple vie, un trajet : Klaus s'exile en France et y traverse une moitié de siècle - le travail, l'amitié, l'amour, l'espoir et les déceptions, les chagrins et les joies - pour s'entendre chasser, à l'aube des années 1990, d'une cérémonie du souvenir dans la province française aux cris de "les pédés aux fours" !.

Survivre : un miracle et une responsabilité dont la réalisation n'a pas à être spectaculaire mais qui relève d'un combat intime, tenace, insurmontable parfois, solitaire souvent, et toujours sans répit.

Le roman de Daniel Arsand invente la langue digne de ce combat à poursuivre, mélange rigoureux et explosif de sècheresse, de rage et de lumière. Je suis en vie et tu ne m'entends pas est un texte crucial, qu'on voudrait confier personnellement à chacun de ses lecteurs, comme un viatique, un talisman, à la fois miracle et responsabilité.

Editions : Actes Sud - ISBN : 978 2 330 06042 8 - Broché : 266 pages - Prix : 20 €

Mon avis : Volodia

Je n'ai pas su apprécier ce livre, qui comporte trop de clichés véhiculés sur la déportation des homosexuels. Daniel Arsand avait des choses à dire, je l'ai bien compris. Son livre s'est voulu militant, mais à mon sens il est passé à côté par trop d'incohérences dans son récit , mais surtout d'histoires de vie racontés dans d'autres livres par d'anciens prisonniers au triangle rose.

Lorsqu'il est libéré du camp et marche dans les rues de Leipzig, il a 23ans et a supporté 4 années de camp. Déporté à l'âge de 19 ans (précision donnée page9), Heinz son compagnon a préféré se jeter par la fenêtre à l'arrivée des soldats plutôt que de tomber entre leurs mains. C'est seul qu'il a du affronter la torture, le mépris, les insultes de ces compatriotes, mais également des autres déportés, eux pour autres motifs.

Mon souci vient de ce que l'auteur, veut tellement insister sur le martyr subit par Klaus, qu'il met en scène des viols commis à son encontre non seulement par les soldats, des kapos, mais également par les autres déportés eux-mêmes...

Ce qu'il faut savoir c'est que pour les Kapos à Buchenwal comme dans bien d'autres camps, la pédophilie régnait en maître et que les traffics d'enfants faisaient partis du quotidien. Dès l'arrivés des convois, les kapos choisissaient leur pilpul pour la plupart âgés de 12 ou 13ans. Dans la soupe des déportés était versé du bromure quand ce n'était pas les affres de la faim qui étaient suffisants pour calmer toutes les éventuelles ardeurs sexuelles de ceux-ci. Et, la moyenne de vie dans les camps étaient d'environ 1 an à 2 ans compte tenu des conditions de détention.

Ce qui est réaliste c'est le mépris envers les homosexuels par tous (soldats, kapos, déportés) et parfois à juste raison malheureusement. Car certains homosexuels ont été déportés après avoir été "amis" avec d'importants membres du Parti, et que lesdits amis tués (lors des purges dudit parti) ou voulant s'en débarrasser, les ont envoyés dans les camps. Pour d'autres, ce n'étaient pas le premier internement, déjà en 1933 ils avaient fait connaissance avec cette répression. Mais malgré cet avertissement et l'espionnage dont ils faisaient l'objet, ils avaient continué leurs pratiques ... 

Autres sujets de méfiance et de rancoeur des autres déportés, beaucoup d'homosexuels réussissaient à trouver à s'occuper dans des baraquements, alors que les autres déportés travaillaient à l'extérieur sous toutes les intempéries. Certains se pavanaient dans des blouses d'assistants auprès de médecins tortionnaires. D'autres ont réussi à devenir kapo et donc droit de vie et de mort sur les autres détenus. 

Bien évidemment, ce ne sont pas des généralités, mais des vérités suffisamment courantes pour qu'elles soient dénoncées et pour que les survivants (quelques qu'ils soient : Politiques, religieux, racial) refusent de les accueillir dans les cérémonies de commémoration. De là à crier "les PD au four" je n'y crois pas, surtout venant de rescapés. Par contre, d'autres participants et de manière très isolée, c'est possible !

Incohérent aussi, l'acceptation de Klaus par la société française - surtout après 4 ans d'occupation, de terreur, de prise d'otages, et d'horreurs commises lors de l'évacuation des villes occupées par l'armée allemande - j'en doute.... les Français avaient trop souffert pour être ouverts à l'intégration d'un Allemand, même si c'était un ancien déporté et encore plus homosexuel. 

Ce livre n'est pas mauvais, mais à vouloir chacun son martyr on finit par ne plus être objectif !

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04 novembre 2017

Les lunettes d'or - Giorgio Bassani

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Quatrième de couverture :

Dans Ferrare silencieuse et endormie, le bruit court que le docteur Fadigati, praticien respectable et aisé, estimé des "gens bien", est homosexuel. Rien de précis ne semble tout d'abord accréditer cette rumeur, et la "bonne société", reconnaissant à Fadigati une conduite irréprochable en apparence, ferme les yeux.  Mais, un jour d'été, le scandale éclate : l'honorable médecin est surpris en pleine idylle avec un jeune étudiant de la ville....

