27 novembre 2018

Une folle à sa fenêtre - Michel Cressole

Une folle à sa fenetre

Quatrième de couverture : 

Pour sa nouvelle formule de l’Autre Journal, Michel Butel invitait Michel Cressole, journaliste à Libération et militant homosexuel, à alimenter librement une chronique. 

Ce sera la naissance d’ « Une Folle à sa fenêtre ». Elle « apparaîtra » régulièrement du premier numéro de mai 1990 à celui de Janvier 1992, pour apporter, à un moment  où le mot gay commençait à devenir prononçable, un regard « folle » (ou camp) sur les actualités. 

Depuis la parution de ces chroniques, bien des choses ont changé : Michel aurait pu être sauvé par les nouveaux antirétroviraux ; il aurait pu se marier avec des étrangers. Mais faudrait-il reconstituer le monde autour de son Hibernatus qu’on retrouverait les mêmes assassinats politiques, les mêmes homophobes impudiques, la même méfiance envers les minorisés, les mêmes violences policières, les mêmes violations de sépultures. 

Cette nouvelle édition des chroniques de Michel Cressole devenait donc une évidence. Elle a été enrichie des contributions d’Hélène Hazera, sa collègue et amie ainsi que de Tom de Pékin (couverture) 

Comme l’écrivait Butel, fin 2012, pour le premier numéro de L’impossible, forcément sous-titré L’Autre Journal : « Nous avons inventé ce petit objet pour les nuits blanches et pour les jours sans fête… Lisez-le, donnez-le, dispersez-le, faites de la politique ! » 

Editions : Bibliothèque GayKitchCamp – ISBN : 978 2 908050 00 6 – Broché : 76 pages – Prix : 12 € 

Mon avis : ChezVolodia 

Il est toujours intéressant tout autant qu’agréable de lire les écrits d’un des moteurs de la libération homosexuelle. 

Je ne connaissais l’auteur que de nom et de réputation et je dois avouer que ses chroniques sont savoureuses, et citronnées à souhaits. Michel Cressole tape ou ça fait mal. Lucide, provocateur et irrévérencieux pour l’ordre établi, il défend les folles, flamboyantes, incontrôlables qui se moquent éperdument d’une quelconque reconnaissance sociale et qui renvoie l’homosexuel basique à une forme de subversité abandonnée pour rentrer dans le « moule » d’une gaypédétude acceptable par le commun des mortels, à savoir sans vague, plate et fade. Vives les Folles crient de concert Michel Cressole et Patrick Cardon ! 

Si ces deux personnes parlent des folles avec nostalgie et vouent aux gémonies les homosexuels ou gais actuels, il faut reconnaître que tous ne peuvent se permettre le luxe de la transgression. De plus, l’avancé des droits des LGBT (grâce aux leaders de la première heure, je le reconnais bien volontiers) ont progressé et de fait, certains gays souhaitent vivre tranquillement, leur homosexualité. 

Où est-il écrit qu’être homosexuel devait se vivre comme le parcours du combattant, entre rébellion, provocation, militantisme à tous crins ? Comme dans le monde hétérosexuel, il existe plusieurs représentations de la communauté homosexuelle. On ne peut revendiquer et se battre pour l’égalité des droits, ne plus accepter d’être assimilés à des malades mentaux, être intégrés dans la société, tout en voulant par ailleurs s’en différencier par des outrances ! A un moment donné, il faut faire des choix ! Rentrer dans le système ou rester en dehors avec tout ce que cela implique. 

Au risque d’être vilipendé, je fais partie de ces gays intégrationnistes (et non ce n’est pas une grossièreté). Ce qui ne m’empêche pas lorsqu’il le faut, de manifester pour soutenir une cause ou revendiquer l’obtention de nouveaux droits permettant une égalité citoyenne avec nos chers hétéros. Mais, parallèlement à cela,  je souhaite vivre paisiblement ma différence, avec mon compagnon. Exercer ma profession n’ayant pas la possibilité sinon le luxe de l’abandonner. Et si je ne suis pas « dans le placard », je ne vois pas l’utilité d’asséner à qui veut l’entendre ce que je suis et avec qui je m’envoie en l’air ! Contrairement à certains homosexuels/gays, surtout pour les plus âgés, je n’ai pas construit ma vie sur ou autour de mon orientation sexuelle, qui elle est accessoire et relève, de l'intime. De même, à contrario des années 80/90, il ne me viendrait pas à l'idée d'employer le féminin pour parler à des ou/d'hommes gays, amis ou non !

