19 avril 2020

Un certain Paul Darrigrand - Philippe Besson

 

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Un certain Paul Darrigrand

Cette année-là, j’avais vingt-deux ans et j’allais, au même moment rencontrer l’insaisissable Paul Darrigrand et flirter dangereusement avec la mort, sans que ces deux événements aient de rapport entre eux.

D’un côté, le plaisir et l’insouciance : de l’autre, la souffrance et l’inquiétude. Le corps qui exulte et le corps meurtri. Aujourd’hui, je me demande si, au fond, tout n’était pas lié.

Après, Arrête avec tes mensonges, Philipe Bessons poursuit son dialogue avec les fantômes de sa jeunesse et approfondit son souci d’exprimer sa vérité intime.

Editions : Julliard – ISBN : 9 782260 052845 – Broché : 211 pages – Prix 19 euros.

Mon avis : Volodia

L’histoire nous est racontée  à la première personne du présent, ce qui à mon sens, donne plus de force au récit et met l’auteur dans une situation de confidence, même si celle-ci est publique. 

Une photo retrouvée, fait ressurgir le passé. Une période déterminée dans l’existence, ou deux jeunes gens à l’occasion d’une rentrée universitaire se rencontre fortuitement. L’un des deux, assez réservé et voulant s’intégrer au mieux avec ses condisciples. Le second plus hardi, faisant des avances au premier, ébloui par l’audace dont fait preuve son camarade. 

Une amitié s’installe avec une sorte d’admiration du premier pour le second qui fait preuve d’une certaine autorité dans leur rendez-vous pour quelques sorties que ce soit.  Le premier tombe rapidement sous le charme du second et l’espoir d’une relation plus intime s’insinue dans son esprit. 

La douche froide intervient lorsque ce dernier lui précise être marié, et alors qu’il s’interroge sur ce qu’on attend de lui, le second lui fait l’aveu, dans un souffle se « sentir bien avec lui ». Leur relation évolue et lorsqu’il lui propose de rencontrer son épouse, c’est avec perplexité et fatalisme qu’il accepte. Un ménage à trois, voit le jour, le maître de ballet étant le second, l’épouse la dupe, et le premier, l’amant secret que l’on cache à l’épouse et au monde, le résigné….. 

J'ai beaucoup aimé ce livre, qui en toile de fond d’une histoire sentimentale nous restitue les actualités de l’époque (1988), attentats, émergence du sida. Philippe Besson, je l’ai déjà dit est comme René de Ceccatti, à l’écoute de son moi intime, il est également le vecteur des sentiments des autres, de ceux que l’on garde enfouit au plus profond de soi. Dans ce livre, il y excelle. Il émerge une sensibilité exacerbée et un don total don de soi, lorsqu’il est amoureux (je l’avais déjà remarqué dans ses œuvres précédentes). 

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15 mars 2018

Deux garçons sans histoire - Marc Desaubliaux

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Quatrième de couverture :

Une petite ville de province dans les années 1970. 

Une famille de notables faussement aristocrates. 

Des parents chez qui le jeu des apparences permet de cacher bien des drames, père indifférent à ses enfants tant qu'ils ne créent pas de scandale, mère qui après l'échec de son mariage, à rejeté toute son affection sur son cadet, Sébastien, 15 ans, qui fréquente le meilleur collège catholique de garçons de la ville.

Tout est en ordre donc, jusqu'à cette messe de rentrée scolaire du collège de Sébastien à la cathédrale. 

Ce jour-là, sa vie bascule.

Ce jour-là, il rencontrera l'amour...

Mais pas celui pour lequel on le prédestinait.  

Que feriez-vous si l'on vous interdisait d'aimer ? 

 

Mot de l'auteur : 

"C'est ce drame que je me décide enfin à raconter, plus de quarante ans après les faits. Une tragédie à laquelle je n'ai été que le témoin souvent impuissant, parfois lâche, moi qui étais pourtant l'ami de toujours, celui qui a servi de modèle à Sébastien. Je m'étais juré de rendre hommage à sa mémoire et à celle du vrai Jean-Denis tous deux sacrifiés sur l'auteur des apparences sauves. Voilà qui est fait".   

