24 février 2016

Un pays pour mourir - Abdellah Taïa

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Quatrième de couverture : 

Paris, été 2010. Zahira, une prostituée marocaine en fin de carrière, est une femme généreuse malgré les humiliations et la misère. Son ami Aziz, sur le point de changer de sexe, est dans le doute. Motjaba, un révolutionnaire iranien homosexuel qui a fui son pays, loge chez elle durant le mois du ramadan. Jusqu’au jour où Allal, son premier amour venu à Paris pour la retrouver, frappe à sa porte. 

Editions : Points – ISBN : 9 782757 856949 – Poche :       pages – Prix : 5,90 € 

Mon avis : Indiangay 

Dans ce livre l’auteur donne la parole à des exclus de la société,  tant dans leurs pays d’origine, que dans celui dans lequel ils se sont échoués, et où ils n’arrivent pas à trouver, ni à faire leur place. 

Tout d’abord c’est Zahia qui se raconte. Venue du Maroc il y a dix sept  ans, elle  habite le quartier Barbès à Paris et se prostitue pour faire vivre le reste de sa famille restée au pays. Toutefois,  n’étant plus de la première jeunesse, elle en est arrivée à pratiquer des tarifs défiants toute concurrence, et fait dans le « social » pour des clients peu fortunés.  Son ultime espoir de sortir de cette fange - et elle est prête à tout pour cela -  est d’épouser un de ses clients réguliers sri-lankais musulman propriétaire de plusieurs commerces. 

Elle a pour ami Aziz, algérien transsexuel, prostitué également, en attente d’effectuer une réassignation d’identité afin de devenir la femme qu’il s’est toujours  senti  être. Tous les deux rêvent, s’inventent des histoires et s’identifient aux héros des films indiens,  qu’ils se passent en boucle à longueur de soirée. 

Il y a aussi, Mojtaba, iranien  et réfugié politique errant dans  Paris,  qui suite à un malaise dû à l’épuisement est secouru par Zahia, qui  l’accueille chez elle, l’entretien, et en tombe amoureuse. Bonheur éphémère.  Leur histoire prends fin brutalement lorsque Mojtaba disparaît sans prévenir vers un autre pays d’asile ou un avenir serait possible. 

En toile de fond, il y a Zineb la sœur de Zahia disparu à l’âge de 16 ans au Maroc, sans laisser de trace. On apprendra à la fin du récit, qu’arrêtée par la police française lorsque le Maroc était encore sous Protectorat,  elle a été envoyée dans le quartier réservé du Bousbir, où elle est devenue « fille de réconfort» pour la soldatesque,  avant de s’engager auprès des autorités françaises,  pour suivre un soldat en Indochine ou la guerre faisait rage. 

Allal, ouvrier maçon marocain,  mais noir de peau,  amoureux transi  de Zahia  lorsque celle-ci  était encore une enfant ,  et dont la mère lui a refusé la main par haine de ces descendants d’esclaves  -  qui ayant appris ce que faisait pour vivre son ancien amour, décide de la retrouver à Paris pour lui faire payer ce déshonneur. 

Tous ces destins de pauvres, sont liés directement ou indirectement à l’histoire de France et à Paris - ville fantasmée,  de liberté, qui cristallise tous les espoirs des ressortissants des anciennes colonies ou Protectorat – nous sont livrés en vrac, avec un peu d’amertume, voire de ressentiments, me semble-t-il par Abdellah Taïa, qui en profite pour aborder divers problèmes, immigration, exploitation, islamisme, prostitution. 

Pour ma part, même si je comprends le message qu’a voulu faire passer l’auteur,  je n’y suis pas réellement sensible. Ces personnes sont  déjà marginales dans leur pays de par  leur pauvreté. Leur manière de vivre ne fait qu’accentuer cette marginalité.  De plus, le  racisme envers les noirs est bien réel dans les pays musulmans où l’esclavage perdure. La prostitution a toujours été un déshonneur peu importe le pays d’où l’on vient. Les transgenres ne sont tolérés (es) que dans un pays musulman (Iran) sauf erreur.  Les travailleurs quels qu’ils soient sont encore et malheureusement  souvent exploités (peu importe leur pays). Quant aux divergences politiques, elles affectent tous les pays où sévit une dictature. 

On ne peut toujours se retrancher sur le colonialisme ou l’après  colonialisme pour justifier le retard d’évolution d’un pays et justifier l’exil et la misère de ses ressortissants.  Si la non intégration provient  souvent du racisme, et là je suis d’accord. L’intégration vient, elle, d’une certaine force de caractère et de  la volonté de vouloir faire partie de la Société dans laquelle on évolue en se conformant à ses valeurs… ! 

Ceci dit j’aime beaucoup les écrits d’Abdellah Taïa qui sait donner la voix à une « minorité » magrhébine et souvent pauvre  que nous croisons avec une certaine indifférence, tous les jours,  et ce, autrement que pour des affaires d’intégrisme religieux

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14 février 2016

Le Silence des rails - Franck Balandier

 

le-silence-des-rails-644062-d256Quatrième de couverture :

Alsace 1942.

Parce qu'il est homosexuel, le jeune Etienne est envoyé dans l'unique camp de la mort installé en territoire français annexé.

Parce qu'il est homosexuel, il porte le triangle rose, insigne de son infamie, sur son pyjama de prisonnier.

S'il sort vivant et libre de cet enfer, personne ne le croira, c'est sûr.

 

Editions : Flamarion - ISBN : 978 2 9813 3053 5 - Broché : 212 pages, Prix : 12 euros

 

Mon avis : Volodia

Tout commence dans une gare, par une guerre qui finit, celle qu'on nommera la Grande Guerre, celle de 14-18 dont on espérera qu'elle sera la dernière des dernières, et des soldats qui reviennent du Front.