Dans ce livre, nous avons également quelques belles pages de souvenirs égrenés par Hélène Hazera, grande amie de l’auteur et militante de la première heure. Ce livre fort plaisant recense, bien qu’avec peu de pages, les principaux évènements d’une époque.

 

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20 novembre 2018

Dustan Superstar - Raffaël Enault

Dustan

Quatrième de couverture : 

Guillaume Dustan, l'écrivain français le plus marginal et sulfureux de ce début de siècle, fut à sa manière une superstar de la littérature dont la notoriété dépassait le seul milieu des lettres. 

Écrivain transgressif, homosexuel radical, énarque, magistrat, éditeur, il ne cessa de se démultiplier et de brouiller les pistes sans jamais rien perdre de sa singularité. Avant Guillaume Dustan, il y eut William Baranès - son vrai nom. 

Un jeune homme qui se destinait à une carrière exemplaire de haut fonctionnaire tout en rêvant de consacrer son existence à l'écriture. Mais sa vie bascule lorsqu'il se découvre, à vingt-cinq ans, infecté par le VIH. Il se pense alors condamné à mort, du moins en sursis, et rompt progressivement avec tout désir de normalité. Multipliant les rencontres et les expériences, adepte des pratiques les plus hard, il fait de sa vie la matière première et la trame essentielle de son oeuvre. Plus encore que ses écrits, c'est son personnage qui fait sensation. 

Dès son premier livre, Dans ma chambre, paru en 1996 chez POL, Guillaume Dustan devient une sorte d'icône médiatique. Il se présente à la télévision affublé d'une perruque pailletée et tient un discours libertaire tout aussi provocateur. Dustan fait d'autant plus parler de lui qu'il s'érige en défenseur du bareback face à l'association Act Up et à son fondateur Didier Lestrade, devenant objet de controverses et de réprobation jusqu'au sein de la communauté homosexuelle. 

De plus en plus discuté et de moins en moins audible à force de prises de position jugées scandaleuses, Dustan s'isole et sombre dans le désespoir. Considéré comme fou, il fait un séjour en hôpital psychiatrique avant de mourir à quarante ans, en octobre 2005, seul, victime d'une probable intoxication médicamenteuse. 

EDITIONS : Robert Laffont – ISBN : 2221193377 – Pages  314  - Prix : 21 €

Mon avis : ChezVolodia 

Dustan fait partie de la cohorte de ces écrivains maudits qui au contraire d’autres ne seront jamais réhabilités après leur mort.  Ses textes crus, parfois violents, ses prises de position vis-à-vis du bareback et son goût pour la mise en scène avec ces apparitions flamboyantes chez Thierry Ardisson sont loin de l’avoir réconcilié avec les médias et le commun des mortels. De fait, Dustan sent toujours le souffre. 

Dans les année 1980, Dustan eu pourtant son heure de gloire jusqu’à être considéré comme un écrivain majeur de la communauté homosexuelle. Il ne sera pas seulement représentatif d’une époque, ni  ne se réduira à une revendication (le bareback entre séropos). Il initiera chez « Balland » la première collection de livres gays.  Il inventera une écriture, nerveuse, d’où était absente toute afféterie littéraire, qui lui conférera son caractère unique. 

Dans ce livre, il est avant tout question de faire connaître le parcours d’un surdoué, aujourd’hui oublié et/ou réduit à une caricature médiatique plus qu’une biographie. 

Le récit nous dévoile le parcours de William  Baranès,  jeune garçon bien sous tous rapports, lauréat de plusieurs concours généraux, qui après avoir fait Siences-Po puis, l’Ena a occupé les fonctions de Juge Administratif. 