Editions : Folio - ISBN : 978 2 07 042829 8 - Poche : 332 pages - Prix : 11 €

Mon avis : Volodia

La première partie du livre campe le décor : Ferrare, ville de province italienne, à l'avènement du facisme. Le Docteur Fadigati, praticien renommé, discret, apprécié de tous, généreux, entre-deux âges n'est toujours pas marié. Sa vie est rythmée entre ses aller-retour à l'hôpital et sa clinique privée en ville. Ses soirées sont toujours les mêmes bien qu'un peu mystérieuse. On peut l'apercevoir sortir de chez lui aux environ de 8h, 8h30 et se promener parmi la foule des rues commerçantes et bondées de la ville. Toujours seul, il fait une apparition au cinéma à 10h du soir et se mèle au "petit peuple" du parterre au lieu de réserver une place au balcon comme le voudrait son statut de notable.

Son célibat étonne la bonne bourgeoisie de la ville, d'autant qu'il est déjà âgé d'une quarantaire d'année, et qu'il a une situation financière plus que confortable. Comment se fait-il qu'il ne songe pas à fonder un foyer, et chacun d'y aller de ses suppositions allant jusqu'à le suspecter d'avoir une liaison inavouable avec une femme de condition sociale inférieure. Il n'en faut pas plus pour que les Ferrarais se mettent en chasse d'une fille susceptible de lui convenir.

Puis, un jour, on ne sait d'où vint la rumeur, des bruits commencèrent à courir comme quoi le Docteur n'aimait pas les femmes. Les Ferrarais sont surpris mais satisfait d'avoir découvert le secret de Fadigati. On s'étonne, car depuis 10 ans qu'il exerce dans la ville, on ne s'est aperçu de rien. On lui pardonne, en raison de sa réserve, de son style. Toutefois, on finit par se comporter différemment lui : On le salue brièvement le jour, et on fait semblant de ne pas le reconnaître la nuit. Car ce n'était pas un secret que l'on avait surpris, mais un terrible vice. On le disait en "affaire", avec un agent de police, un huissier de mairie marié, un ancien footballeur, rapports soigneusement clandestins. De fait, le secret de Fadigati commence à ne pas plaire du tout.

Au fur et à mesure du récit interviennent d'autres personnage dont le narrateur - on ne sais pas bien qui il est, ni son nom, hormis qu'il est juif ce qui dans l'Italie faciste aura des répercussions - qui fait partie d'un groupe d'étudiants faisant chaque jour le trajet de Ferrare à Bologne et que le Docteur Fadigati ne tardera pas à rejoindre dans leur wagon de 3ème classe. On fait leur connaissance, notamment celle d'un certain Deliliers qui le qualifie de "vieille tante". Le Docteur essaye d'entrer dans leur groupe et se montre bienveillant envers eux, sauf Deliliers  qui se montre agressif et grossier alors que les autres étudiants nouent avec lui une relation amicale. Puis, avec le temps, le groupe commençe à lui manquer de respect. Tension et disputes éclatent.

Dans la seconde partie du livre : on retrouve la famille du narrateur qui passe ses vacances à Riccione sur la côte de l'Adriatique et ce, comme tous les étés précédents. Station balnéaire fréquentée par la haute bourgeoisie Ferraraise. A peine arrivé, il entend parler de l'amitié scandaleuse que le Docteur Fadigati entretien avec Deliliers - Le couple improbable. On ne sait pas vraiment ce qui les unit et/oui ce qui les a rapprochés - qui s'affiche d'hôtel en hôtel sur la côte. Deliliers se pavane dans une voiture de sport rouge offerte par Fadigati, qui n'est plus le Docteur  Fadigati, ni même Fadigati, ni même Docteur, mais un amoureux transi, un simple pantin qu'on peut humilier à volonté. Le soir, il passe ses soirées à boire pendant que Deliliers s'affiche avec les jeunes filles, les femmes les plus élégantes et les plus en vue, les faisant danser et les raccompagnant au volant de la voiture rouge.

Le scandale finit par éclater, lors d'un dîner dans la salle du restaurant de l'hôtel, alors que Fadigati reprochait à son jeune ami sa conduite, celui-ci lui assèna son poing en pleine figure pour finir par partir avec l'argent et divers biens du docteur, en quête d'une autre vieille femme ou homme à plumer.

Parallèlement à ces évènements d'autres tous aussi tragiques se jouent. Mussolini calquant sa politique raciale sur celle d'Hitler fait promulguer ses premières lois raciales sous l'indifférence de la haute bourgeoisie et des juifs de la bonne société tous adhérants de la première heure au parti et qui croient que cela n'ira pas plus loin... 

A la fin de l'été, au retour à Ferrare le narrateur comme Fadigati se retrouve dans un destin commun, fait de relégation, d'humiliation, d'opprobre, de dégoût et de solitude. Ils se revoient un soir, par hasard, il apprend que le poste que le docteur occupait à l'hôpital lui a été retiré. Il lui propose de partir, mais Fadigatti répond qu'il ne sert à rien de fuir. Les deux hommes se retrouvent en quelque sorte dans la même situation. L'un homosexuel avec le risque d'être déporté, l'autre juif avec le même avenir. Tout deux dénigrés. Fadigatti désabusé et épuisé trouvera une porte de sortie....

