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De 1994 à 2013, le journal du Sida a publié 124 chroniques de Didier Lestrade. C’est le seul témoignage de la vie d’une personne séropositive sur une si longue période, presque vingt ans, un document quasi puisque très peu de lecteurs ont eu accès à ces archives.

A travers ces textes très intimes, on découvre la lutte communautaire contre l’épidémie des années 90 tandis que les années 2000 sont celles de la renaissance au centre du grand débat sur la prévention.

Pour cette édition, chaque année comporte des références d’articles qui permettent de mieux comprendre le contexte de l’époque. Sans oublier des liens musicaux et autres archives qui enrichiront la lecture du dernier livre de l’auteur sur le thème du sida

 

Editions : Ce livre a été autoédité par Didier Lestrade. Vous pouvez le commander par internet et à la librairie « Les Mots à la Bouche » au prix de 19,99 euros la version papier et de 4,99 en version epub.

 

Mon avis : Volodia

Ces chroniques oscillent entre journal intime et retranscription d’évènements avant, pendant et après la virulente épidémie du sida.

Dans ce livre Didier Lestrade, nous rappelle, ou pour ceux comme nous qui étions trop jeunes ou pas nés, comment des hommes qui n’étaient pas médecins prirent leur destin en main en allant s’informer, travailler,   avec les chercheurs et les laboratoires, sur la recherche de traitement, jouer les cobayes pour les essais thérapeutiques à mener, en même temps qu’ils traduisaient en langage accessible aux profanes, les termes techniques, décrivant les symptômes de la maladie , tout en expliquant le rôle des médicaments et leurs effets secondaires, et ce malgré le ton supérieur des «grands spécialites.» 

Ils n’étaient plus des victimes résignées, spectateurs de leur propre mort, mais combattants et relayeurs de l’information. Pour nous permettre de suivre l’évolution de la maladie et des progrès dans sa prévention, le livre est répertorié de façon rigoureuse par année, en citant les évènements s’y rapportant ainsi que les liens nécessaires pour approfondir, ce qui rend sa lecture agréable tout en conservant son importance, mais en évitant une certaine lourdeur, eu égard à la complexité et à la sévérité du sujet.

Bien évidemment quand il s’agit de prévention, le bareback est largement pointé du doigt comme vecteur important de la contamination que ce soit au vih mais également à toutes autres maladies vénériennes. De même que sont cloués au piloris ceux qui non seulement le pratique mais en font l’apologie. Et là je dois bien reconnaître comme justifiée, la colère, de Didier Lestrade, militant de la première heure à s’être battu (et qui se bat encore)  envers et contre presque tous pour éviter que cette pratique ne s’étende, et ce malgré des adeptes qui l’encense et se justifient au motif que chacun est responsable de sa santé…  Il y a des coups de gueule compréhensifs, le dégoût, la démotivation puis l’indifférence quand on voit que tout ce qu’on a fait pendant x années est remis en cause et ne sert plus à grand-chose en 2015, alors qu’il y a une recrudescence du sida et que les maladies vénériennes courent et caracolent du fait de la relapse. Après, comme tout militant pur et dur, Didier Lestrade est souvent excessif surtout sur un sujet qui lui tient à cœur.

Dans ces chroniques, l’auteur fait également état des luttes intestines entre associations qui ont mis trop de temps avant de prendre des initiatives de prévention alors qu’elles percevaient des subventions à ce titre, plus préoccupées à se tirer dans les pattes que par la cohésion de leurs troupes.

De même cette histoire d’archives lgbt qui traine en longueur et dont tout le monde et personne ne s’occupe alors qu’en son temps des subsides avaient été débloquées pour la création d’un centre de mémoire gay qui devait les regrouper et pour des raisons qui nous sont expliquées dans ce livre,  tout a capoté…

L’auteur, fait également beaucoup de digressions sur bien d’autres choses encore : la musique qui a tenu beaucoup de place dans sa vie, son exil à la campagne, sa découverte du philosophe Henri-David Thoreau et son retour aux sources du besoin, sa solitude qui fut d’abord choisie, puis les années passant, est devenue pesante…

J’ai trouvé ce livre très intéressant, même si je me doute de certains partis pris, il dévoile les dessous du pouvoir qu’on certains et certaines dans la communication, absolument indispensable pour mener à bien un tel combat. Ce que nous pauvres péquins  ne pouvons connaître si nous ne sommes pas militants (et encore)…Par ailleurs, contrairement à de précédents écrits, je l’ai trouvé «apaisé» et c‘est bien, j‘aime les livres de Didier Lestrade, mais certaines aigreurs étaient difficiles à supporter  et gâchaient mon plaisir de lire.