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Quatrième de couverture :

C'est un exceptionnel ensemble d'inédits de Marcel Proust qui apparaît aujourd'hui, car il s'agit pour l'essentiel d'oeuvres littéraires, d'oeuvres de fiction : une série de nouvelles diversement achevées, écrites dans l'environnement des "Plaisirs et les Jours, durant les années 1890. Certaines ont figuré un temps au sommaire du volume, puis l'auteur les a écartées

Proust a une vingtaine d'années, et la plupart de ces textes évoquent la prise de conscience de son homosexualité, sur un mode sombrement tragique, celui de la malédiction. Sous des formes diverses : conte de fées, récit fantastique, dialogue des morts, nouvelle à énigme, le jeune écrivain transpose, parfois à peine, le journal intime qu'il n'a pas écrit. Point de voyeurisme dans ces récits, seulement mis en scène un drame psychologique intense.

Ces nouvelles ont été identifiées et répertoriées, dans les années 1950 par Bernard de Fallois, dont l'essai Proust avant Proust, paru au Belles-Lettres, interprète les données. Nous trouvons dans le même fonds les documents placés en fin de volume, contenant des révélations aux souces d'A la recherche du temps perdu. L'ensemble est transcrit avec toutes les variantes et annoté par Luc Fraisse, professeur à l'Université de Strasbourg, qui réédite actuellement la Recherche aux Classiques Garnier.

Editions : De Fallois PARIS - ISBN : 979 10 321 0229 9 - Broché : 172 pages - Parution ; septembre 2019 - Prix : 18,50 €

Mon avis : ChezVolodia 

Je ne peux que déplorer, tout en en comprenant les raisons, que ces nouvelles n'aient pas été achevées ni publiées par Proust. Ces textes laissent transparaître la sensibilité de l'auteur, sa délicatesse dans Jacques Lefelde, mais également sa "coquetterie" lorsqu'un homme a l'air de lui plaire comme dans "Souvenir d'un Capitaine".

Dans Aux Enfers, nous sommes les témoins d'un dialogue entre deux orateurs sur l'homosexualité, et dans la Conscience de l'aimer, nous assistons à la souffrance amoureuse d'un jeune homme souffrant de solitude, rejeté par l'aimée. Le Don des fées,  conte à demi inversé relate ce que disent les bonnes fées sur le berceau de celui dont la destinées est de souffrir par excès de sensibilité. 

Le thème dominant de ces oeuvres est l'analyse de l'amour physique en des termes qui préfigurent Sodome et Gomorrhe et c'est sous le voile d'une fiction transparente, le journal intime de l'écrivain. La prise de conscience de l'homosexualité y est vécue tragiquement, comme une malédiction. 

A une époque ou l'ordre moral régnait en maître et ou le moindre écart équivalait à être mis au ban de la société, je comprends pourquoi Proust dit à Gide qui envisageait de publier ses mémoires : "....vous pouvez tout raconter, mais à condition de ne jamais dire : Je...." De nos jours les valeurs sont complètement inversées plus il y a de scandales autour de votre nom et/ou de votre personne, plus vous êtes célèbres, publiés. Peu importe ce qui se dit à partir du moment ou on parle de vous (c'est que vous êtes intéressant).

J'ai bien aimé ce livre, ainsi que les annotations de Monsieur Luc Fraisse qui permettent de mieux comprendre et cerner les pensées et les angoisses de l'auteur.