J'ai bien aimé ce livre, malgré que la première moitié soit assez lente, beaucoup de descriptions pas vraiment nécessaires,  ce livre n'étant pas historique, mais un roman qui se déroule à une période donnée de l'histoire, celle-ci, en étant la toile de fond. La seconde moitié du livre était plus captivante, plus dynamique, dans le sens ou on entrait dans le vif du sujet. 

 

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11 avril 2017

La maladie – Emilio Sciarrino

 

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Quatrième de couverture :  

« Il est des moments particuliers dans la transition entre deux saisons où le temps semble procéder à l’envers : ainsi, en automne, le ciel, au lieu de virer vers le gris blanc inexpressif de l’hiver, se teinte trompeusement d’un bleu d’été. Le matin brumeux annonce la pluie, puis laisse pace à un ciel clair, déchiré par la grêle, nappé par des bancs de nuages pâles. Le soir apporte de nouveau une douceur surprenante, et c’est la nuit, comme un goût d’hiver déjà ».  

Editions : Christophe Lucquin – ISBN : 978 2 36626 042 7 – Broché : 103 pages – Prix : 16 euros. 

Mon avis : Volodia 

Le contexte : un huit clos, 2 hommes, amis-amants, ne vivant pas ensemble. Un des deux, le plus jeune qui est étudiant, tombe malade. Le second, professeur d’université, l’installe chez lui aux Portes de Paris (Gentilly) pour plus de confort et devient son garde malade.   

Ce livre n’est pas un récit sur la fin de vie, non, c’est le récit d’une maladie et de ce qu’elle engendre comme questionnement dans un couple, le dévouement de l’un, l’acceptation de ce dévouement par l’autre (jusqu’à un certain point) et les traces qu’elle laisse !

___________

Dans un premier temps, une simple fatigue qui perdure puis, sournoisement, le mal arrive et le cloue au lit l’empêchant de faire tout effort. Après les premières interrogations, puis l’avis du médecin déclarant qu’il n’y a pas de traitement, qu’il guérira sur plusieurs mois, survient la dégradation du corps et l’angoisse d’une mort prochaine qui bien qu’éloignée peut quand même survenir. Le couple s’isole. Son compagnon le veille, fait les course  en fonction des maigres repas qu’il peut avaler.   

La maladie est rythmée par le fil des saisons qui passent. Le narrateur, obligé de sortir pour son activité professionnel, a l’esprit obsédé par le lit ou repose son compagnon, ce lit qui devait être celui du sommeil, celui de l’amour, dans lequel repose son ami fatigué, amaigrit, souvent fiévreux. Au dehors la vie continue, banale, pour  les autres, avec une sympathie de surface de ses collègues, et en mouvement de fond les bouleversements de la Société en l’occurrence le mariage homosexuel et son cortège de violence et de haine, qui fait qu’il se sent scruté, épié, jugé, ne cessant de surprendre des conversation hostiles. La maladie qui finit par guérir, reste son souvenir qui empêche l’oubli et la reprise de la vie d’ « avant ».

J'ai aimé ce livre car bien qu'il n'existe aucun suspens, aucun rebondissement, c'est un livre bien écrit, plein d'émotions et de sensations, qui se lit sans pathos !

 

 

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06 mars 2017

Son frère - Philippe Besson

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Quatrième de couverture :

Ils sont deux frères, jeunes encore, réunis une dernière fois face à la mer, face à la mort. Thomas est malade. Lucas l'accompagne pour une ultime escapade à l'Ile de Ré, sur les terres de leur enfance.Un banc au soleil. Entre retrouvailles et chant du départ, chaque minute, désormais, mérite d'être vécue jusqu'au bout.

Editions : 10/18 - ISBN 8 782264 649489 - Poche : 152 pages - Prix : 6,60 euros.

Mon avis : Volodia

C'est l'histoire d'amour entre deux frères, presque semblables, dont le plus jeune Thomas 28 ans va mourir d'une maladie  terrible et incurable dont la cause restera inconnue, et de l'autre Lucas l'ainé qui accepte de l'accompagner jusqu'à la fin. Témoin muet mais lucide de la dégradation du corps puis de l'agonie de son frère, essayant au travers de l'écriture de faire face au chaos  de la future disparition de celui-ci.

Le récit se déroule de mars à septembre, entre l'Ile de Ré et de multiples hospitalisations, sans ordre chronologique, simplement au gré des souvenirs de celui qui reste, comme un mémoire.

A l'annonce de sa maladie dont on se doute qu'elle nécessitera des soins longs sans certitude de guérison, Claire, l'amie de Thomas "s'en va" n'ayant pas la force de supporter cette épreuve. Les parents sont effondrés et pour éviter qu'ils ne s'écroulent tout à fait, les deux frères décident de les épargner le plus possible en passant sous silence les diverses étapes de la maladie et des traitements.