                                                                                                                              Marc Desaubliaux

 

Editions :  Am Communication, des es auteurs, des livres - ISBN : 978 2 36497 040 3 - Broché :: 296 pages - Prix : 19 euros.

 

Mon avis : Volodia

L'auteur nous précise qu'il sagit d'une histoire vraie... Je ne peux toutefois m'empêcher de relever certaines similitudes avec un autre livre très célèbre : Les amitiés particulières de Roger Peyrefitte, écrit bien avant celui de Mr Desaubliaux, notamment  : que cette histoire se passe dans une école religieuse de garçons, que l'émoi provoqué par un garçon ait eu lieu au cours d'une cérémonie religieuse, que l'un des deux garçons en l'occurrence le plus âgé soit de petite noblesse (même si elle est contestable), que cette histoire se termine en tragédie pour l'un deux.

Mais la comparaison la ressemblance s'arrête ici, car dans le livre de Desaubliaux, le jeune Jean-Denis a le langage châtié des gamins de son temps, celui des années 70, et qu'il n'a pas l'innocence d'Alexandre jeune héros du livre de Peyrefitte, ni celui d'André Dalio, surnommé affectueusement Dédé, héros, lui, du livre d'Achille Essebac. La poésie, la délicatesse du récit s'en ressentent. Il le rend plus actuel, moins émouvant, enfin à mon sens.

Ce récit trouve un second souffle lorsque l'auteur nous raconte ce qu'il est advint du survivant plusieurs années après le drame : Devenu psychanalyste, faisant partie à son tour des notables de la même petite ville de province, marié, deux filles. Il doit s'accommoder de sa vie et composer avec son passé soigneusement dissimulé.  Arrivé à un certain âge, les réminiscences de celui-ci se font plus fortes au point qu'il n'est plus en mesure de jouer son rôle d'époux et de père.

La maison familiale de son ancien condisciple et ami étant à vendre, après plusieurs années d'abandon, il finira par l'acquérir et y vivra seul, seul avec ses souvenirs qu'il finira par apprivoiser, et lorsque ceux-ci se révèleront trop forts, il les tiendra à distance à coup d'antidépresseurs. La mort seule pouvant le délivrer du poids du passé et de son secret. 

J'ai pris plaisir à lire ce livre, mais ne pense pas à ce jour le relire, ayant été quelque peu déçu par les rapprochements effectués avec les deux livres précités.

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06 janvier 2018

Les clés du Paradise - Michel Tremblay

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Quatrième de couverture :

Le Paradise est ce club de Red Light de Montréal qui en 1930, accueille les « vieux garçons » dans un espace nommé le ringside. C’est là qu’Edouard Tremblay aimerait bien faire son entrée dans le « grand monde », peu après son embauche comme vendeur de chaussures sur l’avenue du mont-Royal. Car c’est à presque dix huit ans il est déjà emporté par le double qui l’habite, cette duchesse de Langeais qui deviendra son personnage de folle des nuits de la métropole.

Et c’est aussi au Paradise que travaille la mère de Nana, Maria Desrosiers, toujours aux prises avec « cette boule dans la gorge, ce poids sur son cœur ». Autour d’elles s’agitent les membres de deux familles, à la merci de ce « maudit destin qui ne mène jamais où on veut aller » : Ti-Lou et Maurice, Victoire et Télesphore, Albertine et Madeleine, Teena, et l’inconsolable Josaphat-le-Violon qui se réfugie  à l’asile Saint-Jean-de-Dieu. 

Editions : Actes Sud – ISBN : 9 782330 028459 – Broché : 254 pages – Prix : 20 euros. 

Mon avis : ChezVolodia

Les œuvres de Michel Tremblay ne se lisent pas, elles se savourent au même titre qu'un met rare et délicieux. Sa description des personnes de langue française vivant dans ce quartier modeste voire pauvre de Montréal marqué par la crise économique incite à l’empathie plutôt qu'à la pitié.