Puis, à l'intérieure de cette gare, une femme qui attend, et qui attendra un qui ne reviendra jamais. Enceinte, elle mourra dans la gare en mettant son bébé au monde, au milieu d'inconnus, un petit garçon.

L'enfant passera d'orphelinat en orphelinat. Puis viendront les premiers émois, solitaire, incestueux puisque qu'ils ne peuvent s'accomplir qu'en pensant à sa mère. Jusqu'au jour ou surpris par un surveillant pervers qui prendra cette jouissance à son compte.

A 18 ans, il est emmené par son amie Georgette sur les barricades du Front Populaire où il fait la connaissance de Jules qui lui fait prendre conscience de son inversion. Entraîné par lui dans des amours clandestines, ses aventures s'avèreront multiples et fugitives dans des endroits assez glauques de la capitale. Ce qui devait advenir fini par arriver et il se retrouvera "fiché" aux moeurs. Il ne sera libéré que par l'intervention de son amie Georgette qui l'épousera pour faire taire les rumeurs.

Le trio part en vacances pour les premiers congés payés. Tout à son bonheur, Etienne ne veut rien savoir, ne rien voir,  ni la débacle ni l'exode. Dans la ville occupée il est convoqué à la Kommandantur . Son épouse ? non il ne la pas revue. De conversation en interrogatoire et malgré une histoire servie d'avance il est relâché, bien que les fiches transmises le concernant ne leurs laissent aucun doute.

Malgré les risques, ils sont quelques ombres à glisser le long des rues désertes, à roder autour des vespasiennes. Les étreintes se font à la va vite entre deux patrouilles, le retour se fait par des chemins détournés. Un soir, alors qu'il est dans sa chambre et que les caresses ont à peine commencé, il est surpris par deux hommes en civil et 2 en uniforme. Ils ne sont pas là pour lui mais pour le juif qu'ils filaient depuis le canal. A peine le temps de se rhabiller et les voilà à Fresnes.  Lui finit par être embarqué le 22/07/1942 en fourgon à bestiaux à Rethau en Alsace au camps de Natzweiler - Struthof dans les Vosges Alsaciennes.

Six mois qu'il est interné, privilégié ou non il est affecté au service général du camp, ce qui est moins difficile que de travailler à l'extérieur, aux carrières. Affecté à la collecte des déjections, il passe une partie de la journée à charier des sauts d'immondices pour les déverser plus bas dans une fosse à la limite des barbelés. A force de transporter les déjections des détenus, il finit par en évaluer la densité, en déduire la fréquence, en apprécier la qualité, la rareté. Pourquoi la légéreté des sauts  annonce la mort ? Pourquoi la mort est-elle sèche de toutes ses absences ?

Ernst, son gardien personnel, fait preuve d'un peu d'humanité et lui offre des cigarettes. Il lui permet également de s'asseoir hors de vue du mirador, jusqu'au moment ou Ernst est fusillé pour avoir essayé de lui donner un vieux dictionnaire allemand-français afin de communiquer avec une petite fille qui a jeté son ballon derrière les barbelés. Remplacé par une Aufseherin,  d'une vingtaine d'années, surnommée Madame, formée pour être gardienne en camps de concentration, les relations sont plus que difficiles, teintées de séduction et de cruauté. On raconte qu'il faut être volontaire pour obtenir une affectation au Struthof, ainsi la hiérarchie s'assure d'une sévérité exemplaire envers les déportés. Les soldats eux-mêmes punis, éloignés de leurs proches, reportant leur haine et leurs frustrations sur les déportés.

Etienne malgré le dramatique de sa situation ne peut s'empêcher d'y voir une certaine beauté, faire de la poésie avec l'horreur : la faim, "...le rêve éveillé de nos dents, l'horrible va et vient de nos mâchoires à vide, nous dormons au pas de nos estomacs,  nous parlons à nos gencives mortes, qu'avons nous donc à croquer avec tant d'urgence, sinon nos propres langues...". Le froid, les seaux entassés sur la carriole, qui ressemblent à du lait à cause du givre sur le bord, et "...toute cette pisse gelée. Tu ressembles à de l'or en paillettes. Un sorbet au citron...."

Et puis, "....le souvenir criant et hagard d'une sentinelle qui me prend au hasard... " J'ai conscience qu'il m'aime de presque rien, de mon anus, de mes hémorroïdes mal soignées..." Je conçois qu'il est des mots qu'on ne traduit jamais.

Alors que les alliés approchent, Etienne est affecté à l'infirmerie, il y verrra tout ce qu'il ne devrait pas voir et que les allemands tenteront de faire disparaître. Pour finir par y devenir, lui aussi cobaye d'expériences toutes aussi douloureuses qu'inutiles. Lorsque les alliés arrivent, la porte du camp est grande ouverte. "...Etienne Lotaal est libre, triangle rose oublié ..."

Le 15 mai 1968, dans une autre gare,  il rencontre Arsène, jeune homme de 19 ans avec qui il fait connaissance puis, suite à son invite, le suit... Tout commence et tout finit dans une gare.

J'ai beaucoup aimé ce livre, qui bien qu'une fiction s'inscrit dans un contexte historique réel.  Ce n'est pas un playdoyer larmoyant, ni militant, sur les déportés homosexuels. C'est la description d'une situation à une époque donnée. Contrairement à bien d'autres sur ce sujet, l'auteur de ce livre ne montre, ni ne dit directement l'horreur. Celle-ci est distillée parcimonieusement au fil des pages, et toujours avec une poésie qu'il semblait impossible à imaginer pour raconter l'indicible. A lire impérativement. 

 

Posté par chezVolodia à 09:54 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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