Thomas souhaite se rendre  sur l'Ile de Ré, là où la famille possède une maison de vacances qu'ils occupaient tous les été durant leur enfance et où les réminiscences du passé sont plus présentes, plus vives. Il n'a aucune illusion et sait qu'il n'y a qu'une issue à sa maladie. Aussi met-il en scène sa mort. Déclarant vouloir un bel enterrement, pas une incinération, mais un enterrement avec des couronnes de fleurs, de la grande musique, que sur sa tombe soit indiquées sa date de naissance et celle de sa mort pour permettre à sa famille de se recueillir, de ne pas l'oublier, mais également afin de faire partie de ce siècle, d'une époque déterminée.

Lucas par amour pour son frère, et bien que ne voulant rien savoir des interrogations, et des confidences des uns et des autres, se met en retrait, mais les accepte toutefois, sachant que qu'ils ne sont pas suffisamment fort pour garder leurs inquiétudes et leurs angoisses pour eux. Les mots sont précis, secs. Ils décrivent la déliquescence du corps, ses souffrances.

Je ne me lasse pas de m'émerveiller de la justesse des mots et de la délicatesse de Philippe Besson quand il s'agit de décrire, des émotions, la fraternité presque gémellaire, faite de rivalité mais également d'une intimité unique qui sera perdue à jamais. Sa description du milieu hospitalier, avec un médecin pétri de son importance, condescendant et sibyllin dans ses propos, des infirmirmières dévouées mais débordées affichant une carapace entre elle et la douleur du patient, ainsi que de l'entourage dépassé par les évènements, dont les visites s'espacent peu à peu. La colère du malade devant la dépossession de soi, l'insuccès des traitements, jusqu'à sa résignation mue par la lassitude, qui refuse l'acharnement thérapeutiqe dont il fait l'objet et accepte de mourir. Tout sonne juste, l'auteur ose faire parler ses sentiments  et si par certains côtés son récit peut paraître impudique, il est aussi d'une grande retenue. La maladie tient les deux frères prisonniers dans une relation moribonde et le dernier geste de Thomas libèrera son frère.

Je n'ai par contre par vraiment vu l'utilité de l'évocation par un vieil homme énigmatique , venant régulièrement leur raconter une histoire ancienne et mystérieuse, concernant Thomas dont on apprend le dénouement à la fin du roman. Hum en effet, celui-ci se suffisait à lui seul et ce dernier élément peut sembler en surplus. 

Ce livre m'a fait penser à un autre également très beau : l'Accompagnement de René de Ceccatti :

http://chezvolodia.canalblog.com/archives/2013/10/09/28178150.html

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13 juillet 2016

Martyre précédé de Ken - Yukio Mishima

Martyre

Quatrième de couverture :

Comment qualifier les sentiments ambigus qu'éprouvent l'un pour l'autre Hatakeyama et Watari ? Les deux adolescents hésitent entre haine, désir, fascination et cruauté. Jusqu'où leurs jeux troubles peuvent-ils les conduire.

L'équipe de Kendô a pour capitaine Jirô, l'un des meilleurs sabres (ken) du Japon. Tous lui envient sa force, sa beauté et son talent. Lorsque le club part faire un stage d'une dizaine de jours, les ambitions et les rivalités entre les membres de l'équipe s'exacerbent...

 

Editions : Folio - ISBN : 9 782070 314553 - Poche 123 pages - Prix : 2 euros.

 

Mon avis : Volodia

Les récits de Mishima sont toujours très particuliers, ils évoluent entre étude psychologique, culture et valeurs traditionnelles japonaises avec au premier plan : honneur, pureté, courage, sacrifice, mais également avec des sentiments propres à l'auteur : tels qu'homosexualité refoulée, désir, une certaine forme de sadisme. Ce livre n'y fait pas exception. 

Ken se déroule dans un club de Kendo. Le jeune Mibu admire le capitaine de l'équipe Jirô pour sa maîtrise du sabre, son tempérament et sa force qui en font un adversaire hors du commun. 

Les autres membres de l'équipe profite d'un stage effectué au bord de la mer, pour remettre en cause l'autorité  de leur capitaine qu'ils jalousent. Tiraillé entre son admiration pour Jirô qui représente la perfection qu'il ne pourra jamais atteindre, et sa volonté de ne pas vouloir s'exclure de l'équipe, Mibu hésite,  

L'intérêt de ce récit résulte en la description précise de l'univers typiquement japonais des clubs de kendo, de leur discipline, de leur valeur et de la manière dont les élèves se doivent de les respecter. En plus d'une étude psychologique montrant comment par son talent Jirô cristallise peu à peu la jalousie et la rancoeur des autres kendokas.

Jirô qui porte au plus haut les valeurs de la cuture traditionnelle fussent-elles surannéesne peut supporter que celles-ci soient bafouées et remise en cause. Aussi, préfère-t-il mettre fin à ses jours dans une ultime et vaine protestation. 

Martyre  est le récit de deux jeunes gens : Watari et Hatakeyama, vivant dans un pensionnant et entretenant des rapports ambigus, entremêlés de haine, et de désir qui vont pousser Hatakeyama à tenter de tuer Watari.