Edouard, gros garçon de 17ans, au physique malgracieux et au franc parler qui se cherche, se doute qu’il n’est pas tout à fait comme les autres, mais n’arrive pas à comprendre ce qui le différencie - on ne peut que l’aimer et suivre avec un plaisir non dissimulé ses atermoiements –qui traîne son ennui et son mal être vient de décrocher, sur les recommandations de sa tante,  un emploi de vendeur de chaussures, histoire de gagner un peu d’indépendance et d’aider sa famille qui en a bien besoin.

Après une altercation mémorable le 1er jour de son travail, avec un client « très élégant », qui le jauge de haut et se permet des réflexions désagréables à son égard, auprès de la gérante, alors qu’il fait fi de la présence d’Edouard, met le feu aux poudres. Notre client, pseudo élégant, n’en revient de la répartie dudit Edouard tout en le reconnaissant de la catégorie des « vieux garçons ». De fait, il l’invite au Club Paradise, afin qu’il rencontre quelques « amis » qui s’y retrouvent. Souci, Edouard bien que n’étant pas majeur (- 21ans) décide de s’y rendre par curiosité, surtout ne sachant pas ce qu’il en est de cet endroit, mais espérant y trouver des réponses à ses interrogations.

Dans ce livre, il est évidemment question d’Edouard, mais également de tout le petit monde qui compose sa famille et qui gravite autour de lui, et qui eux non aucun doute quant à son « orientation ». Tout le récit nous est conté, de la façon dont il aurait été parlé avec cet accent canadien populaire et particulièrement vivant que l’auteur arrive à retranscrire et à nous faire partager pour notre plus grand bonheur. Encore un sans faute de Michel Tremblay qui nous décrit le Québec des années 1930 très marquée par pression de la religion catholique dans la vie quotidienne des familles surtout sur celle des femmes.

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27 mai 2017

Un hommes au singulier - Christopher Isherwood

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Quatrième de couverture :

Vingt-quatre heures dans la vie de Georges Falconer, professeur en Californie au début des années 1960. Célibataire, gay, Georges,vieillit dans un quartier bourgeois où l'on apprécie sa courtoisie tout en réprouvant son mode de vie. 

Solitaire et individualiste, il vit dans une société conçue pour les familles, les groupes, la majorité. La tragédie d'un homme résigné à souffrir en silence. Pourquoi crier lorsque personne ne peut entendre ?

 

Editions : Les Cahiers Rouge de Grasset - ISBN : 9 782246 850809 - Poche :175 pages - Prix 8,20 euros

 

Mon ressenti : Volodia

Je me suis un peu ennuyé à la lecture de ce livre et ai eu du mal à le terminer. Peut être ne l'ais-je pas compris à sa juste valeur.

L'histoire est celle d'un homme qui essaye de survivre, plus mal que bien, au décès accidentel de son compagnon.  Couple homosexuel (en 1960 on ne disait pas gay) fusionnel, ils vivaient isolés dans une maison de bois et de verre, dans une région de Californie pas encore devenue à la mode, quoi que, les constructions qui poussent le long de l'autoroute annoncent une gentrification prochaine.

Son quotidien est fait d'habitudes, dont chaque geste, chaque situation mettent en exerge et font ressurgir un passé à deux. Les jours sont rythmés par l'observation de ses voisins : le départ des époux aux bureaux, les tâches ménagères et la suveillance des enfants faites par les épouses restées au domicile.

Le rituel de la journée est invariable, sans surprise. Il emprunte depuis des années, le même trajet  pour se rendre à l'Université ou il enseigne, un peu désabusé, la littérature anglaise à des étudiants soucieux d'améliorer leur condition sociale en se préparant un avenir  autre qu'un emploi à l'usine locale, obtenir une certaine sécurité et une aisance matérielle leur permettant de fonder un foyer.

Georges observe ce qui l'entoure, il regarde les gens vivre, il ne fait pas partie de cette société qui n'est pas faite pour lui. Tout lui est devenu pesant, les banalités du quotidien insupportables. Georges est hanté par la mort de son compagnon. Peut on vivre au singulier lorsqu'on s'est vécu au pluriel ?

