celui-qui-est-digne-d-etre-aime-861426-264-432

Quatrième de couverture :

Ahmed, 40ans est marocain. Il vit à Paris.

Il écrit à sa mère, morte cinq ans auparavant, pour régler ses comptes avec elle et lui raconter enfin sa vie d'homosexuel.

- Il envoie une lettre de rupture à Emmanuel, l'homme qu'il a aimé passionnément et qui a changé son existence, pour le meilleur et pour le pire, en le ramenant en France.

Par ailleurs, Ahmed reçoit des lettres de Vincent et de Lahbib.

Un roman épistolaire pour remonter le temps jusqu'aux origines du mal. Un livre sur le colonialisme français qui perdure dans la vie amoureuse d'un jeune marocain homosexuel.

Editions : Seuil - ISBN : 978 2 02 134307 6 - broché : 136 pages - Prix : 15 €

 

Mon ressenti : Indiangay

 

Abdellah Taïa n’en finit pas de ressasser son passé d’enfant pauvre dans un quartier populaire de Salé. De son homosexualité en marge dans un pays ou la religion est au cœur de la Société et la dirige, ou le seul espoir de d’améliorer sa vie est de s’exiler, en Europe !  

Dans ce livre nous découvrons la vie d’Ahmed au travers de quatre lettres s’échelonnant dans le temps : 

Une écrite à sa mère avec qui il règle les comptes douloureux du passé, Une seconde de Vincent, un homme qu’il a dragué au point de le rendre fou amoureux de lui et, qui l’a attendu en vain durant toute une journée dans un café de Belleville, une troisième, mais celle-ci  de rupture,  à Emmanuel l’homme qu’il a aimé ? et qui a changé son existence en le ramenant en France, une dernière que lui adresse son ami d’enfance, son presque frère Lahib, juste avant de se suicider.  

J’ai beaucoup aimé ce livre, mais je n’y ai pas forcément vu les mêmes choses que l’auteur quand il reproche à sa mère, sa dureté, sa mise à l’écart du père et sa prise de pouvoir à sa mort.  

Mais, n’est-ce pas une revanche sur une vie imposée par la société ou la religion est très présente, ou les lois sont faites par les hommes, pour les hommes ? Son seul pouvoir pour exister se situait dans la chambre à coucher conjugale, elle l’a utilisé dès que cela lui a été possible ! Quant à sa dureté, sans doute provenait-elle d’une vie qu’elle n’avait pas choisie : Un époux porté sur le sexe (c’est Ahmed qui le dit) qui lui fait neuf enfants, l’a fait vivre dans la pauvreté, dans un minuscule appartement d’un quartier populaire de Salé quel espoir avait-elle ? Comment ne pas être aigrie de tant d’injustices ? 

Quant à lui, Ahmed, avant dernier fils non désiré d’une fratrie donc seul l’ainé est choyé, homosexuel de surcroit, conscient avec toute sa sensibilité propre qu’il lui faut s’en sortir pour ne pas « mourir » et qui pour cela, est prêt à tout ! Son innocence il y a longtemps qu’il l’a perdu et lorsqu’un qu’un européen lui demande son chemin sous un prétexte fallacieux, il comprend. Il comprend et saisi sa chance pour sortir de cette pauvreté tant matérielle qu'intellectuelle. Nulle tromperie d’un côté ou de l’autre. L’Européen voulait un jeune homme pour satisfaire ses appétits, le jeune homme voulait l’Européen pour exister, fuir cette misère sociale. Chacun, un temps, y a trouvé son compte.  

Ahmed plus jeune a suivi les conseils d’un homme, plus mûr, pour évoluer dans la Société. Il s’est construit à son contact au point d’avoir à se renier. L’homme a fait ce qui fallait pour lui tant que leur histoire a durée, tant qu’Ahmed avait la jeunesse puis, l’un et l’autre se sont éloignés. Ahmed parce qu’il avait perdu son identité, l’homme parce qu’il avait déjà remplacé Ahmed en pensée par un autre marocain plus jeune.  

Quant à la rencontre de Ahmed avec Vincent, et ce qui en a suivi, je l’ai pris pour une revanche, la vengeance d’un humilié, envers un innocent qui avait pour seul tort d’être européen.  Symbole d’un pays colonisateur avec sa force économique et intellectuelle envers un pays qui a été colonisé et qui peine à panser ses plaies, et revanche de celui-ci qui a la jeunesse et la sensualité qui manque à l’autre. 

La relation d’Ahmed avec Lahib et sans doute la plus sincère, il est son ami, son frère, à qui il dit tout, avec qui il peut tout partager sans honte, celui qui lui raconte sa vie avec Gérard. Le pourquoi il ne pouvait revenir en arrière, le poids trop fort des traditions, cette pauvreté (et non misère) qui colle à la peau et le fait surtout d’avoir été pris et jeté comme on le ferait d’un objet trop usé et abusé. 

En substance comment se construire sans se déconstruire question ouverte ! L’homosexualité ne suffit pas pour faire de nous des égaux et ce quel que soit le pays d’où nous venons…