Dans cette nouvelle Mishima dépeint des sentiments troubles qui évoluent entre désir et lutte pour dominer l'autre, sans possibilité pour le lecteur de n'être jamais fixé sur la vérité des relations qui unient ces deux enfants.

Ces deux récits portent sans équivoque l'empreinte de Mishima, mais ce ne sont pas ceux que je préfère car ils m'ont un peu laissé sur ma faim...! 

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19 juin 2016

Les dandys de Manningham - (Le siècle des grandes aventures 2) - Jan Guillou

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Quatrième de couverture :

A l'issue de ses études en génie civil à Drestde, Sverre, le frère d'Oscar et de Lauritz - dont on suivait les aventures dans les ingénieurs du bout du monde -, s'enfuit à Londres avec son jeune amant, Albert.

Ce dernier vient d'hériter du titre de Comte de Manningham et doit désormais veiller au bon fonctionnement de son grand domaine dans le Wiltshire. Au lendemain des oursuites à l'encontre d'Oscar Wilde, l'heure n'est pas à l'acceptation de l'homosexualité et les deux amoureux sont contraints de trompter les apparences au sein de l'aristocratie anglaise.

Heureusement pour échapper aux règles strictes de la bienséance, il y a les artistes libertins du Bloomsbury Group et la joyeuse effervescence intellecturelle et artistique qui les accompagne. Et si les nuages menaçant de la Grande Guerre obscurcissent déjà l'horizon, personne ne semble encore s'en soucier...

Le deuxième volet de la passionnante saga de Jan guillou sur l'histoire du XXème siècle, revisitée à travers le destin de personnages tous plus attachants et inoubliables les un que les autres.

 

Editions : Babel - ISBN : 9 782330 053260 - Poche : 411 pages - Prix ; 9,70 euros

 

Mon ressenti : Indiangay

Bien qu'il existe un tome 1 et qu'il existera vraisemblablement un tome 3, ce volume peut être lu avec toute la compréhension souhaitable, puisqu'il fait état d'une partie, d'une étape, dans la vie de Sverre, un des trois frères vikings norvégiens.

Dans ce volume : Après avoir été diplômé Ingénieur des chemins de fer, frais émoulus de Dresde (Allemagne), Sverre au lieu de rembourser comme, il s'y était engagé avec ses deux frères, la société de bienfaisance "La Bonne Intention" de Bergen (Norvège) qui leur avait à tous trois payée les études, décide de s'enfuir en Angleterre avec son ami Lord Albert Manningham, surnommé Albie, diplômé lui aussi de la même université.

Les deux hommes ont de grands projets pour améliorer le confort des passagers des chemins de fer tant niveau moteur, poussière, suspension des locomotives et des wagons. Toutefois, après quelques mois, il s'avère qu'ils sont l'un et l'autre plus passionnés d'art que de techniques. De part ses obligations de Lord implicant la gestion d'un domaine, Albie continue à s'investir dans son métier alors que Sverre se tourne de plus en plus vers la peinture. 

Au fur et à mesure du déroulement de leur vie, nous suivons non seulement les progrès techniques  du début du 20ème siècle, mais également le carcan qui régit les règles de cette fin du 19ème siècle, avec ces apparences qu'il convient de sauver à tout prix alors que personne n'est dupe. Ces dames, qui bien qu'éduquées selon l'étiquette, jouent les "cache-tapettes'" ou trouvent des moyens d'émancipation avec l'approbation de leur "mari de complaisance".

J'ai particulièrement aimé la façon dont s'insèrent dans le roman les évènements historiques, les raisons qui ont poussé des hommes d'un bout du monde à l'autre, à s'affronter sous prétexte d'apporter la civilisation en Afrique, en prétextant que c'était bien pour eux, que c'est ce que les africains voulaient, puis les répressions disproportionnées pour leur soulèvement et qui n'ont profité qu'aux propriétaires d'exploitations de caoutchouc, de minerai et autres...

La description des critiques sur les premières expositions des peintres impressionnistes français au travers des journaux britanniques de l'époque est effroyable, aussi bien par la virulence de leur propos, que par la violence antifrançaise qui s'y dégage, et le nationalisme triomphant d'un peuple replié sur lui-même, presque maître du monde par ses colonies, mais tellement imbu de sa supériorité et de son bon droit. 

Le scandale des premières suffragettes. Le profilage au loin de cette guerre avec l'Allemagne, dont les anglais estimait qu'elle ne pouvait avoir lieu, tellement ces deux nations étaient amies, se complètaient, et dont personne ne voulait sauf la France pour récupérer des territoires perdues par la guerre de 1870. Les sentiments nationalistes exacerbés lorsque celle-ci éclate, la chasse aux hommes en âge d'être sous les drapeaux, et qui pour une raison ou une autre ne le sont pas, avec en toile de fond la lâcheté pour les homosexuels, la traitrise pour les pacifistes, avec passage à tabac sous les yeux d'une foule déchainée et de policiers complices, avec pour parfaire cette mise en scène la remise d'une plume blanche symbole par excellence de couardise...

Ce livre à tout pour plaire, une histoire de progrès technologique, une histoire d'amour, des évènements historiques et une fin intéressante. Je me permets de le recommander à la lecture.