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23 mars 2017

Imre - – Edward I.Prime-Stevenson

Imre

Quatrième de couverture : 

L’Anglais Oswald, âgé d’une trentaine d’années, rencontre à Budapest, au cours d’une de se pérégrinations, Imre, jeune et bel officier austro-hongrois. Tous deux portent le masque imposé aux affinités amoureuses qui n’osent se dire. Mais la confession de l’un entraîne la confession de l’autre. 

L’auteur (1858-1942) de « The Intersexes » illustre, dans son roman, l’idéal incarné d’un bonheur possible entre deux hommes. 

Roman d’un temps suspendu. Le temps qu’il faut à deux hommes, au début des années 1900, pour se dire : « … le rêve est devenu réalité. Je t’aime, comme tu m’aimes. J’ai trouvé, comme toi aussi tu m’as trouvé  l’amitié qui est amour, l’amour qui est amitié. Viens, mon ami, mon frère ! Il est temps de nous reposer, ton cœur sur le mien, ton âme avec la mienne. Pour nous deux, oui c’est enfin le repos. » 

Editions : ErosOnix – ISBN : 9 782918 444312 – Broché : 129 pages – Prix : 17 € 

Mon avis : ChezVolodia

On sent à la lecture de ce livre qu’il a été écrit au début du siècle dernier. Le langage suranné, les tergiversations des deux protagonistes, les envolées mélodramatiques… Le style désuet de ce livre ne peut masquer les conditions de vie particulièrement difficiles des personnes gays (uraniennes)  à cette époque où le moindre soupçon de ce qui était considéré comme une anormalité, un vice, une perversion provoquait irrémédiablement l’opprobre de la société bien-pensante, des tracasseries à n’en plus finir dans la vie professionnelle, mondaine et privée. Sans oublier les risque de chantage à vie pour ceux ou celles qui auraient eu la malencontreuse idée de se trouver dans des endroits « suspects » ou de marivauder avec quelque inconnu (nue). 

A une époque où la médecine emploie des termes plus « barbares » les uns que les autres pour définir l’homosexualité, et s’interroge de savoir si elle est innée ou acquise, l’auteur nous raconte le récit de l’amitié qui devient amour et de l’amour amitié entre deux hommes virils, empreints d’idéalisme et de dignité morale. L’un, britannique disposant d’une fortune personnelle, voyage pour oublier sa condition d’uraniste et les contraintes qu’elle lui impose. L’autre, jeune officier hongrois, refusant l’évidence de sa nature et cherchant à s’en guérir, se mure dans des rapports amicaux distants et laissent courir des ragots quant à d’éventuelles relations féminines. 

Si l’histoire de ces deux hommes peut engendrer l’empathie du lecteur, il ne faut pas faire abstraction de l’homophobie de ceux-ci, justifiée en grande partie par l’ostracisation d’une société moralisatrice, prompte à clouer au pilori tous ceux par qui le désordre arrive ; Car comment qualifier la violence insupportable, le mépris teinté de dégoût avec lequel sont évoqués ces invertis ne faisant pas preuve d’une masculinité requise, identifiable de visu, tant par l’esprit que les manières. : « …ces hommes qui aiment les hommes, qui par milliers mènent une vie incapable de noble idéal. Ah, ces êtres ouvertement dépravés, nocifs, sans vigueurs, grossiers, efféminés, pervers et déficients  dans leur nature morale, jusque dans les tissus même de leur corps ! Ces légions homosexuelles qui sont comme débris, scories de la société ; bon à rien sinon pour le feu qui nettoie de monde de ses ordures et rebuts ! » et cela sur 2 pages…. Difficile avec tout cela de se sentir normal, de ne pas se haïr soi-même !

Imre est beau physiquement, « son visage exprime des expressions viriles. Des traits délicats, mais sans féminité aucune.  Il a des yeux virils et limpides. Une voix lente et basse ».  C’est un athlète accomplis en saut et en natation. Dans cette description on sent bien que ce qui attire  Oswald c’est la virilité sans faille d’Imre, qu’il met à dessein, en comparaison avec les stéréotypes  jusqu’alors prédominant de l’inverti efféminé.