Sa contamination par le virus du Sida change la donne, il « jette aux orties » sa vie toute tracée pour assumer pleinement son homosexualité et vivre intensément les années qu’il lui reste (à l’époque les traitements contre le hiv en était à ses balbutiements. 

En à peine dix ans, l’auteur de « Dans ma chambre » publié chez POL, connaîtra une relative lumière, puis une ombre aux plus vastes contours. Ses excès effraient et ses propos scandalisent. L’écrivain s’enfonce dans un rôle de trublion en même temps que ses publications s’enchainent. Son livre « Nicolas Pages », fut du reste récompensé par le Prix de Flore. 

Pendant sa période d’ombre, il s’exile à Douai, bien loin du Paris littéraire, redevenant Juge Administratif. Dépressif, il s’isole et ses deux derniers textes publiés chez Flammarion sont purement et simplement ignorés des médias. Il s’éteint par intoxication médicamenteuse accidentelle… ? la question reste en suspend !

J’ai senti dans le livre de Enault un admirateur, sans faille, qui tenait à réhabiliter un Dustan, méconnu, pudique dans ses émotions, timide, qui s’était fait une carapace de son image sulfureuse, et en jouait pour éviter d’avoir à se dévoiler. L’auteur, nous livre un récit émaillé de textes de Dustan, de références culturelles, de lettres et d’histoires qui étaient confidentielles jusqu’alors.

J'ai apprécié ce livre que j'ai trouvé intéressant et très bien documenté pour moi qui n'ai connu Dustan qu'au travers de quelques uns de ses livres et  par les "on dit", cette biographie a été la bienvenue pour me permettre de me faire ma propre idée.  

 

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12 novembre 2018

Retour à Duvert - Gilles Sebhan

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Pas de quatrième de couverture.

Editions : Le Dilettante - ISBN : 978 2 84263 833 7 - Broché : 286 pages - Prix : 21 €

Mon Avis : Volodia

En août 2008, l'écrivain français Tony Duvert, auteur subversif dont les essais pédophiles lui vaudront de rejoindre l'enfer des bibliothèques, était retrouvé mort dans une maison de Thoré-La- Rochette en Touraine, 

Le moins que l'on puisse dire c'est que Gilles Sheban n'a pas choisi la facilité en décidant de publier non seulement une, mais deux biographies : La première en 2010 s'intitulait : Tony Duvert l'enfant silencieux, un récit évoquant sa vie à partir de quelques témoignages.

Après la sortie de son livre de nombreuses personnes se sont manifestées. Des proches, dont son frère ont accepté de témoigner. Des correspondances et des nombreux clichés qu'il a reçu et la conscience qu'il s'était peut être censuré l'ont poussé à rouvrir le dossier de cet auteur sulfureux.

L'homme, sulfureux et maudit, peu sympathique au demeurant, mais talentueux, et qui pour ma part ne m'inspire aucune empathie pour la mort sordide qu'il a eue - il vivait dans une quasi réclusion et était mort depuis plusieurs semaines lorsque la police l'a découvert. Personne dans le village ne s'était inquiété de ne plus le voir -.

Arrogant, provocateur, sûr de lui, belliqueux, ayant les femmes en détestation, pédophile et fier de l'être, défrayant la chronique, provocant scandale et bagarres, crééant des polémiques à la moindre occasion. Il a fini par se fâcher avec tout le monde y compris avec ses meilleurs amis.Toujours fauché et comptant sans retenue sur ses amis, sa famille pour subvenir à ses besoins tout en étant jamais satisfait. 

Pédophile et fier de l'être, il n'hésitait pas, dans ses livres, à afficher ses goûts et à les mettre en scène. Prix Médicis en 1973 pour "Paysage de Fantaisie", il a publié entre autres : l'Ile Atlantique, Un anneau d'argent à l'oreille, l'enfant au masculin, et bien d'autres encore tous tournant autour de la pédophilie.

Gilles Sheban tout en prenant de la distance, et en maintenant une certaine réserve dans ce livre est allé au bout des secrets entourant la vie et la mort de cet auteur.

 

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