 

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A propos de l'Auteur :

Né en 1944 d'un père français et d'une mère norvégienne, Jan Oscar Sverre Guillou est l'un des plus célèbres écrivains et journaliste suédois. Ses oeuvres se sont vendues à plus de dix millions d'exemplaires en Suède et son traduits en une vingtaine de langues.

 

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24 février 2016

Un pays pour mourir - Abdellah Taïa

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Quatrième de couverture : 

Paris, été 2010. Zahira, une prostituée marocaine en fin de carrière, est une femme généreuse malgré les humiliations et la misère. Son ami Aziz, sur le point de changer de sexe, est dans le doute. Motjaba, un révolutionnaire iranien homosexuel qui a fui son pays, loge chez elle durant le mois du ramadan. Jusqu’au jour où Allal, son premier amour venu à Paris pour la retrouver, frappe à sa porte. 

Editions : Points – ISBN : 9 782757 856949 – Poche :       pages – Prix : 5,90 € 

Mon avis : Indiangay 

Dans ce livre l’auteur donne la parole à des exclus de la société,  tant dans leurs pays d’origine, que dans celui dans lequel ils se sont échoués, et où ils n’arrivent pas à trouver, ni à faire leur place. 

Tout d’abord c’est Zahia qui se raconte. Venue du Maroc il y a dix sept  ans, elle  habite le quartier Barbès à Paris et se prostitue pour faire vivre le reste de sa famille restée au pays. Toutefois,  n’étant plus de la première jeunesse, elle en est arrivée à pratiquer des tarifs défiants toute concurrence, et fait dans le « social » pour des clients peu fortunés.  Son ultime espoir de sortir de cette fange - et elle est prête à tout pour cela -  est d’épouser un de ses clients réguliers sri-lankais musulman propriétaire de plusieurs commerces. 

Elle a pour ami Aziz, algérien transsexuel, prostitué également, en attente d’effectuer une réassignation d’identité afin de devenir la femme qu’il s’est toujours  senti  être. Tous les deux rêvent, s’inventent des histoires et s’identifient aux héros des films indiens,  qu’ils se passent en boucle à longueur de soirée. 

Il y a aussi, Mojtaba, iranien  et réfugié politique errant dans  Paris,  qui suite à un malaise dû à l’épuisement est secouru par Zahia, qui  l’accueille chez elle, l’entretien, et en tombe amoureuse. Bonheur éphémère.  Leur histoire prends fin brutalement lorsque Mojtaba disparaît sans prévenir vers un autre pays d’asile ou un avenir serait possible. 

En toile de fond, il y a Zineb la sœur de Zahia disparu à l’âge de 16 ans au Maroc, sans laisser de trace. On apprendra à la fin du récit, qu’arrêtée par la police française lorsque le Maroc était encore sous Protectorat,  elle a été envoyée dans le quartier réservé du Bousbir, où elle est devenue « fille de réconfort» pour la soldatesque,  avant de s’engager auprès des autorités françaises,  pour suivre un soldat en Indochine ou la guerre faisait rage. 

Allal, ouvrier maçon marocain,  mais noir de peau,  amoureux transi  de Zahia  lorsque celle-ci  était encore une enfant ,  et dont la mère lui a refusé la main par haine de ces descendants d’esclaves  -  qui ayant appris ce que faisait pour vivre son ancien amour, décide de la retrouver à Paris pour lui faire payer ce déshonneur. 

Tous ces destins de pauvres, sont liés directement ou indirectement à l’histoire de France et à Paris - ville fantasmée,  de liberté, qui cristallise tous les espoirs des ressortissants des anciennes colonies ou Protectorat – nous sont livrés en vrac, avec un peu d’amertume, voire de ressentiments, me semble-t-il par Abdellah Taïa, qui en profite pour aborder divers problèmes, immigration, exploitation, islamisme, prostitution. 

Pour ma part, même si je comprends le message qu’a voulu faire passer l’auteur,  je n’y suis pas réellement sensible. Ces personnes sont  déjà marginales dans leur pays de par  leur pauvreté. Leur manière de vivre ne fait qu’accentuer cette marginalité.  De plus, le  racisme envers les noirs est bien réel dans les pays musulmans où l’esclavage perdure. La prostitution a toujours été un déshonneur peu importe le pays d’où l’on vient. Les transgenres ne sont toléré (es) que dans un pays musulman (Iran) sauf erreur.  Les travailleurs quels qu’ils soient sont encore et malheureusement  souvent exploités (peu importe leur pays). Quant aux divergences politiques, elles affectent tous les pays où sévit une dictature. 

On ne peut toujours se retrancher sur le colonialisme ou l’après  colonialisme pour justifier le retard d’évolution d’un pays et justifier l’exil et la misère de ses ressortissants.  Si la non intégration provient  souvent du racisme, et là je suis d’accord. L’intégration vient, elle, d’une certaine force de caractère et de  la volonté de vouloir faire partie de la Société dans laquelle on évolue en se conformant à ses valeurs… ! 