Oswald s’est pris d’une amitié exaltée pour Imre et se décidera alors qu’il doit retourner en Angleterre pour affaires, à lui avouer sa nature profonde et ses sentiments. Quant à Imre après moult atermoiements, il choisira également de se dévoiler et de répondre à l’amitié-amour, l’amour-amitié d’Oswald. Leur rêve de trouver un être ayant les mêmes aspirations et valeurs morales étant devenu réalité.

Une chose appréciable dans ce livre, mais qui peut dérouter les lecteurs habitués aux livres lgbt, c’est le phrasé inusité de nos jours, la délicatesse dans les sentiments exprimés, le manque de scènes et/ou de descriptions de sexe. Tout est suggéré ou dit mais dans les limites de la bienséance. 

J’aime que cette histoire se termine bien, à savoir la communion de deux êtres du même sexe qui s’aiment réellement. Car il est au combien pénible de lire des récits ou les gays se retrouvent seuls quand ce n’est pas dans des situations affligeantes. Et également que ces deux hommes ne soient pas des marginaux au sens où l’on l’entend aujourd’hui : voyous, sdf, piliers de bars, prostitués et j’en passe … ! 

Reste ce goût amer due à l’imagerie populaire qu’avait et ont encore beaucoup de personnes sur les homosexuels : borderlines, efféminés, lâches, obsédés par leur cul et celui des autres, etc…! Ce qui n’a guère évolué de nos jours. Car c’est un fait, on parle souvent avec condescendance, moqueries et parfois agressivité des hommes-femmes (y compris dans le milieu lgbt), et la culture Queer, même si elle est reconnue, reste en marge de la « société traditionnelle » ! 

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02 mars 2017

Celui qui est digne d'être aimé - Abdellah Taïa

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Quatrième de couverture :

Ahmed, 40ans est marocain. Il vit à Paris.

Il écrit à sa mère, morte cinq ans auparavant, pour régler ses comptes avec elle et lui raconter enfin sa vie d'homosexuel.

- Il envoie une lettre de rupture à Emmanuel, l'homme qu'il a aimé passionnément et qui a changé son existence, pour le meilleur et pour le pire, en le ramenant en France.

Par ailleurs, Ahmed reçoit des lettres de Vincent et de Lahbib.

Un roman épistolaire pour remonter le temps jusqu'aux origines du mal. Un livre sur le colonialisme français qui perdure dans la vie amoureuse d'un jeune marocain homosexuel.

Editions : Seuil - ISBN : 978 2 02 134307 6 - broché : 136 pages - Prix : 15 €

 

Mon ressenti : Indiangay 

Abdellah Taïa n’en finit pas de ressasser son passé d’enfant pauvre dans un quartier populaire de Salé. De son homosexualité en marge dans un pays ou la religion est au cœur de la Société et la dirige, ou le seul espoir de d’améliorer sa vie est de s’exiler, en Europe !  

Dans ce livre nous découvrons la vie d’Ahmed au travers de quatre lettres s’échelonnant dans le temps : 

Une lettre écrite à sa mère avec qui il règle les comptes douloureux du passé, Une seconde de Vincent, un homme qu’il a dragué au point de le rendre fou amoureux de lui et, qui l’a attendu en vain durant toute une journée dans un café de Belleville, une troisième, mais celle-ci  de rupture,  à Emmanuel l’homme qu’il a aimé ? et qui a changé son existence en le ramenant en France, une dernière que lui adresse son ami d’enfance, son presque frère Lahib, juste avant de se suicider.  

J’ai beaucoup aimé ce livre, mais je n’y ai pas forcément vu les mêmes choses que l’auteur quand il reproche à sa mère, sa dureté, sa mise à l’écart du père et sa prise de pouvoir à sa mort.  

Mais, n’est-ce pas une revanche sur une vie imposée par la société ou la religion est très présente, ou les lois sont faites par les hommes, pour les hommes ? Son seul pouvoir pour exister se situait dans la chambre à coucher conjugale, elle l’a utilisé dès que cela lui a été possible ! Quant à sa dureté, sans doute provenait-elle d’une vie qu’elle n’avait pas choisie : Un époux porté sur le sexe (c’est Ahmed qui le dit) qui lui fait neuf enfants, l’a fait vivre dans la pauvreté, dans un minuscule appartement d’un quartier populaire de Salé quel espoir avait-elle ? Comment ne pas être aigrie de tant d’injustices ? 

