22 mai 2019

Le Colis - Anosh Irani

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Quatrième de couverture :

Madhu est une hijra : né dans un corps d'homme, amputée de ses attributs sexuels masculins, elle est une sorte de troisième sexe, ni homme, ni femme. La quarantaine passée, après des années de prostitution, Madhu doit mendier pour vitre et rester auprès de sa gurumai, sa guide. 

Par l'entremise de cette dernière, Madame Padma, tenancière redoutée, lui confie une mission qu'elle ne peut refuser : s'occuper d'un colis. Les colis, ce sont ces fillettes vendues par leurs familles pour devenir des esclaves sexuelles, à qui il faut faire comprendre que leur sort est scellé, qu'elles ne pourrons jamais s'échapper de Kamathipura, le quartier rouge de Bombay.

Beuacoup de souvenirs remontent à l'esprit de Madhu : son enfance engoncée dans un corps qui n'était pas le sien, sa rencontre avec celle qui fera d'elle une hijras, le rejet de sa faimille, ses années fastes, puis les regrets, la nostalgie, les remords aussi. Malmenée par la vie, éminemment lucide, Madhu raconte la noirceur du monde dans lequel elle vit. Pour autant, une petite lueur continue à lui dire qu'une rédemption est possible - si ce n'est pour elle, peut être pour les autres.

"On me rabaisse et on me vénère, on me croit bénie, ou maudite, détentrice de pouvoirs sacrés. Pour les parents je suis une voleuse d'enfants, Pour les commercants, un porte bonheur et pour les couples mariés une sorte d'experts en fertilité. Pour les passagers de taxi, je ne suis rien de plus qu'une nuisance. On me chasse comme un vulgaire corbeau. Chacun a sa propre version de ce que je suis. Ou de ce qu'il veut que je sois".

Editions : Philippe Rey - ISBN : 9 782848 - Broché 332 pages, prix : 21 €

 Mon avis : Indiangay 

Madhu hijra vieillissant se voit confier par son guru, une mission qu’il n’a plus effectué depuis longtemps : « Eduquer » une jeune fille, pratiquement une enfant à devenir une prostituée docile à sa maîtresse et soumise aux désirs de ses futurs clients. Pour ce faire, elle doit oublier son propre nom et jusqu’à son passé, à accepter sans résistance l’avenir qui va devenir le sien sans espoir de retour à une vie normale. Pour cela, il faut préparer « le colis » enfermée dans une cage au troisième étage d’une maison close à être ouvert ». Bien que récalcitrant à effectuer cette mission, il/elle ne peut la refuser devinant que celle-ci, bien qu’ayant été demandée par son guru, émane d’une personne puissante de Kamathipura. 

Se faisant, Madhu se remémore sa propre vie. Jeune garçon, mal dans sa peau, méprisé par son père pour des raisons qui à l’époque lui sont obscures, et négligé par sa mère au profit de son jeune frère. Moqué à l’école pour ses gestes et ses manières peu masculines, il traîne son mal être dans les rues populaires de Bombay ou le hasard lui fait rencontrer un groupe de hijras. Fasciné, il s’évertuera à provoquer d’autres rencontres jusqu’au jour où le guru du groupe l’invitera dans leur communauté, lui accordant une importance et une gentillesse qu’il ne trouve pas chez lui. Au bout de quelques mois, le Guru lui signifiera que pour rester il doit subir l’initiation. Ne sachant pas de quoi il retourne il l’a subit de force. Cette intervention le fera renier par ses parents qui croyant qu’il avait été enlevé le faisait rechercher par la police. 

Devenu un (une) hijras à part entière, il/elle aura besoin de vêtements, de bijoux, de maquillage. Tous ces frais annexes ainsi que ceux de son entretien sont pris en charge par le Guru, mais il se doit de le rembourser, car dans la vie tout se paye. Initier par lui, il/elle sera danseur, puis se livrera à la prostitution, avant d’être réduit au statut de mendiant en raison de son âge. 

Les années passant, et après une rencontre avec sa mère qui ne le reconnaîtra pas, mais fera l’aumône à une « pauvre hijra » il/elle se rendra compte que sa vie aurait pu être tout autre. Que son guru n’est en réalité qu’un imposteur, un proxénète qui a assis son pouvoir sur une communauté d’exclus qui voyait en lui, protection, sécurité même si pour cela ils devaient se perdre eux-mêmes. 

Aussi décide-t-il/elle de sauver « le colis » Pour cela, rien de tel qu’Agni, le feu, qui sauve et purifie tout ce qu’il touche…. 

Digressions : 

Sur les hijras/aravanis : 

Les occidentaux occultent systématiquement, par méconnaissance essentiellement, la dimension religieuse de la communauté des hijras pour se concentrer sur une homosexualité vraie ou supposée, et trouver une justification à un état qui les dépasse. 

Sur Kamathipura à Bombay : 

Le quartier de kamathipura est l’ancienne « zone de réconfort » créée lors de l’occupation de l’Inde par les britanniques, ou les femmes étaient concentrées et destinées à leur soldatesque. L’histoire se passe donc essentiellement à Kamathipura. 

Cette histoire peut paraître sordide et irréelle, mais non ce quartier rouge comme tant d’autres dans chaque magalopole d’Inde existe toujours. Il est l’objet de convoitise et de surenchère de la part de promoteurs, qui veulent le détruire pour y bâtir des bureaux des immeubles d’habitations de luxe, car situé au cœur de Bombay. 

Quant aux femmes qui y vivent, ce sont les filles de paysans déclassées pour la plupart venant de Népal. Elles ont été vendues pour la plupart également par un membre de leur famille et/ou parcce que la dote n’a pas été payée ou bien pour ne pas la payer. La police a du mal à faire quelque chose, essentiellement en raison de la corruption qui mine notre pays.