Ceci dit j’aime beaucoup les écrits d’Abdellah Taïa qui sait donner la voix à une « minorité » magrhébine et souvent pauvre  que nous croisons avec une certaine indifférence, tous les jours,  et ce, autrement que pour des affaires d’intégrisme religieux

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14 février 2016

Le Silence des rails - Franck Balandier

 

le-silence-des-rails-644062-d256Quatrième de couverture :

Alsace 1942.

Parce qu'il est homosexuel, le jeune Etienne est envoyé dans l'unique camp de la mort installé en territoire français annexé.

Parce qu'il est homosexuel, il porte le triangle rose, insigne de son infamie, sur son pyjama de prisonnier.

S'il sort vivant et libre de cet enfer, personne ne le croira, c'est sûr.

 

Editions : Flamarion - ISBN : 978 2 9813 3053 5 - Broché : 212 pages, Prix : 12 euros

 

Mon avis : Volodia

Tout commence dans une gare, par une guerre qui finit, celle qu'on nommera la Grande Guerre, celle de 14-18 dont on espérera qu'elle sera la dernière des dernières, et des soldats qui reviennent du Front.

Puis, à l'intérieure de cette gare, une femme qui attend, et qui attendra un qui ne reviendra jamais. Enceinte, elle mourra dans la gare en mettant son bébé au monde, au milieu d'inconnus, un petit garçon.

L'enfant passera d'orphelinat en orphelinat. Puis viendront les premiers émois, solitaire, incestueux puisque qu'ils ne peuvent s'accomplir qu'en pensant à sa mère. Jusqu'au jour ou surpris par un surveillant pervers qui prendra cette jouissance à son compte.

A 18 ans, il est emmené par son amie Georgette sur les barricades du Front Populaire où il fait la connaissance de Jules qui lui fait prendre conscience de son inversion. Entraîné par lui dans des amours clandestines, ses aventures s'avèreront multiples et fugitives dans des endroits assez glauques de la capitale. Ce qui devait advenir fini par arriver et il se retrouvera "fiché" aux moeurs. Il ne sera libéré que par l'intervention de son amie Georgette qui l'épousera pour faire taire les rumeurs.

Le trio part en vacances pour les premiers congés payés. Tout à son bonheur, Etienne ne veut rien savoir, ne rien voir,  ni la débacle ni l'exode. Dans la ville occupée il est convoqué à la Kommandantur . Son épouse ? non il ne la pas revue. De conversation en interrogatoire et malgré une histoire servie d'avance il est relâché, bien que les fiches transmises le concernant ne leurs laissent aucun doute.

Malgré les risques, ils sont quelques ombres à glisser le long des rues désertes, à roder autour des vespasiennes. Les étreintes se font à la va vite entre deux patrouilles, le retour se fait par des chemins détournés. Un soir, alors qu'il est dans sa chambre et que les caresses ont à peine commencé, il est surpris par deux hommes en civil et 2 en uniforme. Ils ne sont pas là pour lui mais pour le juif qu'ils filaient depuis le canal. A peine le temps de se rhabiller et les voilà à Fresnes.  Lui finit par être embarqué le 22/07/1942 en fourgon à bestiaux à Rethau en Alsace au camps de Natzweiler - Struthof dans les Vosges Alsaciennes.

Six mois qu'il est interné, privilégié ou non il est affecté au service général du camp, ce qui est moins difficile que de travailler à l'extérieur, aux carrières. Affecté à la collecte des déjections, il passe une partie de la journée à charier des sauts d'immondices pour les déverser plus bas dans une fosse à la limite des barbelés. A force de transporter les déjections des détenus, il finit par en évaluer la densité, en déduire la fréquence, en apprécier la qualité, la rareté. Pourquoi la légéreté des sauts  annonce la mort ? Pourquoi la mort est-elle sèche de toutes ses absences ?

Ernst, son gardien personnel, fait preuve d'un peu d'humanité et lui offre des cigarettes. Il lui permet également de s'asseoir hors de vue du mirador, jusqu'au moment ou Ernst est fusillé pour avoir essayé de lui donner un vieux dictionnaire allemand-français afin de communiquer avec une petite fille qui a jeté son ballon derrière les barbelés. Remplacé par une Aufseherin,  d'une vingtaine d'années, surnommée Madame, formée pour être gardienne en camps de concentration, les relations sont plus que difficiles, teintées de séduction et de cruauté. On raconte qu'il faut être volontaire pour obtenir une affectation au Struthof, ainsi la hiérarchie s'assure d'une sévérité exemplaire envers les déportés. Les soldats eux-mêmes punis, éloignés de leurs proches, reportant leur haine et leurs frustrations sur les déportés.

Etienne malgré le dramatique de sa situation ne peut s'empêcher d'y voir une certaine beauté, faire de la poésie avec l'horreur : la faim, "...le rêve éveillé de nos dents, l'horrible va et vient de nos mâchoires à vide, nous dormons au pas de nos estomacs,  nous parlons à nos gencives mortes, qu'avons nous donc à croquer avec tant d'urgence, sinon nos propres langues...". Le froid, les seaux entassés sur la carriole, qui ressemblent à du lait à cause du givre sur le bord, et "...toute cette pisse gelée. Tu ressembles à de l'or en paillettes. Un sorbet au citron...."