Quant à lui, Ahmed, avant dernier fils non désiré d’une fratrie dont seul l’ainé est choyé, homosexuel de surcroit, conscient avec toute sa sensibilité propre qu’il lui faut s’en sortir pour ne pas « mourir » et qui pour cela, est prêt à tout ! Son innocence il y a longtemps qu’il l’a perdu et lorsqu’un qu’un européen lui demande son chemin sous un prétexte fallacieux, il comprend. Il comprend et saisi sa chance pour sortir de cette pauvreté tant matérielle qu'intellectuelle. Nulle tromperie d’un côté ou de l’autre. L’Européen voulait un jeune homme pour satisfaire ses appétits, le jeune homme voulait l’Européen pour exister, fuir cette misère sociale. Chacun, un temps, y a trouvé son compte.  

Ahmed plus jeune a suivi les conseils d’un homme, plus mûr, pour évoluer dans la Société. Il s’est construit à son contact au point d’avoir à se renier. L’homme a fait ce qui fallait pour lui tant que leur histoire a durée, tant qu’Ahmed avait la jeunesse puis, l’un et l’autre se sont éloignés. Ahmed parce qu’il avait perdu son identité, l’homme parce qu’il avait déjà remplacé Ahmed en pensée par un autre marocain plus jeune.  

Quant à la rencontre de Ahmed avec Vincent, et ce qui en a suivi, je l’ai pris pour une revanche, la vengeance d’un humilié, envers un innocent qui avait pour seul tort d’être européen.  Symbole d’un pays colonisateur avec sa force économique et intellectuelle envers un pays qui a été colonisé et qui peine à panser ses plaies, et revanche de celui-ci qui a la jeunesse et la sensualité qui manque à l’autre. 

La relation d’Ahmed avec Lahib et sans doute la plus sincère, il est son ami, son frère, à qui il dit tout, avec qui il peut tout partager sans honte, celui qui lui raconte sa vie avec Gérard. Le pourquoi il ne pouvait revenir en arrière, le poids trop fort des traditions, cette pauvreté (et non misère) qui colle à la peau et le fait surtout d’avoir été pris et jeté comme on le ferait d’un objet trop usé et abusé. 

En substance comment se construire sans se déconstruire question ouverte ! L’homosexualité ne suffit pas pour faire de nous des égaux et ce quel que soit le pays d’où nous venons… 

 

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15 février 2017

Arrête avec tes mensonges - Philippe Besson

 

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Quatrième de couverture :

Quand j'étais enfant, ma mère ne cessait de me répêter : "Arrête avec tes mensonges." J'inventais si bien les histoires, paraît-il, qu'elle ne savait plus démêler le vrai du faux. J'ai fini par en faire un métier ; je suis devenu romancier.

Aujourd'hui, voil) que j'obéis enfin à ma mre : je dis la vérité, pour la première fois. Dans ce livre.

Autant prévenir demblée : pas de règlement de compte, pas de violence, pas de névrose familiale. Mais un amour, quand même. Un amour immense et tenu secret. Qui a fini par me rattraper. 

Editions :  Julliard - ISBN : 9 782260 029885 - Broché : 194 pages - Prix : 18 €

 

Mon avis : Indiangay 

Dans ce livre Philippe Besson revient sur ses jeunes années, celles des premières émotions, de la découverte de sa différence, de ses premiers émois et de sa première relation amoureuse. L’art de la dissimulation, et l’apprentissage du mensonge, l’acceptation, voire  la résignation. 

Philippe Besson se revoit  en 1984 dans le corps d’un banal jeune homme de 17ans, à la tête bien pleine : Mathieu, lycéen de terminal dans un lycée de province. Souvent moqués par ses condisciples pour une homosexualité supposée en raison de ses gestes et attitudes efféminées, il assume tout en faisant mine d’ignorer pour ne pas confirmer leur doute. 

Dans la cour du lycée il remarque Thomas élève de terminal d’une autre section. C’est le coup de foudre, qu’il croit sans espoir, celui-ci n’ayant pas les mêmes attirances pense-t-il, et bourreau des cœurs de surcroît.

Bien que pour beaucoup les années 1980 soient synonymes de libération sexuelle (à Paris) ; reste qu’en province il n’en est pas tout à fait de même surtout parmi les adolescents. Thomas refuse son homosexualité. Il n’accepte pas ce qu’il ressent, ses émotions. Pour lui, l’apparence est tout.  C’est sous le couvert du secret, qu’il fera le premier pas vers Mathieu, qu'il l’initiera au plaisir de la chair, mais qu’il ne s’autorisera pas à regarder en public, ni à lui faire aucun signe amical, exigeant de celui-ci le silence absolu, sous peine d'une rupture de leur relation. 

Les rapports entre les jeunes gens sont inégaux, l’un ayant déjà connu d’autres hommes mais refusant d’accepter et/ou que ne soit dévoiler cette facette de sa personnalité. Pour le second, s’agissant d’un premier amour, il est prêt à tout accepter pour que celui-ci perdure dans le temps, y compris l’humiliation d’être invisible aux yeux de l’autre à l’intérieur d’un groupe afin de continuer à être aimé, ainsi que son bon vouloir pour une éventuelle nouvelle rencontre. Thomas est lucide, il sait que Mathieu fils d’instituteur poursuivra ses études « ailleurs », alors que lui fils d’agriculteur, restera à la ferme, se conformera aux convenances car c’est son devoir. Les années passant, les jeunes se perdent de vue l’un monte à Paris et devient écrivain, l’autre reste reprenant les terres familiales et assurant sa descendance. 

Les liens distendus mais restés très fort se renoueront à distance par l’intermédiaire du fils de Thomas rencontré par hasard dans un hôtel, lors d’une interview donné par l’écrivain pour la sortie de son dernier livre, et c’est par lui que nous saurons ce qu’il est advenu de son père, et comment il a mis fin à cette dualité qui était sienne. 

Il fallait toute la sensibilité et la délicatesse de Philippe Besson pour oser avec ce souvenir se mettre à  nu.

 

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17 octobre 2016

Le Tombeau des Amants - Lang Xyang - Conte chinois des la fin des Ming

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Quatrième de couverture :

Contrairement à ce que l'on aurait tendance à croire, le thème de l'homosexualité n'est pas rare dans la littérature chinoise, notamment à la fin de la dynastie Ming (1368-1644), mais ce motif particulier reste invariablement traité, à cette époque, au sein d'un genre érotique qui laisse peu de place à l'expression  de sentiments véritables et profonds.

Le Tombeau des Amants, composé quant à lui vers 1635 par un auteur qui ne nous est connu qu'à travers le pseudonyme de Lang Xyan, est le seul à évoquer une belle - quoique tragique - romance, entre deux jeunes étudiants, et ce sans jamais sacrifier à la crudité et à la facilité de scènes lestes 

La traduction de ce conte chinois inédit en français s'est attachée à restituer dans son intégralité la remarquable qualité littéraire de ce texte unique en son genre qui ravira tous les amateurs d'histoires d'amour, quels que soient leurs modes et leurs lieux d'expression.

Editions : Cartouche : ISBN : 9 782915 842920 - Broché : 63 pages - Prix : 12 euros

 

Mon avis : Volodia

Dans ce récit, toutes les étapes de l'intrigue amoureuse traditionnelle sont réunies. 

L'attirance de deux étudiants, due au hasard d'une rencontre, dans ce qui serait de nos jours, l'équivalent d'une classe préparatoire, relative à une entrée sélective dans la bureaucratie impériale, pour une foultitude de candidats.

La naissance d'une passion, non partagée dans un premier temps, puis devenant vite exclusive. Sa montée en puissance avec sa compréhension par le commerce de la chair. Viendra ensuite la découverte de l'idylle par des jaloux moqueurs, qui composent une aussi piquante que cruelle ritournelle accusatrice, cause d'une fuite, ultime solution pour des multi-criminels.

N'ont-ils pas fauté contre toutes les règles de conduite inculquées par une éducation reposant sur la piété filiale ? et enfin, la mort qui ne tardera pas, aussi implacable qu'inexpliquée, laquelle scelle leur union.