Et puis, "....le souvenir criant et hagard d'une sentinelle qui me prend au hasard... " J'ai conscience qu'il m'aime de presque rien, de mon anus, de mes hémorroïdes mal soignées..." Je conçois qu'il est des mots qu'on ne traduit jamais.

Alors que les alliés approchent, Etienne est affecté à l'infirmerie, il y verrra tout ce qu'il ne devrait pas voir et que les allemands tenteront de faire disparaître. Pour finir par y devenir, lui aussi cobaye d'expériences toutes aussi douloureuses qu'inutiles. Lorsque les alliés arrivent, la porte du camp est grande ouverte. "...Etienne Lotaal est libre, triangle rose oublié ..."

Le 15 mai 1968, dans une autre gare,  il rencontre Arsène, jeune homme de 19 ans avec qui il fait connaissance puis, suite à son invite, le suit... Tout commence et tout finit dans une gare.

J'ai beaucoup aimé ce livre, qui bien qu'une fiction s'inscrit dans un contexte historique réel.  Ce n'est pas un playdoyer larmoyant, ni militant, sur les déportés homosexuels. C'est la description d'une situation à une époque donnée. Contrairement à bien d'autres sur ce sujet, l'auteur de ce livre ne montre, ni ne dit directement l'horreur. Celle-ci est distillée parcimonieusement au fil des pages, et toujours avec une poésie qu'il semblait impossible à imaginer pour raconter l'indicible. A lire impérativement. 

 

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30 novembre 2015

Ce sont amis que vent emporte - Yves Navarre

21270379_1406150Quatrième de couverture :

"Ce n'est pas ici l'histoire d'une mort mais celle de notre vie, une histoire comme toutes les autres histoires, jamais la même, toujours la même histoire d'amour et de son cours, flux et flonflons.Il y avait du régal dans mon regard et dans le sien, également, à égalité, quand agrippé à la rampe il a difficilement emprunté l'escalier.

Autrefois il aurait dit, en arrivant en bas, comme une meneuse de revue couverte de strass, "l'ai-je bien descendu ?" Là, il vient de plonger dans mes bras, étais-ce un cri ou un rire, que voulait-il dire ?, un mot s'était bloqué dans sa gorge. Il a répété, "ça va, laisse-moi". Petit à petit il s'est détaché de moi, assurant chacun de ses pas, levant douloureusement les bras pour l'équilibre du funambule. Ma musique le tenait debout".

S'il est question de perte, de maladie et de mort, Ce sont amis que vent emporte ne peut être réduit à cette seule dimension, tant la force de l'amour et le pouvoir de l'art y occupent aussi une place de choix. Ce clair-obscur inattndu dans un texte consacré à la mort fait de de ce roman l'un des plus beaux et certainement l'un des plus émouvants qu'yves Navarre ait écrits. 

Editions : H&O - ISBN : 978 2 84547 191 7 - Poche - Prix 6,90 EUROS. 

Mon avis : Volodia

Dans ce livre Yves Navarre restitue avec toute la délicatesse et la sensibilité qui étaient siennes une histoire d’amour de 20 ans, interrompue par la maladie puis, par la mort.

 Il met en scène deux hommes, un couple homosexuel, dont l’un Roch est sculpteur, l’autre David est danseur. Tous les deux sont malades, le nom de la maladie n’est jamais nommée, c'est au fil des des pages qu'on devine de laquelle il s’agit.

Les deux hommes vivent cloîtrés dans leur appartement. Depuis que David est entré en phase terminale. Ils se sont isolés de leurs collègues, relations, amis et familles et ce, bien que ceux-ci se soient montrés compréhensifs. Ils ont décidé d’arrêter les traitements médicaux et dans ce huit clos Roch va se consacrer totalement à David. Pendant les sept jours qui vont précéder sa mort, Roch décrira dans son journal, la longue agonie de son ami. Il le lave, le couche, l’enlace, lui brosse les dent, met en place un ingénieux système pour lui éviter de tomber dans les toilettes et lui épargner  l’humiliation de la déchéance physique.

 Les deux hommes ne travaillant plus, s’ajoute à la difficulté de leur existence, les soucis financiers. Tout ce qui est bien, va à David, lui il se débrouillera. Roch meurt 3 mois après David et c’est son médecin qui reprendra son journal.

La maladie vient à sublimer l’amour que se porte ces deux hommes.  Une magnifique ode à l’amour et à la vie. Je recommande ce livre à tous ceux pour qui l'amour entre deux hommes ne se résume pas qu'à une histoire de culs et contrairement à ce que l'on pourrait penser au regard du récit, ce n'est pas un livre triste. 

 

YVES NAVARRE

A propos de l'auteur :

Yves Navarre est né à Condom  dans le Gers, en 1940. Il est mort à Paris le 24.01.1994.

Ecrivain et homosexuel il s'est toujours défendu d'être d'abord écrivain et ensuite homosexuel et non pas un écrivain homosexuel.

On lui doit de nombreux romans et pièces de théâtre, dont le petit galopin de nos corps, le jardin d'acclimatation (Prix Goncourt 1980) ou Kurwenal ou la part des êtres, tous trois récemment réédités par H&0. 

Posté par chezVolodia à 20:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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