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07 avril 2016

Un tango au bord de la mer - Philippe Besson

Un tango en bord de mer

Quatrième de couverture : 

« On a été heureux ensemble…

- Toi et ta nostalgie…

- Et puis, un jour, ç’a été terminé…

- C’est comme ça. On n’y peut rien.

Peut-être qu’on n’a pas assez essayé.

Peut-être qu’on n’y a pas assez cru.

- Je croyais que tu détestais les couples.

La durée. Ces choses-là. Bourgeoises. » 

Lui est un écrivain célèbre, la quarantaine. L’autre est un jeune homme qui cherche encore sa voie. Quelques années auparavant, ils se sont follement aimés, déchirés puis quittés. Ils se retrouvent par hasard, au beau milieu de la nuit, dans le bar désert d’un grand hôtel en bord de mer. Une atmosphère irréelle, propice au souvenir et à la confidence…

Mais la magie d’un décor peut-elle suffire à faire renaître la vérité des êtres et des sentiments ?

 

Edition : Julliard – isbn / 9 782260 022015 – Poche : 76 pages – Prix : 9 euros 

 

Mon ressenti : Indiangay 

Cette pièce est l’autopsie d’une rupture, ses causes et les stigmates qui en résultent. Il met exergue les intermittences du cœur, la difficulté d’aimer. 

J’ai eu beaucoup de mal à lire ce livre, qui est en réalité une pièce de théâtre. Dans le livre, les personnes sont nommés : Lui pour Stéphane, l’autre pour Vincent, ce qui oblige dans les premières pages à un fréquent retour à la préface pour se rappeler qui est qui. 

Bien que son utilité soit nécessaire aux acteurs, je pense qu’une pièce de théâtre n’est pas faite pour être destinée à des lecteurs. Elle prend toute sa dimension à être jouer sur scène. Ce qui donne une plus de force au texte. Permets aux acteurs le jeu des questions-réponses et une gestuelle, des attitudes, des expressions de visages montrant l’intensité de leurs sentiments.

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16 mars 2016

Les Feux de Saint-Elme - Daniel Cordier

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Quatrième de couverture :

Adolescent dans un internat religieux d’Arcachon, Daniel Cordier y découvre son attirance pour les garçons et pour David en particulier. Cette passion interrompue par son renvoi du collège, ne cessera de le hanter tout au long de sa vie.

On connaît Daniel Cordier pour sa vie exceptionnelle : Secrétaire de Jean Moulin, Compagnon de la Libération, grand collectionneur d’art, historien de la Résistance. Il nous livre avec « les Feux de Saint-Elme » une récit autobiographique à la fois émouvant et inattendu.

Editions : folio – ISBN : 9 782070 468225 – Poche : 210 pages – Prix : 7 euros.

 

Mon avis : Volodia

Nous sommes loin des désirs discrets, inavoués qu’on garde jalousement par devers soi. Dans ce récit, l’auteur nous relate en termes crus ses émois partagés avec d’autres élèves, donnant l’impression que ceux-ci et lui-même ne sont que mus par leur instinct, leurs pulsions les plus primitives. Bon d’accord, l‘adolescence se vit différemment d’une personne à l’autre, on découvre son corps et celui des autres, on se compare et on s’adonne à des jeux qui ne sont plus innocents en toute connaissance de cause, mais bon…. !

L’auteur fait bien de larges parenthèses à la religion, à la pureté, collège religieux oblige, mais cela ne dure guère au regard de son amour pour Bob, puis David.

Bien des années plus tard, il retrouvera David, mais celui qui avait enchanté ses jeunes années ne sera plus qu’un homme petit, gros, marié, père d’un fils et au passé douteux de collabo, qui refusera de se remémorer son passé d’écolier.

J’ai été un peu déçu par ce livre. Je m’attendais à un récit aussi fin et délicat que les Amitiés Particulières de Roger Peyrefitte. Que nenni, ici nous sommes dans de l’autobiographie, dans la vie réelle, et non dans un roman, le style et l’écriture en témoignent. Et moi qui croyais que les jeunes d'antan surtout ceux de bonne famille moins délurés, quelle claque !

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